Le bilan hépatique est l’ensemble des analyses de sang qui évaluent l’état de votre foie et de vos voies biliaires. Quand votre médecin vous le prescrit, vous repartez souvent avec une liste de sigles — ASAT, ALAT, GGT, PAL, bilirubine — et peu d’explications pour les comprendre. Cet article vous aide à lire chacun de ces marqueurs, à savoir ce qu’est une valeur normale, et à interpréter un résultat élevé ou perturbé sans paniquer. Vous découvrirez la différence entre une atteinte des cellules du foie et un trouble des voies biliaires, le rôle du fameux rapport ASAT/ALAT, et surtout les signes qui justifient de consulter rapidement. L’objectif : transformer une feuille de résultats intimidante en information claire et utile pour dialoguer avec votre médecin.

Qu’est-ce qu’un bilan hépatique ?
Un bilan hépatique est une prise de sang qui mesure plusieurs substances produites ou transformées par le foie. Le foie est un organe central : il filtre le sang, fabrique des protéines, stocke l’énergie et élimine certains déchets. Quand il souffre, ces substances varient dans le sang, et le dosage permet de le détecter avant même l’apparition de symptômes.
On distingue souvent deux niveaux. Le bilan hépatique standard mesure les enzymes principales : les transaminases (ASAT et ALAT), la gamma-glutamyl-transférase (GGT) et les phosphatases alcalines (PAL). Le bilan hépatique complet y ajoute la bilirubine, l’albumine et le taux de prothrombine (TP), qui renseignent sur le bon fonctionnement de l’organe.
Cet examen sert à dépister une maladie du foie, à surveiller un traitement, à rechercher la cause d’une fatigue inexpliquée ou à suivre une consommation d’alcool. Il s’intègre presque toujours dans une analyse plus large : pour comprendre la logique d’ensemble, vous pouvez consulter notre guide pour lire une prise de sang ou la liste détaillée d’un bilan sanguin complet.
Les 6 marqueurs clés du bilan hépatique
Voici les six paramètres qui reviennent le plus souvent sur une feuille de bilan hépatique, et ce que chacun raconte sur votre foie.
| Marqueur | Ce qu’il reflète | Élévation typique |
|---|---|---|
| ALAT (transaminase) | Souffrance des cellules du foie | Hépatite, foie gras, médicaments |
| ASAT (transaminase) | Souffrance du foie, mais aussi des muscles et du cœur | Atteinte hépatique, lésion musculaire |
| GGT | État du foie et des voies biliaires | Alcool, médicaments, cholestase |
| PAL (phosphatases alcalines) | Voies biliaires (et os) | Obstacle sur les voies biliaires |
| Bilirubine | Élimination des déchets par le foie | Jaunisse, obstacle biliaire |
| Albumine | Capacité de fabrication du foie | Atteinte chronique, dénutrition |
ASAT et ALAT : les transaminases
Les transaminases sont des enzymes contenues dans les cellules du foie. Quand ces cellules sont abîmées, elles libèrent leurs transaminases dans le sang : le taux monte. On parle alors de cytolyse hépatique (destruction de cellules du foie).
L’ALAT est très spécifique du foie : son élévation pointe presque toujours vers cet organe. L’ASAT est moins spécifique car elle existe aussi dans les muscles et le cœur ; un effort intense ou une atteinte musculaire peut donc la faire monter. Pour aller plus loin, consultez nos pages dédiées à l’alanine aminotransférase (ALAT) et au taux normal d’ASAT.
GGT : gamma-glutamyl-transférase
La GGT renseigne surtout sur le foie et les voies biliaires. C’est un marqueur sensible mais peu spécifique : il peut s’élever pour de nombreuses raisons, dont la consommation d’alcool, certains médicaments ou un foie gras. Une GGT isolée légèrement élevée n’est pas toujours inquiétante, mais elle mérite d’être recontrôlée. Notre article sur la gamma-glutamyl-transférase détaille ses causes.
PAL : phosphatases alcalines
Les phosphatases alcalines proviennent surtout des voies biliaires et des os. Une PAL élevée associée à une GGT élevée oriente vers un trouble biliaire (on parle de cholestase, c’est-à-dire un ralentissement de l’écoulement de la bile). Si la GGT est normale, l’origine est plus probablement osseuse. Voir notre page sur le taux de phosphatases alcalines.
Bilirubine et albumine
La bilirubine est un pigment jaune issu de la dégradation des globules rouges, normalement éliminé par le foie. Son accumulation dans le sang provoque une coloration jaune de la peau et des yeux, appelée jaunisse (ou ictère). L’albumine est une protéine fabriquée par le foie ; un taux bas peut signaler une atteinte ancienne du foie ou un problème de nutrition. Le taux normal d’albumine est un bon repère de la fonction de fabrication de l’organe.
Valeurs normales du bilan hépatique
Les valeurs normales varient selon le laboratoire, l’appareil utilisé, le sexe et l’âge. C’est pourquoi votre compte rendu indique toujours, à côté de votre résultat, des valeurs de référence propres au laboratoire : ce sont elles qui font foi. Les chiffres ci-dessous sont donc donnés à titre indicatif chez l’adulte.

| Marqueur | Valeurs indicatives (adulte) |
|---|---|
| ALAT | environ 10 à 45 UI/L (souvent plus haut chez l’homme) |
| ASAT | environ 10 à 40 UI/L |
| GGT | inférieure à ~55 UI/L (homme) / ~38 UI/L (femme) |
| PAL | environ 30 à 120 UI/L |
| Bilirubine totale | inférieure à ~17–21 µmol/L |
| Albumine | environ 35 à 50 g/L |
Un résultat légèrement au-dessus de la limite ne signifie pas forcément une maladie : par définition, une petite partie de la population en bonne santé se situe hors des bornes. À l’inverse, des valeurs « dans la norme » n’excluent jamais à elles seules un problème. C’est l’ensemble du tableau, et son évolution dans le temps, qui compte — pas un chiffre isolé.
Bilan hépatique perturbé : que signifie un résultat élevé ?
Un bilan hépatique perturbé veut simplement dire qu’un ou plusieurs marqueurs sortent des valeurs de référence. La première étape n’est pas de chercher une maladie précise, mais d’identifier un profil. C’est l’élément le plus utile pour interpréter vos résultats, et c’est souvent celui qui manque dans les explications classiques.
Cytolyse ou cholestase : reconnaître le profil
Deux grands profils existent, selon les marqueurs qui montent.
| Profil | Marqueurs principalement élevés | Mécanisme | Causes fréquentes |
|---|---|---|---|
| Cytolyse | ASAT et ALAT | Destruction des cellules du foie | Foie gras, hépatite virale, alcool, médicaments |
| Cholestase | GGT et PAL (± bilirubine) | Gêne à l’écoulement de la bile | Calcul biliaire, médicaments, alcool |
Repérer le profil aide à comprendre pourquoi votre médecin demande tel ou tel examen complémentaire (échographie, sérologies, etc.). Un profil mixte, où les deux types de marqueurs sont élevés, est également possible.

Le rapport ASAT/ALAT : un indice utile
Le rapport entre ASAT et ALAT est un petit indice apprécié des médecins. Dans la plupart des maladies du foie, l’ALAT est plus élevée que l’ASAT (rapport inférieur à 1). En revanche, dans les atteintes liées à l’alcool, l’ASAT dépasse souvent nettement l’ALAT (rapport supérieur à 2). Ce repère n’est qu’une orientation : seul un médecin peut le replacer dans votre contexte.
Les causes fréquentes d’un bilan hépatique élevé
Les causes les plus courantes d’enzymes du foie élevées sont, par ordre de fréquence : le foie gras (accumulation de graisse dans le foie, liée au surpoids et au diabète), la consommation d’alcool, certains médicaments (dont le paracétamol à forte dose), et les hépatites virales comme l’hépatite C. Une surcharge en fer (hémochromatose) peut aussi être en cause : un dosage de la ferritine est alors utile. L’ampleur de l’élévation compte : un taux très élevé, par exemple supérieur à dix fois la limite haute, justifie un avis médical rapide.
Beaucoup de personnes associent un bilan hépatique perturbé à une fatigue. Le lien existe parfois, mais il n’est ni constant ni spécifique : une fatigue peut avoir de nombreuses autres causes, et un foie en souffrance reste souvent silencieux. Là encore, c’est l’ensemble du bilan, et non un symptôme isolé, qui guide l’interprétation.
Faut-il être à jeun pour un bilan hépatique ?
C’est l’une des questions les plus posées. Pour les enzymes du foie elles-mêmes (ASAT, ALAT, GGT, PAL), le jeûne n’est pas indispensable. En pratique, le bilan hépatique est cependant très souvent prélevé en même temps qu’un bilan lipidique (cholestérol, triglycérides) ou une glycémie, qui eux nécessitent d’être à jeun. C’est pourquoi le laboratoire vous demande fréquemment un jeûne de 8 à 12 heures « par sécurité ».
Le plus simple est de suivre la consigne inscrite sur votre ordonnance ou de téléphoner au laboratoire. En cas de doute, restez à jeun : cela évite de devoir refaire la prise de sang. Pendant le jeûne, vous pouvez boire de l’eau. Pour savoir quand arriveront vos résultats, consultez notre article sur le délai des résultats d’une prise de sang.
Quand consulter : les signes d’alerte
Un bilan hépatique légèrement perturbé se contrôle souvent à distance, sans urgence. Certains signes imposent en revanche de consulter rapidement, surtout s’ils s’ajoutent à des résultats anormaux.
- Coloration jaune de la peau ou du blanc des yeux (jaunisse).
- Urines très foncées ou selles décolorées (très claires).
- Douleur importante sous les côtes à droite.
- Fatigue intense, perte d’appétit ou perte de poids inexpliquées.
- Gonflement du ventre, démangeaisons persistantes ou ecchymoses faciles.
- Élévation très importante des transaminases sur le compte rendu.
En présence de l’un de ces signes, ne cherchez pas à interpréter seul vos résultats : prenez contact avec votre médecin. L’interprétation finale d’un bilan hépatique relève toujours d’un professionnel de santé, qui croise vos résultats avec vos antécédents, vos traitements et un éventuel examen complémentaire.
Glossaire
- ALAT (alanine aminotransférase) : enzyme du foie qui s’élève quand les cellules hépatiques sont abîmées ; très spécifique du foie.
- ASAT (aspartate aminotransférase) : enzyme présente dans le foie, mais aussi les muscles et le cœur ; moins spécifique que l’ALAT.
- Bilirubine : pigment jaune issu de la dégradation des globules rouges, éliminé par le foie ; son accumulation cause la jaunisse.
- Cholestase : ralentissement ou blocage de l’écoulement de la bile, souvent marqué par une GGT et des PAL élevées.
- Cytolyse hépatique : destruction de cellules du foie, traduite par une élévation des transaminases (ASAT et ALAT).
- GGT (gamma-glutamyl-transférase) : enzyme du foie et des voies biliaires, sensible à l’alcool et à certains médicaments.
- Ictère : coloration jaune de la peau et des yeux due à un excès de bilirubine ; c’est le terme médical de la « jaunisse ».
- PAL (phosphatases alcalines) : enzymes provenant des voies biliaires et des os ; utiles pour repérer un trouble biliaire.
- Stéatose hépatique : accumulation de graisse dans le foie (« foie gras »), cause très fréquente d’enzymes du foie élevées.
- Transaminases : nom commun des enzymes ASAT et ALAT, libérées par les cellules du foie en cas de souffrance.
Questions fréquentes
Bilan hépatique, c’est quoi exactement ?
C’est une prise de sang qui évalue l’état du foie et des voies biliaires. Elle mesure des enzymes (ASAT, ALAT, GGT, PAL) et, dans sa version complète, la bilirubine, l’albumine et le taux de prothrombine. L’objectif est de repérer une éventuelle souffrance du foie, d’en chercher la cause ou de surveiller un traitement. Le bilan hépatique ne pose pas un diagnostic à lui seul : il fournit des indices que le médecin interprète avec votre histoire de santé et, si besoin, d’autres examens comme une échographie.
Combien de temps faut-il être à jeun pour un bilan hépatique ?
Les enzymes du foie ne nécessitent pas, en théorie, d’être à jeun. Mais comme le prélèvement est souvent couplé à un bilan lipidique ou à une glycémie, les laboratoires recommandent fréquemment un jeûne de 8 à 12 heures. Le plus sûr est de suivre la consigne de votre ordonnance ou d’appeler le laboratoire. Vous pouvez boire de l’eau pendant le jeûne. Si vous n’êtes pas certain, mieux vaut rester à jeun pour éviter de refaire la prise de sang.
Un bilan hépatique perturbé est-il grave ?
Pas nécessairement. De nombreuses élévations sont modérées et liées à des causes courantes comme le foie gras, l’alcool ou un médicament. Ce qui compte, c’est l’ampleur de l’anomalie, le profil (cytolyse ou cholestase) et son évolution dans le temps. Une perturbation isolée et légère se recontrôle souvent à distance. À l’inverse, une élévation très importante ou associée à une jaunisse doit être évaluée rapidement par un médecin, qui décidera des examens à réaliser.
Un bilan hépatique perturbé signifie-t-il un cancer ?
C’est une inquiétude fréquente, mais un bilan hépatique perturbé est très rarement dû à un cancer. Les causes les plus courantes sont bénignes ou traitables : foie gras, alcool, médicaments, infection virale. Les marqueurs du bilan hépatique ne sont d’ailleurs pas des marqueurs de dépistage du cancer. Si une cause sérieuse est suspectée, le médecin oriente vers des examens spécifiques. Interpréter seul ses résultats conduit souvent à des craintes injustifiées : un avis médical permet de remettre les chiffres en perspective.
Mes enzymes du foie sont un peu élevées, que faire ?
D’abord, ne pas paniquer : une élévation modérée est fréquente. Notez vos résultats, vos traitements en cours et votre consommation d’alcool, puis prenez rendez-vous avec votre médecin sans urgence. Il pourra recontrôler le bilan à distance, demander une échographie ou des examens complémentaires selon le profil. En attendant, limiter l’alcool et adopter une alimentation équilibrée aide souvent les enzymes du foie à revenir vers la normale, surtout en cas de foie gras.
Les valeurs normales du bilan hépatique sont-elles les mêmes partout ?
Non. Les valeurs de référence varient d’un laboratoire à l’autre selon les techniques de mesure, et elles dépendent aussi du sexe et de l’âge. C’est pourquoi votre compte rendu affiche toujours, à côté de votre résultat, les bornes propres au laboratoire qui a réalisé l’analyse. Comparez toujours votre chiffre à ces bornes-là, et non à un tableau trouvé sur internet. Un même résultat peut être considéré comme normal dans un laboratoire et légèrement élevé dans un autre.
Sources
- Bilan hépatique : ALAT, ASAT, Gamma-GT, PAL, bilirubine, albumine — Cité de la santé (Universcience)
- Les dosages sanguins liés aux maladies hépatiques — Centre Hépato-Biliaire Paul Brousse (AP-HP)
- Bilan hépatique sanguin — Manuels MSD pour le grand public
Autres articles pour aller plus loin
- Lire une prise de sang : le guide complet
- Bilan sanguin complet : la liste des examens
- Alanine aminotransférase (ALAT) : signification et interprétation
- Gamma-glutamyl-transférase (GGT) : valeurs et causes
- Délai des résultats d’une prise de sang
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