L’hormone lutéinisante (LH) est une hormone produite par l’hypophyse, une petite glande située à la base du cerveau, qui joue un rôle central dans la fertilité et la reproduction. Chez la femme, elle déclenche l’ovulation ; chez l’homme, elle stimule la production de testostérone par les testicules. Cet article explique ce qu’est la LH, comment interpréter ses valeurs selon le sexe, l’âge et la phase du cycle, et ce que signifie un taux anormalement élevé ou bas.
Qu’est-ce que l’hormone lutéinisante ?
La LH appartient à la famille des gonadotrophines, tout comme la FSH, l’hormone folliculo-stimulante. Elle est sécrétée par l’antéhypophyse, la partie antérieure de l’hypophyse, sous le contrôle d’une autre hormone, la GnRH, produite par l’hypothalamus. Ce trio hypothalamus-hypophyse-gonades forme un système de communication précis, souvent appelé axe hormonal, qui régule l’ensemble de la fonction reproductive chez les deux sexes.
La GnRH est libérée de façon pulsatile, c’est-à-dire par petites décharges répétées plutôt qu’en continu. Cette pulsatilité est essentielle : elle détermine le rythme de sécrétion de la LH et de la FSH. Un dérèglement de ce rythme, par exemple lors d’un stress important ou d’une dénutrition sévère, peut directement perturber la production de LH.
La LH circule ensuite dans le sang et agit sur des récepteurs spécifiques présents dans les ovaires chez la femme et dans les testicules chez l’homme. Ce récepteur commun, appelé récepteur LH/CG, est aussi celui que reconnaît l’hormone chorionique gonadotrope (hCG) produite pendant la grossesse. C’est ce mécanisme qui explique pourquoi la LH joue un rôle différent, mais tout aussi essentiel, selon le sexe.
Le rôle de la LH chez la femme
Chez la femme, la LH est directement liée aux différentes phases du cycle menstruel. En phase folliculaire, la première partie du cycle, son taux reste relativement stable et bas pendant que les follicules ovariens se développent sous l’action de la FSH. À l’approche de l’ovulation, une élévation brutale et importante de la LH, appelée pic de LH, survient environ 24 à 36 heures avant la libération de l’ovule. C’est précisément ce pic que détectent les tests d’ovulation vendus en pharmacie, très utilisés par les femmes qui cherchent à identifier leur période de fertilité maximale.
Après l’ovulation, le follicule qui a libéré l’ovule se transforme en une structure appelée corps jaune. Ce corps jaune produit de la progestérone sous l’influence continue de la LH pendant la phase lutéale, la seconde partie du cycle. Cette hormone prépare ainsi la muqueuse utérine à accueillir un éventuel ovocyte fécondé. Si aucune grossesse ne survient, le corps jaune se résorbe progressivement, la production de progestérone chute, et les règles surviennent, marquant le début d’un nouveau cycle.
Le rôle de la LH chez l’homme
Chez l’homme, la LH agit sur les cellules de Leydig, situées entre les tubes séminifères des testicules. Elle stimule ces cellules pour qu’elles produisent de la testostérone, l’hormone sexuelle masculine principale. Cette testostérone est indispensable au développement et au maintien des caractères sexuels masculins, à la libido, à la masse musculaire et osseuse, mais aussi à la production de spermatozoïdes, en synergie avec la FSH qui agit de son côté sur les cellules de Sertoli, également présentes dans les testicules.
Contrairement à la femme, l’homme ne connaît pas de pic hormonal cyclique : la sécrétion de LH et de testostérone suit plutôt un rythme relativement stable au fil des mois, avec toutefois une légère variation au cours de la journée, la testostérone étant généralement plus élevée le matin. Un taux de LH stable chez l’homme reflète donc un axe hormonal hypothalamo-hypophyso-testiculaire qui fonctionne correctement, sans nécessiter de compensation particulière de l’hypophyse.
Valeurs normales de la LH selon la phase et le sexe
Les valeurs de référence de l’hormone lutéinisante varient beaucoup selon le sexe, l’âge et, chez la femme, la phase précise du cycle menstruel. Voici des fourchettes typiques, données à titre indicatif : chaque laboratoire peut utiliser ses propres normes selon la méthode de dosage employée, ce qui explique que deux comptes rendus puissent afficher des plages légèrement différentes pour un même résultat.
| Situation | Valeur de LH habituelle |
|---|---|
| Femme, phase folliculaire | 2 à 12 UI/L |
| Femme, pic ovulatoire | 15 à 70 UI/L |
| Femme, phase lutéale | 1 à 12 UI/L |
| Femme ménopausée | 15 à 60 UI/L (élevé de façon physiologique) |
| Homme adulte | 2 à 9 UI/L |
Pour une femme, il est essentiel de préciser la date des dernières règles au moment du prélèvement, afin que le laboratoire puisse comparer le résultat à la bonne plage de référence. Un résultat de LH ne s’interprète en effet jamais sans connaître la phase du cycle correspondante : un taux qui semble élevé en phase folliculaire peut être parfaitement normal au moment du pic ovulatoire.
Facteurs qui influencent naturellement le taux de LH
Plusieurs facteurs physiologiques influencent naturellement le taux de LH en dehors de toute maladie. L’âge en est un exemple marquant : chez la femme, la LH augmente progressivement à l’approche de la ménopause, plusieurs années avant l’arrêt complet des règles, pendant la période appelée périménopause. Chez l’homme, la baisse lente et progressive de la testostérone liée à l’âge peut s’accompagner d’une légère élévation compensatoire de la LH à partir de la cinquantaine ou de la soixantaine. Le poids corporel joue également un rôle : un excès de tissu adipeux ou, à l’inverse, une maigreur importante, peuvent tous deux perturber le fonctionnement normal de l’axe hormonal et modifier le taux de LH mesuré.
Que signifie un taux de LH élevé ?
Un taux de LH élevé peut avoir plusieurs origines, selon le contexte clinique et le sexe de la personne concernée. Il est important de rappeler qu’un chiffre isolé ne suffit jamais à conclure : c’est la combinaison entre le résultat, l’âge, les symptômes et le reste du bilan hormonal qui permet d’orienter le diagnostic.
Chez la femme
À la ménopause, l’élévation de la LH est physiologique, c’est-à-dire attendue et normale : les ovaires ralentissent puis cessent leur activité, et l’hypophyse augmente sa production de LH et de FSH pour tenter de les stimuler, sans succès. Ce taux élevé, associé à l’arrêt des règles depuis plus de douze mois, est un signe naturel de cette transition et ne nécessite pas d’exploration complémentaire en dehors du contexte clinique habituel.
Chez une femme jeune, en revanche, une LH élevée associée à un rapport LH/FSH supérieur à 2 peut orienter vers un syndrome des ovaires polykystiques, plus connu sous le nom de SOPK. Dans cette situation, le taux de base de LH reste haut tout au long du cycle et ne présente pas le pic ovulatoire habituel en milieu de cycle, ce qui perturbe l’ovulation et peut se traduire par des cycles irréguliers ou une infertilité.
Une insuffisance ovarienne prématurée, c’est-à-dire un épuisement précoce de la réserve d’ovules survenant avant l’âge de 40 ans, peut également élever durablement la LH, de façon comparable à ce qui se produit à la ménopause naturelle, mais à un âge plus jeune.
Chez l’homme
Chez l’homme, une LH élevée oriente généralement vers une insuffisance testiculaire primaire : les testicules répondent mal à la stimulation hormonale, et l’hypophyse compense en augmentant sa production de LH, sans parvenir à normaliser la production de testostérone. Les causes possibles incluent une origine génétique comme le syndrome de Klinefelter, une infection testiculaire passée, un traumatisme, une intervention chirurgicale ou certains traitements comme la chimiothérapie et la radiothérapie.
Que signifie un taux de LH bas ?
Un taux de LH bas, ou insuffisant par rapport au contexte clinique, oriente généralement vers un problème situé au niveau du véritable centre de commande du système hormonal, c’est-à-dire l’hypothalamus ou l’hypophyse elle-même. On parle alors d’hypogonadisme hypogonadotrope, une expression qui signifie simplement que le déficit hormonal prend sa source dans le cerveau plutôt que dans les gonades.
Ce trouble peut se manifester différemment selon l’âge et le sexe : un retard ou une absence de puberté chez l’adolescent, une absence de règles chez la femme adulte, une baisse de la libido, ou des difficultés de fertilité chez les deux sexes. Plusieurs situations peuvent freiner temporairement la sécrétion de LH sans traduire une maladie durable : un stress psychologique important, un poids corporel insuffisant, une activité physique très intense et prolongée comme chez certaines sportives de haut niveau, ou encore certaines maladies chroniques mal contrôlées.
Des médicaments peuvent également abaisser artificiellement le taux de LH mesuré lors d’une prise de sang. C’est notamment le cas des contraceptifs hormonaux, qui mettent l’axe hormonal naturel au repos, ainsi que de certains analogues de la GnRH utilisés dans le traitement de certains cancers hormonodépendants ou de l’endométriose. Il est donc toujours utile de signaler au médecin et au laboratoire tous les traitements en cours avant d’interpréter un résultat.
Comment se déroule le dosage de la LH ?
Le dosage de la LH se réalise par une simple prise de sang, sans préparation particulière ni jeûne obligatoire dans la plupart des cas. Chez la femme en âge de procréer, le moment du prélèvement dans le cycle influence fortement le résultat : le médecin précise généralement le jour du cycle souhaité selon la question posée, qu’il s’agisse d’un bilan de fertilité, d’une recherche du moment de l’ovulation ou de l’exploration d’une absence de règles.
Le dosage de la LH est très souvent associé à celui de la FSH, et parfois à celui de l’œstradiol chez la femme ou de la testostérone chez l’homme, afin d’affiner l’interprétation globale du bilan hormonal. Cette approche combinée permet de mieux situer l’origine d’un déséquilibre éventuel, entre les gonades elles-mêmes et le système hypothalamo-hypophysaire qui les commande.
Quand consulter un médecin ?
Certaines situations justifient un avis médical rapide plutôt qu’une simple surveillance à distance :
- Une absence de règles de plus de trois mois chez une femme en âge de procréer, en dehors d’une grossesse.
- Des difficultés à concevoir depuis plus de six à douze mois, avec ou sans anomalie déjà connue de la LH.
- Des signes de ménopause apparaissant avant l’âge de 40 ans, comme des bouffées de chaleur associées à des règles irrégulières.
- Une baisse marquée de la libido, une fatigue inhabituelle et persistante ou des troubles de l’érection chez l’homme.
- Un retard pubertaire chez un adolescent, garçon ou fille.
Dans tous les cas, un résultat de LH isolé ne permet jamais de poser un diagnostic à lui seul : il s’interprète toujours avec les symptômes ressentis, l’âge de la personne, le contexte clinique global et le reste du bilan hormonal, par un professionnel de santé formé à cette interprétation.
Dernières avancées scientifiques
La recherche récente continue d’affiner la compréhension du rôle de la LH dans la fertilité et le vieillissement hormonal, avec des implications concrètes pour la pratique clinique quotidienne.
Une revue de 2025 s’est penchée sur la façon dont la LH régule la production de testostérone par les cellules de Leydig chez l’homme, tout au long de la vie adulte (Tian Lei et al., 2025). En clair, les chercheurs confirment que la LH agit comme un signal indispensable et continu pour maintenir une production normale de testostérone, et pas seulement au moment de la puberté. Concrètement, ce travail renforce l’intérêt de doser la LH, et pas seulement la testostérone, lorsqu’un homme présente des symptômes évocateurs d’un déficit hormonal comme une fatigue persistante ou une baisse de libido : ce dosage combiné aide à distinguer une origine testiculaire, où la LH sera élevée, d’une origine cérébrale ou hypophysaire, où la LH sera au contraire basse ou inadaptée.
Une autre revue de 2025 a exploré les liens entre l’axe hormonal qui régule les ovaires, dont la LH fait partie intégrante, et le vieillissement du cerveau chez la femme (Valera et al., 2025). Les auteurs rappellent que des taux durablement élevés de LH et de FSH, comme on les observe après la ménopause, pourraient jouer un rôle dans certains mécanismes liés au vieillissement cérébral, en plus de la baisse bien connue des œstrogènes déjà largement étudiée. Pour le lecteur, ce travail illustre surtout pourquoi la recherche scientifique s’intéresse de plus en plus à la santé cérébrale des femmes autour de la période de la ménopause, sans que cela remette en cause le caractère naturel et non pathologique de cette étape de vie que traverse toute femme.
Enfin, une étude observationnelle de 2024 a précisé l’usage du rapport LH sur FSH pour différencier deux causes fréquentes de cycles menstruels irréguliers : l’aménorrhée hypothalamique fonctionnelle, souvent liée à un stress important ou à un déficit énergétique prolongé, et le syndrome des ovaires polykystiques (Boegl et al., 2024). Les résultats montrent que ce rapport, souvent cité comme un repère simple et rapide, doit en réalité être interprété avec prudence : il varie beaucoup d’une femme à l’autre au sein d’un même diagnostic, et ne suffit donc pas, à lui seul, à trancher entre les deux causes possibles. En pratique, cela signifie qu’un rapport LH sur FSH isolé ne doit jamais remplacer un bilan clinique complet réalisé par un médecin, incluant l’histoire des cycles, le poids, l’activité physique et, si besoin, une échographie pelvienne.
Glossaire
- LH (hormone lutéinisante) : hormone hypophysaire qui déclenche l’ovulation chez la femme et stimule la production de testostérone chez l’homme.
- FSH (hormone folliculo-stimulante) : autre gonadotrophine hypophysaire, qui stimule la croissance des follicules ovariens et participe à la production de spermatozoïdes.
- GnRH (hormone de libération des gonadotrophines) : hormone produite par l’hypothalamus qui commande la sécrétion de LH et de FSH par l’hypophyse.
- Hypophyse : petite glande située à la base du cerveau qui sécrète plusieurs hormones essentielles, dont la LH et la FSH.
- Hypothalamus : région du cerveau qui contrôle l’hypophyse et régule de nombreuses fonctions hormonales.
- Cellules de Leydig : cellules des testicules stimulées par la LH pour produire la testostérone.
- Corps jaune : structure formée après l’ovulation à partir du follicule, qui produit de la progestérone.
- Hypogonadisme : production insuffisante d’hormones sexuelles par les ovaires ou les testicules.
- SOPK (syndrome des ovaires polykystiques) : déséquilibre hormonal fréquent chez la femme, associé à un excès d’androgènes et à des cycles irréguliers.
- Insuffisance ovarienne prématurée : épuisement précoce de la réserve d’ovules avant l’âge de 40 ans.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’hormone lutéinisante et à quoi sert-elle ?
L’hormone lutéinisante est une hormone produite par l’hypophyse qui régule la fonction reproductive. Chez la femme, elle déclenche l’ovulation. Chez l’homme, elle stimule la production de testostérone par les testicules. Elle est mesurée par une simple prise de sang, souvent associée au dosage de la FSH.
Quel est le taux normal de LH chez la femme ?
Le taux normal de LH varie selon la phase du cycle : environ 2 à 12 UI/L en phase folliculaire, 15 à 70 UI/L au moment du pic ovulatoire, et 1 à 12 UI/L en phase lutéale. Après la ménopause, un taux plus élevé, souvent entre 15 et 60 UI/L, est normal et attendu.
Pourquoi la LH augmente-t-elle à la ménopause ?
À la ménopause, les ovaires cessent progressivement de répondre aux signaux hormonaux. L’hypophyse augmente alors sa production de LH et de FSH pour tenter de stimuler des ovaires qui ne répondent plus. Cette élévation est un phénomène naturel et attendu, pas un signe de maladie.
Que signifie un taux de LH élevé chez une femme jeune ?
Chez une femme jeune, une LH élevée en dehors du pic ovulatoire peut évoquer un syndrome des ovaires polykystiques, surtout si le rapport LH/FSH est élevé et que les cycles sont irréguliers. Elle peut aussi traduire une insuffisance ovarienne prématurée. Seul un médecin peut confirmer la cause à partir d’un bilan complet.
Quel est le rôle de la LH chez l’homme ?
Chez l’homme, la LH stimule les cellules de Leydig dans les testicules, qui produisent alors de la testostérone. Cette hormone est nécessaire au bon fonctionnement sexuel, à la masse musculaire, à l’humeur et, en synergie avec la FSH, à la production de spermatozoïdes.
Comment interpréter le rapport LH/FSH ?
Le rapport LH/FSH est un indice parfois utilisé pour orienter le diagnostic, notamment dans le syndrome des ovaires polykystiques, où il dépasse souvent 2. Ce rapport doit cependant toujours être interprété avec l’ensemble du bilan clinique et hormonal, et jamais de façon isolée.
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Sources
- Inserm — Dossier d’information : Ménopause
- HAS — Insuffisance ovarienne prématurée (IOP) : protocole national de diagnostic et de soins — Haute Autorité de Santé, 2021
- Vidal — Lutropine alfa : mécanisme d’action
- Tian Lei et al. — Luteinizing Hormone Regulates Testosterone Production, Leydig Cell Proliferation, Differentiation, and Circadian Rhythm During Spermatogenesis — International Journal of Molecular Sciences, 2025 — lien vers l’étude
- Heather Valera et al. — The Hypothalamic-Pituitary-Ovarian Axis, Ovarian Disorders, and Brain Aging — Endocrinology, 2025 — lien vers l’étude
- Magdalena Boegl et al. — The LH:FSH Ratio in Functional Hypothalamic Amenorrhea: An Observational Study — Journal of Clinical Medicine, 2024 — lien vers l’étude



