Transaminases ALAT/SGPT : valeurs normales, élevées et interprétation

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Prélèvement sanguin pour dosage des transaminases ALAT lors d'un bilan hépatique
Transaminases ALAT/SGPT
Revu et validé médicalement par :
Dr Claude Tchonko

⚕️ Cet article est à visée informative et ne remplace pas un avis médical. Consultez toujours votre médecin pour interpréter vos résultats.

Vous venez de recevoir vos résultats d’analyse sanguine et la valeur des transaminases ALAT attire votre attention. C’est l’une des analyses les plus courantes du bilan hépatique : l’ALAT (aussi notée SGPT sur les anciens comptes rendus) est une enzyme du foie donVous venez de recevoir vos résultats d’analyse sanguine et la valeur des transaminases ALAT attire votre attention. C’est l’une des analyses les plus courantes du bilan hépatique : l’ALAT (aussi notée SGPT, TGP ou ALT sur les anciens comptes rendus) est une enzyme du foie dont le taux dans le sang renseigne sur l’état des cellules hépatiques. Face à un résultat anormal, il est naturel de se sentir un peu perdu.

Cet article explique ce qu’est l’ALAT/SGPT, quelles sont les valeurs normales chez l’homme et chez la femme, ce que signifie un taux d’ALAT élevé, ce que révèle le rapport ASAT/ALAT, et quand consulter — en gardant en tête que seul votre médecin peut poser une interprétation complète.

Qu’est-ce que l’ALAT/SGPT ?

L’alanine aminotransférase (ALAT) est une enzyme produite par le foie, à l’intérieur de cellules appelées hépatocytes. On en trouve aussi de petites quantités dans les reins, les muscles et le cœur, mais sa concentration y est bien moindre — c’est ce qui en fait le marqueur le plus spécifique du foie parmi toutes les transaminases.

Quand les cellules hépatiques sont endommagées ou enflammées, leur membrane laisse passer l’ALAT, qui se retrouve alors dans la circulation sanguine. Une simple prise de sang permet de la mesurer : c’est pourquoi un taux d’ALAT élevé signale presque toujours une souffrance du foie. Son rôle biologique est d’intervenir dans le métabolisme normal des acides aminés à l’intérieur des hépatocytes.

L’ALAT au sein du bilan hépatique

L’ALAT/SGPT n’est jamais évaluée seule. Elle fait partie d’un ensemble d’analyses sanguines appelé « bilan hépatique », qui inclut habituellement :

  • ASAT (SGOT) — aspartate aminotransférase, l’autre transaminase, présente aussi dans les muscles et le cœur
  • GGT — gamma-glutamyl transférase, marqueur des voies biliaires et de la consommation d’alcool
  • Phosphatases alcalines (PAL) — marqueur de cholestase (ralentissement de l’écoulement de la bile)
  • Bilirubine totale et conjuguée — marqueur de l’élimination biliaire ; son élévation provoque la jaunisse
  • Albumine — marqueur de la fonction de synthèse du foie
  • Taux de prothrombine (TP) — autre marqueur de synthèse hépatique

Lus ensemble, ces paramètres donnent au médecin une image nuancée du foie. Une élévation isolée de la GGT évoque plutôt l’alcool ou une atteinte des voies biliaires, tandis qu’une élévation conjointe ALAT + ASAT évoque une cytolyse hépatique — c’est-à-dire la destruction de cellules du foie.

Valeurs normales et lecture du résultat

Le taux d’ALAT s’exprime en unités internationales par litre (UI/L). Cette unité mesure l’activité enzymatique dans le sang. Les valeurs normales chez l’adulte sont typiquement :

SexePlage de référence
Hommes10 à 40 UI/L
Femmes7 à 35 UI/L

Ces valeurs peuvent légèrement varier d’un laboratoire à l’autre selon la technique d’analyse utilisée (méthode IFCC, SFBC…). Référez-vous systématiquement aux valeurs de référence imprimées sur votre propre feuille de résultats.

Pour bien comprendre votre chiffre, gardez deux réflexes :

  • Évaluez l’ampleur de l’écart. Une élévation à 45 UI/L (légère) n’a rien à voir avec un taux à 400 UI/L (très élevé). L’intensité change tout.
  • Suivez l’évolution dans le temps. Si vous avez d’anciennes analyses, comparez-les. Une élévation stable est rassurante ; une élévation progressive mérite investigation.

Causes d’une élévation des transaminases ALAT

Une élévation de l’ALAT peut traduire des situations très différentes, du bénin et transitoire au sérieux et chronique. Identifier la cause précise relève de votre médecin, mais voici les plus fréquentes.

1. Hépatites virales aiguës

Les hépatites virales aiguës (virus A, B, C, D et E) sont des causes classiques d’élévation majeure de l’ALAT. Ces virus attaquent directement les cellules du foie, qui libèrent massivement leurs enzymes : le taux peut alors être multiplié par 10, 50, voire plus de 100 fois la normale. Une jaunisse, une grande fatigue, des urines foncées ou des nausées peuvent apparaître [1]. Pour en savoir plus, consultez notre dossier sur l’hépatite C.

2. Stéatose hépatique métabolique (MASLD, ex-NAFLD)

C’est aujourd’hui la cause la plus fréquente d’élévation modérée et persistante de l’ALAT en France. Selon la SNFGE, environ 1 adulte sur 5 est concerné [3], et la proportion grimpe à près de 9 personnes sur 10 chez les patients en surpoids avec un diabète de type 2. L’accumulation de graisse dans le foie peut évoluer vers une forme plus grave, la stéatohépatite (MASH, ex-NASH), puis vers la fibrose et la cirrhose. Des travaux récents de l’Inserm ont montré que la MASH n’est pas une maladie unique mais regroupe deux profils distincts, dont l’un est précisément caractérisé par un taux anormal d’ALAT [2].

3. Médicaments hépatotoxiques

De nombreux médicaments peuvent affecter le foie. Les classes les plus fréquemment impliquées :

  • Paracétamol (surtout en cas de surdosage)
  • Statines (anti-cholestérol)
  • Antibiotiques (amoxicilline-acide clavulanique, macrolides)
  • Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)
  • Antiépileptiques (acide valproïque, phénytoïne)
  • Méthotrexate
  • Certains antifongiques

Cette élévation peut survenir sans aucun symptôme, ce qui justifie la surveillance biologique régulière chez les patients sous traitement au long cours.

4. Consommation excessive d’alcool

L’abus chronique d’alcool est une cause majeure de souffrance hépatique. Particularité utile à retenir : dans l’atteinte alcoolique, c’est plutôt l’ASAT qui s’élève davantage que l’ALAT (rapport ASAT/ALAT supérieur à 2). Ce point est détaillé dans la section suivante.

5. Maladies auto-immunes du foie

L’hépatite auto-immune est une maladie où le système immunitaire attaque par erreur les cellules hépatiques. Elle touche surtout les femmes jeunes et se traduit par une élévation parfois marquée de l’ALAT.

6. Causes plus rares à connaître

  • Hémochromatose (surcharge en fer génétique)
  • Maladie de Wilson (surcharge en cuivre)
  • Déficit en alpha-1 antitrypsine
  • Hépatites toxiques (champignons, plantes médicinales mal utilisées)
  • Rhabdomyolyse (atteinte musculaire importante) — l’ALAT étant aussi présente en petite quantité dans les muscles

Que signifie un taux d’ALAT bas ?

Un taux d’ALAT inférieur aux valeurs de référence est rarement préoccupant. Dans des cas très spécifiques, il peut refléter une carence en vitamine B6 (cofacteur de l’enzyme), une dénutrition sévère ou une insuffisance hépatique très avancée. Dans ces situations, d’autres marqueurs comme l’albumine, le TP ou la bilirubine sont plus pertinents pour évaluer la gravité. Voir aussi notre article sur l’ASAT bas.

Rapport ASAT/ALAT : ce que ce ratio révèle

Quand le bilan hépatique montre des transaminases élevées, le rapport entre l’ASAT et l’ALAT (parfois appelé ratio de De Ritis) oriente fortement vers la cause. Ce calcul simple — ASAT divisée par ALAT — est utilisé par les hépatologues, et La Revue du Praticien ainsi que les recommandations de l’AFEF (Association française pour l’étude du foie) le mentionnent comme outil d’orientation en première ligne [1].

C’est particulièrement utile pour comprendre la situation fréquente d’ALAT élevé alors que l’ASAT reste normal ou peu modifié, qui oriente vers une cause précise.

Tableau interprétatif du rapport ASAT/ALAT

Rapport ASAT/ALATOrientation la plus probableExplication simple
Inférieur à 1 (ALAT > ASAT)Stéatose hépatique métabolique (foie gras), hépatite virale chronique B ou C en phase activeL’ALAT, libérée en plus grande quantité, prédomine. C’est le profil le plus fréquent en cas de souffrance hépatique d’origine métabolique.
Proche de 1 (ASAT ≈ ALAT)Hépatite virale aiguë, atteinte médicamenteuse débutanteLes deux enzymes sont libérées en quantité comparable lors d’une lésion aiguë étendue.
Supérieur ou égal à 2 (ASAT > ALAT)Atteinte hépatique liée à l’alcool, cirrhose, parfois atteinte musculaire ou cardiaqueL’ASAT, présente aussi dans les muscles et le cœur, prédomine. Un rapport ≥ 2 doit faire évoquer en priorité une consommation excessive d’alcool.

Un indice d’orientation, pas un diagnostic

Le ratio ne se lit jamais seul. Le contexte clinique (poids, antécédents, médicaments en cours, consommation d’alcool), l’évolution dans le temps et les autres examens (échographie du foie, sérologies des hépatites B et C, score FIB-4 d’évaluation de la fibrose) doivent toujours être intégrés par votre médecin avant de conclure.

Pour interpréter votre propre ASAT, voir notre guide du taux normal d’ASAT.

Quand s’inquiéter d’une élévation et que faire ?

L’inquiétude dépend de l’ampleur et de la durée de l’élévation. Voici les repères que les médecins utilisent en pratique :

Niveau de l’ALATConduite à tenir habituelle
NormalBilan annuel dans le cadre d’un suivi de routine
Légèrement élevé (< 3× la norme)Contrôle après 1 à 3 mois pour vérifier la persistance
Modérément élevé (3 à 10× la norme)Consultation et contrôle rapproché, examens complémentaires
Fortement élevé (> 10× la norme)Consultation rapide, bilan hépatique complet, possible imagerie

Une élévation persistante au-delà de 6 mois, ou une valeur très élevée associée à une jaunisse, une fatigue intense ou des urines foncées, doit conduire à une consultation rapide. À l’inverse, une élévation isolée légère et asymptomatique justifie d’abord un simple contrôle.

Les leviers qui font baisser le taux d’ALAT

Quand l’élévation est liée à une stéatose hépatique métabolique (la cause la plus fréquente), les leviers les plus efficaces sont :

  • une perte de poids modérée : 5 à 10 % du poids corporel suffisent souvent à normaliser l’ALAT en quelques mois ;
  • une alimentation de type méditerranéen (légumes, légumineuses, céréales complètes, huile d’olive, poissons gras), pauvre en sucres raffinés et en graisses saturées ;
  • une activité physique régulière (au moins 150 minutes par semaine d’intensité modérée, selon l’OMS) ;
  • une réduction de l’alcool ;
  • une revue des médicaments en cours avec votre médecin, en évitant l’automédication.

Pour une approche détaillée, consultez notre guide dédié : Réduire le taux d’ALAT : guide de gestion.

Quand consulter un hépatologue ?

L’avis d’un hépatologue (spécialiste du foie) est recommandé dans plusieurs situations :

  • taux d’ALAT élevé persistant au-delà de 6 mois ;
  • élévation accompagnée de symptômes (jaunisse, fatigue intense, douleurs abdominales) ;
  • facteurs de risque importants (antécédents familiaux d’hépatite, hémochromatose, consommation d’alcool excessive, infection VIH) ;
  • suspicion de maladie auto-immune ou de maladie génétique du foie.

Glossaire des termes médicaux

  • ALAT (alanine aminotransférase) : enzyme présente surtout dans les cellules du foie. Quand ces cellules sont abîmées, l’ALAT passe dans le sang.
  • ASAT (aspartate aminotransférase) : autre transaminase, présente dans le foie mais aussi dans les muscles, le cœur et les globules rouges. Moins spécifique du foie que l’ALAT.
  • Bilan hépatique : ensemble d’analyses sanguines qui évaluent le foie (ALAT, ASAT, GGT, phosphatases alcalines, bilirubine, albumine, TP).
  • Bilirubine : pigment jaune issu de la dégradation des globules rouges. Quand son taux monte, la peau et les yeux peuvent jaunir (jaunisse).
  • Cirrhose : stade avancé de la maladie du foie, où des cicatrices remplacent une grande partie du tissu hépatique sain.
  • Cytolyse hépatique : destruction des cellules du foie, signalée par une élévation des transaminases au-dessus de la normale.
  • GGT (gamma-glutamyl transférase) : enzyme du foie et des voies biliaires. Souvent augmentée en cas de consommation excessive d’alcool ou de problème des voies biliaires.
  • Hépatite : inflammation du foie, d’origine virale (A, B, C, E), médicamenteuse, auto-immune ou liée à l’alcool.
  • Hépatocyte : cellule du foie, qui stocke et fabrique l’ALAT.
  • Ratio de De Ritis : rapport ASAT/ALAT utilisé pour orienter vers la cause d’une élévation des transaminases.
  • SGPT, TGP, ALT : anciens noms ou variantes de l’ALAT, encore présents sur certains comptes rendus de laboratoire.
  • Stéatose hépatique métabolique (MASLD, ex-NAFLD) : accumulation de graisse dans le foie liée au surpoids, au diabète ou au syndrome métabolique. Aussi appelée « maladie du foie gras ».
  • UI/L (unité internationale par litre) : unité de mesure de l’activité d’une enzyme dans le sang.

Questions fréquentes sur les transaminases ALAT

Un taux d’ALAT élevé indique-t-il toujours un problème au foie ?

Pas systématiquement. Un effort musculaire très intense juste avant l’analyse peut l’augmenter temporairement, car l’ALAT est aussi présente en petite quantité dans les muscles. Certains médicaments peuvent causer des élévations transitoires. Enfin, une minorité de personnes en bonne santé présente des valeurs légèrement au-dessus des normes habituelles, sans pathologie sous-jacente.

Comment faire baisser un taux d’ALAT élevé ?

La démarche dépend de la cause. Si la stéatose métabolique est en jeu (situation la plus fréquente), une perte de poids modérée, une alimentation méditerranéenne, l’activité physique régulière et la réduction de l’alcool sont les leviers les plus efficaces. Aucun « remède naturel » miracle ne remplace ces mesures. Notre guide complet sur la réduction du taux d’ALAT détaille la démarche.

Le surpoids peut-il faire monter l’ALAT ?

Oui, c’est même l’une des causes les plus fréquentes d’élévation modérée et persistante. Selon la SNFGE, la stéatose hépatique métabolique touche environ 1 Français sur 5, et la moitié des personnes en surpoids développent cette accumulation de graisse dans le foie [3]. Une élévation isolée de l’ALAT chez une personne en surpoids doit faire évoquer ce diagnostic et justifie une évaluation médicale.

Comment le taux d’ALAT varie-t-il pendant la grossesse ?

On observe souvent une légère diminution des valeurs aux deuxième et troisième trimestres. À l’inverse, une élévation significative pendant la grossesse n’est jamais à banaliser : elle peut signaler des complications spécifiques (cholestase gravidique, prééclampsie, syndrome HELLP). Elle doit motiver une consultation rapide.

Faut-il être à jeun pour doser l’ALAT ?

Non, le taux d’ALAT n’est pas affecté de manière significative par un repas récent. En revanche, une consommation importante d’alcool dans les 24 à 48 heures précédentes peut causer une élévation passagère. Certains autres examens du même prélèvement (glycémie, bilan lipidique) peuvent nécessiter d’être à jeun : suivez les consignes données par le laboratoire.

Quelle est la différence entre ALAT, SGPT, TGP et ALT ?

Aucune : ce sont tous des synonymes qui désignent la même enzyme. ALAT (alanine aminotransférase) est le nom français actuel. SGPT (serum glutamic-pyruvic transaminase) et TGP (transaminase glutamopyruvique) sont d’anciens noms. ALT est l’abréviation anglaise. Tous ces sigles peuvent apparaître sur votre feuille de laboratoire selon les habitudes du biologiste.

Sources

Autres articles pour aller plus loin

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Comprendre votre taux de transaminases ALAT prend tout son sens en regard des autres marqueurs du bilan biologique du foie : l’ASAT, la gamma-GT, les phosphatases alcalines, la bilirubine. C’est l’ensemble de ces valeurs, lues côte à côte, qui oriente vers une cause précise. AI DiagMe vous aide à interpréter vos résultats de prise de sang en langage clair, pour préparer sereinement votre échange avec le médecin.

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