Cellules épithéliales dans l’urine : interpréter les résultats

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Cellules épithéliales observées dans l'analyse d'urine et interprétation de leur présence

⚕️ Cet article est à visée informative et ne remplace pas un avis médical. Consultez toujours votre médecin pour interpréter vos résultats.

Les cellules épithéliales dans les urines surprennent souvent quand on découvre la ligne sur un compte rendu de laboratoire. Dans la grande majorité des cas, en trouver en petit nombre est banal : ces cellules tapissent les voies urinaires et se renouvellent en permanence, et quelques-unes finissent naturellement dans l’urine ou proviennent d’une simple contamination du prélèvement. Ce qui compte vraiment, c’est la quantité (rares, quelques, nombreuses…), le type de cellules et le reste de l’analyse. Cet article explique d’où viennent les cellules épithéliales, comment lire la mention sur votre résultat, ce que signifient « rares » ou « nombreuses », les situations qui justifient un nouveau prélèvement et les signes qui doivent amener à consulter. L’interprétation finale revient toujours à votre médecin, qui replace ces résultats dans votre contexte.

Cellules épithéliales : qu’est-ce que c’est et pourquoi en trouve-t-on dans les urines ?

Les cellules épithéliales forment le revêtement interne des organes, un peu comme une « peau » qui les tapisse. Dans l’appareil urinaire, elles recouvrent l’intérieur des voies par lesquelles l’urine circule : l’urètre (le canal qui évacue l’urine), la vessie, les uretères et les reins.

Comme la peau, ce revêtement se renouvelle sans cesse. Les cellules les plus anciennes se détachent (on parle de desquamation, c’est-à-dire une chute naturelle de cellules) et partent avec l’urine. En retrouver quelques-unes lors d’une analyse d’urine est donc parfaitement habituel et sans signification inquiétante.

Une autre source très fréquente est la contamination de l’échantillon. Au moment du recueil, des cellules de la vulve, du gland ou de la zone génitale peuvent se mêler à l’urine. Ces cellules-là ne viennent pas d’un trouble urinaire : elles reflètent surtout la façon dont l’urine a été recueillie.

On observe ces cellules à l’examen microscopique du sédiment urinaire, c’est-à-dire l’étape où le laboratoire regarde au microscope ce que contient l’urine (cellules, cristaux, bactéries…). Cette analyse fait partie de l’examen cytobactériologique des urines (ECBU) lorsqu’une infection est recherchée.

Les trois types de cellules épithéliales dans les urines

Toutes les cellules épithéliales ne se valent pas : leur origine change leur signification. Le laboratoire en distingue trois grandes familles, et c’est souvent le type, plus que le nombre, qui guide le médecin.

Cellules pavimenteuses (ou squameuses)

Ce sont les plus grandes et les plus fréquentes. Aussi appelées cellules malpighiennes, elles proviennent du bas de l’urètre et de la zone génitale (vulve et vagin chez la femme, extrémité du pénis chez l’homme). Leur présence est presque toujours sans gravité : elle signe le plus souvent une contamination de l’échantillon au moment du recueil.

Cellules transitionnelles (ou urothéliales)

Elles tapissent la vessie et les uretères. En trouver quelques-unes est normal. Un nombre plus élevé peut accompagner une irritation ou une inflammation de la vessie, par exemple lors d’une infection urinaire ou en présence de calculs urinaires.

Cellules tubulaires rénales

Elles viennent des minuscules canaux du rein, les tubules. Ce sont les seules réellement importantes pour le diagnostic : normalement absentes ou très rares, elles peuvent, lorsqu’elles sont nombreuses, orienter vers une atteinte du rein. Elles restent toutefois difficiles à distinguer des cellules transitionnelles au microscope et ne s’interprètent jamais isolément.

Lire son résultat : que veulent dire « rares », « quelques » ou « nombreuses » cellules épithéliales ?

Beaucoup de laboratoires ne rendent pas un chiffre précis mais une appréciation : absence, rares, quelques, assez nombreuses, nombreuses. D’autres comptent les cellules par champ observé au microscope. Il n’existe pas de seuil universel : les valeurs de référence varient d’un laboratoire à l’autre, et c’est toujours le compte rendu de votre laboratoire qui fait foi. Voici comment ces mentions se lisent en pratique.

Mention sur le compte renduCe que cela veut dire le plus souventConduite habituelle
Absence / 0Aucune cellule détectée ; prélèvement « propre »Rien à signaler
Rares / quelquesRenouvellement normal du revêtement ou légère contamination ; très fréquent et béninEn général, aucune action
Assez nombreusesSouvent une contamination, surtout chez la femme ; à recouper avec les globules blancs et les bactériesParfois un nouveau prélèvement
Nombreuses / très nombreusesÉchantillon probablement contaminé, ou irritation des voies urinaires ; peut gêner la lecture du reste du sédimentNouveau recueil en milieu de jet souvent conseillé

Une mention « nombreuses cellules épithéliales » n’est donc pas, à elle seule, le signe d’une maladie. Elle invite surtout à vérifier la qualité du prélèvement et à regarder les autres résultats de l’analyse.

À retenir :

  • En petit nombre, les cellules épithéliales sont normales et sans conséquence.
  • Un grand nombre évoque d’abord un recueil imparfait, pas une maladie.
  • Le type de cellule (squameuse, transitionnelle, rénale) compte plus que le simple décompte.

Contamination ou vrai problème ? Regarder le reste du sédiment

Les cellules épithéliales s’interprètent rarement seules. Le laboratoire et le médecin les replacent au milieu des autres éléments de l’analyse, qui donnent tout son sens au résultat. Quelques repères simples aident à comprendre la logique :

  • Beaucoup de cellules épithéliales avec plusieurs types de bactéries mais sans excès de globules blancs (leucocytes) : tableau qui évoque une contamination plutôt qu’une infection ; on propose souvent de refaire l’examen.
  • Globules blancs élevés + nitrites positifs + une seule bactérie dominante : oriente vers une infection urinaire, à confirmer par la culture.
  • Présence de sang (hématies) ou de cellules urothéliales d’aspect inhabituel : peut motiver des examens complémentaires.
  • Cylindres urinaires ou cellules tubulaires rénales : piste qui regarde davantage du côté du rein.

D’autres éléments figurent parfois sur le même compte rendu, comme des cristaux ou du mucus. Chacun a sa propre signification et complète le tableau. C’est cette lecture d’ensemble, et non une ligne isolée, qui permet une interprétation juste.

Cellules épithéliales nombreuses : faut-il s’inquiéter ?

Découvrir « nombreuses cellules épithéliales » inquiète souvent, mais ce résultat est rarement grave. Le plus fréquemment, il traduit un recueil imparfait — par exemple une absence de toilette avant le prélèvement — et non une maladie des voies urinaires.

La crainte du cancer revient régulièrement. Pourtant, les cellules épithéliales ordinaires ne sont pas un marqueur de cancer. La question du cancer de la vessie ne se pose que dans des situations bien précises — par exemple du sang dans les urines qui persiste — et repose sur un examen dédié, la cytologie urinaire lue par un spécialiste, jamais sur le simple décompte des cellules épithéliales. Tirer des conclusions d’une seule ligne de résultat n’a donc pas de sens.

En résumé, un nombre élevé de cellules épithéliales oriente d’abord vers la qualité du prélèvement et vers l’ensemble du contexte. C’est rassurant dans la plupart des cas, et cela explique pourquoi la première mesure proposée est souvent de simplement refaire l’examen dans de bonnes conditions.

Cellules épithéliales et grossesse, et le cas du prélèvement génital

Pendant la grossesse

Il est fréquent de voir davantage de cellules épithéliales, notamment pavimenteuses, pendant la grossesse. Les changements hormonaux augmentent le renouvellement des cellules de la zone génito-urinaire, ce qui en envoie un peu plus dans l’urine. Cela ne signale pas, en soi, un problème. Les analyses d’urine sont d’ailleurs régulières durant la grossesse, surtout pour dépister une infection ; votre suivi habituel encadre l’interprétation de ces résultats.

Quand le résultat vient d’un prélèvement génital

Attention à ne pas confondre deux examens différents. Trouver des cellules épithéliales sur un prélèvement vaginal ou un frottis n’a pas la même signification que dans l’urine : à cet endroit, ces cellules sont attendues et tout à fait normales, puisque les parois génitales en sont naturellement tapissées. Si votre résultat provient d’un prélèvement génital, le cadre d’interprétation est différent et relève de votre médecin ou de votre gynécologue.

Bien recueillir ses urines pour un résultat fiable

Comme la contamination est la première cause d’un excès de cellules épithéliales, la façon de recueillir l’urine change presque tout. Quelques gestes simples améliorent nettement la fiabilité du résultat.

  1. Faites une toilette intime à l’eau et au savon doux juste avant le recueil.
  2. Recueillez l’urine du « milieu de jet » : commencez à uriner quelques secondes, puis placez le flacon stérile pour recueillir le jet qui suit.
  3. Évitez si possible de réaliser l’examen pendant les règles, ou signalez-le au laboratoire.
  4. Si vous portez une sonde urinaire, prévenez le laboratoire : le recueil se fait différemment, souvent par un professionnel de santé.

Ces précautions limitent l’apport de cellules venues de la zone génitale et donnent une image plus juste de ce qui se passe réellement dans les voies urinaires. Elles correspondent aux consignes officielles de recueil utilisées pour l’analyse d’urine et l’ECBU.

Quand consulter un médecin

La présence de cellules épithéliales, même nombreuses, ne justifie pas à elle seule de s’alarmer. En revanche, certains signes associés doivent amener à consulter sans tarder :

  • Fièvre accompagnée d’une douleur dans le bas du dos ou sur le côté (douleur lombaire) et de frissons : cela peut évoquer une infection du rein (pyélonéphrite).
  • Du sang visible dans les urines, ou une coloration anormale qui se répète.
  • Un compte rendu mentionnant des cellules tubulaires rénales ou une protéinurie (présence de protéines dans les urines) importante, surtout avec une créatinine élevée ou un débit de filtration glomérulaire (DFG) abaissé.
  • Des signes généraux marqués (nausées, vomissements, fatigue inhabituelle) ou une baisse nette de la quantité d’urine.

En cas de doute, parlez-en à votre médecin : il pourra recouper vos symptômes et vos résultats, refaire un examen si besoin, ou vous orienter vers un spécialiste — un néphrologue pour le rein, un urologue pour les voies urinaires.

Glossaire

  • Bandelette urinaire : test rapide à l’aide d’une languette réactive qui détecte des marqueurs comme les globules blancs, les nitrites, le sang ou les protéines.
  • Cellule épithéliale : cellule qui forme le revêtement interne des organes ; dans l’appareil urinaire, elle tapisse l’urètre, la vessie, les uretères et les reins.
  • Cellules épithéliales pavimenteuses (ou squameuses, malpighiennes) : grandes cellules venant du bas de l’urètre et de la zone génitale ; leur présence signe le plus souvent une contamination de l’échantillon.
  • Cellules transitionnelles (urothéliales) : cellules tapissant la vessie et les uretères.
  • Cellules tubulaires rénales : cellules issues des petits canaux du rein (tubules) ; normalement absentes ou très rares dans l’urine.
  • Contamination de l’échantillon : présence, dans l’urine recueillie, de cellules ou de germes provenant de la peau ou de la zone génitale, qui faussent l’analyse.
  • ECBU (examen cytobactériologique des urines) : analyse de laboratoire qui recherche des cellules, des globules blancs et des bactéries dans l’urine.
  • Hématies : autre nom des globules rouges ; leur présence dans l’urine traduit du sang (hématurie).
  • Leucocytes : autre nom des globules blancs ; en excès dans l’urine, ils évoquent une inflammation ou une infection.
  • Sédiment urinaire : ce que l’on observe au microscope après avoir laissé déposer ou centrifugé l’urine (cellules, cristaux, bactéries…).

Questions fréquentes

Comment attrape-t-on des cellules épithéliales dans les urines ?

On ne les « attrape » pas : les cellules épithéliales ne sont ni un microbe ni une infection, mais vos propres cellules, celles qui tapissent les voies urinaires et la zone génitale. Elles se renouvellent en permanence et quelques-unes passent naturellement dans l’urine. Quand elles sont nombreuses, c’est presque toujours parce qu’elles ont été récupérées au moment du recueil (contamination), pas parce qu’on les aurait contractées. La bonne question n’est donc pas « comment les ai-je attrapées ? » mais « mon prélèvement était-il propre, et que disent les autres résultats ? ».

Est-il normal de n’avoir aucune cellule épithéliale dans les urines ?

Oui. La mention « absence de cellules épithéliales » est plutôt rassurante : elle indique le plus souvent un prélèvement propre, sans contamination par la zone génitale. Leur présence en petit nombre est tout aussi banale, car le revêtement des voies urinaires se renouvelle naturellement. Qu’il y en ait peu ou pas du tout n’a généralement pas de conséquence en soi ; ce qui compte, c’est l’ensemble du résultat et votre contexte clinique.

Faut-il un traitement pour se débarrasser des cellules épithéliales dans les urines ?

Il n’existe pas de traitement destiné à « faire baisser » les cellules épithéliales, car elles ne constituent pas une maladie. Lorsqu’elles sont nombreuses à cause d’une contamination, la bonne réponse est de refaire l’examen avec un recueil soigneux en milieu de jet. Si une cause précise est retrouvée — une infection urinaire, par exemple —, c’est cette cause qui est traitée, pas les cellules elles-mêmes. Aucune démarche particulière n’est nécessaire pour les éliminer directement.

Les cellules épithéliales peuvent-elles être liées à une infection sexuellement transmissible ?

Certaines infections, y compris sexuellement transmissibles, provoquent une inflammation des voies génito-urinaires qui peut augmenter le nombre de cellules ou de globules blancs dans l’urine. Mais une simple ligne « cellules épithéliales » ne permet pas d’affirmer une telle infection : le diagnostic repose sur un examen clinique et des tests spécifiques. Si vous avez des symptômes (brûlures, écoulements, douleurs) ou un doute, parlez-en à votre médecin, qui prescrira les analyses adaptées.

Cellules épithéliales chez l’homme : est-ce différent que chez la femme ?

La signification est la même, mais la fréquence diffère. Chez la femme, la proximité de la vulve et du vagin rend la contamination par des cellules pavimenteuses plus courante, surtout sans toilette préalable. Chez l’homme, ces cellules sont en général moins nombreuses. Dans les deux cas, un nombre élevé invite d’abord à vérifier la qualité du recueil. Le type de cellule et le reste de l’analyse comptent davantage que le sexe de la personne.

Combien de cellules épithéliales est-ce « trop » ?

Il n’y a pas de chiffre universel. Selon les laboratoires, le résultat est rendu en mots (rares, nombreuses…) ou en nombre de cellules par champ au microscope, avec des seuils qui varient d’un établissement à l’autre. C’est pourquoi votre compte rendu indique ses propres valeurs de référence. Un nombre élevé n’est pas « anormal » au sens de grave : il signale surtout qu’il faut s’assurer d’un prélèvement propre et examiner les autres paramètres. En cas de doute, votre médecin tranchera.

Sources

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    Dr Claude Tchonko est hématologue, en exercice depuis 2013, exerçant actuellement à la Clinique Mas de Rochet (Castelnau-le-Lez). Fort d'un parcours international, il est spécialisé dans la prise en charge des hémopathies malignes (leucémies, lymphomes, myélomes), avec une expertise particulière dans les traitements par autogreffe de cellules souches, la thérapie CAR-T et l'optimisation des parcours de soins en onco-hématologie.

    Auteur d'un ouvrage de référence, « Les hémopathies lymphoïdes au Mali », il combine pratique clinique et participation active à des projets de développement de solutions technologiques en santé.

    Titulaire d'un Doctorat d'État en Médecine (Faculté de Médecine de Bamako, 2006), il a complété sa formation par un Certificat d'Études Spécialisées en Hématologie Bioclinique (Abidjan-Cocody, 2010) et plusieurs diplômes universitaires : DFMS d'Hématologie et DIU de Cytogénétique Onco-hématologique (Grenoble), ainsi qu'un DU sur le syndrome drépanocytaire majeur (UPEC).

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