Hématurie (sang dans les urines) : causes, gravité et conduite à tenir

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Revu et validé médicalement par :
Julien Priour

⚕️ Cet article est à visée informative et ne remplace pas un avis médical. Consultez toujours votre médecin pour interpréter vos résultats.

L’hématurie désigne la présence de sang dans les urines. Elle peut être visible à l’œil nu et colorer alors l’urine en rose, rouge ou brun, ou rester invisible et n’apparaître qu’à l’analyse de laboratoire. Dans les deux cas, ce n’est pas une maladie en soi, mais un signal qui demande à être expliqué. La plupart du temps, la cause est bénigne : une simple infection ou un petit calcul. Mais parce qu’une hématurie peut aussi révéler un problème plus sérieux, elle justifie toujours un avis médical. Cet article explique ce qu’est une hématurie, comment la reconnaître, ses six grandes familles de causes, les examens qui permettent d’en trouver l’origine et, surtout, dans quels cas il faut consulter sans attendre.

Qu’est-ce que l’hématurie ?

L’hématurie correspond à la présence anormale de globules rouges (les hématies) dans les urines. Ces globules rouges proviennent d’un saignement situé quelque part sur le trajet des urines : reins, uretères, vessie, prostate ou urètre. L’hématurie est donc un symptôme, pas un diagnostic. Le vrai travail consiste à trouver d’où vient le sang et pourquoi.

On classe l’hématurie selon deux critères utiles : sa visibilité et le moment où le sang apparaît pendant la miction.

Hématurie microscopique et hématurie macroscopique

La première distinction repose sur le fait que le sang se voit ou non à l’œil nu.

  • Hématurie macroscopique : le sang est visible et donne aux urines une teinte rosée, rouge ou brun foncé (couleur « thé »). Selon le Manuel MSD, cette teinte dépend de la quantité de sang, de la durée de sa présence dans l’urine et de l’acidité de celle-ci.
  • Hématurie microscopique : le sang n’est pas visible. Il n’est détecté qu’à la bandelette urinaire ou au microscope. Le référentiel du Collège français d’urologie (Urofrance) la définit par la présence de plus de 10 000 hématies par millilitre d’urine, soit plus de 10 par mm³.

Le tableau ci-dessous résume les différences.

CritèreHématurie macroscopiqueHématurie microscopique
VisibilitéUrine rose, rouge ou bruneUrine d’aspect normal
DétectionÀ l’œil nuBandelette ou microscope
DécouverteSouvent une consultation en urgenceSouvent un examen de routine
Réaction attendueConsultation rapideBilan, sans affolement

Important : l’aspect de l’urine ne dit rien de la gravité. Une urine très rouge peut venir d’un saignement bénin, et une hématurie microscopique discrète peut parfois révéler une cause sérieuse. C’est le bilan, pas la couleur, qui tranche.

Hématurie initiale, terminale ou totale

Le moment où le sang apparaît pendant la miction oriente le médecin vers la zone qui saigne, selon le référentiel d’urologie.

  • Initiale : le sang n’apparaît qu’au début du jet. Il évoque une origine basse, du côté de l’urètre ou de la prostate.
  • Terminale : le sang n’apparaît qu’en fin de miction. Il oriente vers le col de la vessie.
  • Totale : le sang colore l’ensemble du jet. Il peut venir de n’importe quel niveau, en particulier du rein ou de l’uretère, surtout si le saignement est abondant.

Cette information simple, que vous pouvez observer vous-même, est utile à communiquer à votre médecin.

L’hématurie est-elle grave ?

C’est la question que se posent la plupart des personnes concernées, et la réponse est rassurante dans la majorité des cas. Le sang dans les urines vient le plus souvent d’une cause bénigne et facile à traiter : infection, petit calcul ou effort sportif. Il n’existe d’ailleurs pas de lien automatique entre le type d’hématurie et la gravité de la maladie qui la provoque.

Pour autant, l’hématurie ne doit jamais être ignorée. Chez les personnes de plus de 50 ans, les fumeurs ou les personnes exposées à certaines substances chimiques, une hématurie peut être le premier signe d’un cancer de la vessie ou du rein. La bonne nouvelle, c’est que ces situations sont minoritaires et que consulter tôt améliore nettement les chances de prise en charge. Voir du sang dans ses urines doit donc déclencher une consultation, sans panique mais sans report non plus.

Les six grandes causes de l’hématurie

Les causes sont nombreuses, mais elles se rangent en six grandes familles. Le tableau suivant les présente avec leurs indices les plus fréquents.

Famille de causesExemplesIndices fréquents
Infections urinairesCystite, pyélonéphrite, prostatiteBrûlures, envies fréquentes, fièvre
Calculs urinaires (lithiase)Calcul du rein ou de l’uretèreDouleur intense d’un côté (colique néphrétique)
Maladies rénalesAtteinte du filtre rénal (glomérule)Protéines dans les urines, gonflements, tension élevée
Tumeurs des voies urinairesVessie, rein, prostate, uretèreSang souvent indolore, surtout après 50 ans
Médicaments et troubles de la coagulationAnticoagulants, aspirineSaignements faciles ailleurs sur le corps
Causes diversesEffort intense, traumatismeSang transitoire après un sport ou un choc

Les infections urinaires sont la première cause. Une infection urinaire comme la cystite s’accompagne souvent de brûlures en urinant et d’envies pressantes.

Les calculs urinaires blessent la paroi des voies urinaires en se déplaçant. Ils donnent une douleur vive et peuvent laisser des cristaux dans les urines. Pour mieux comprendre ce mécanisme, voir notre guide sur les calculs rénaux.

Les maladies rénales touchent le système de filtration du rein. Elles s’accompagnent souvent de protéines dans les urines, que l’on dépiste par la microalbuminurie, parfois d’une urine mousseuse ou de la présence de cylindres urinaires à l’analyse.

Les tumeurs des voies urinaires concernent surtout la vessie, le rein et, chez l’homme, la prostate. Une hématurie indolore après 50 ans impose d’éliminer un cancer de la prostate ou de la vessie.

Les médicaments et troubles de la coagulation, en particulier les anticoagulants, peuvent favoriser ou révéler un saignement. Ils n’expliquent toutefois jamais à eux seuls une hématurie : un bilan reste nécessaire.

Les causes diverses regroupent l’hématurie d’effort, transitoire après un sport intense, et les traumatismes des voies urinaires.

Symptômes associés : origine urologique ou rénale ?

L’hématurie est rarement isolée. Les signes qui l’accompagnent aident à distinguer une origine urologique (vessie, uretère, prostate, urètre) d’une origine rénale (le filtre du rein, appelé glomérule). Cette orientation, détaillée dans le référentiel d’urologie, change la suite des examens.

Signe associéOriente plutôt versPourquoi
Caillots de sangOrigine urologiqueLe sang d’origine rénale ne coagule en général pas
Douleur de colique, brûluresOrigine urologiqueCalcul ou infection des voies urinaires
Protéines dans les urinesOrigine rénaleLe filtre rénal laisse passer protéines et sang
Gonflements, tension élevéeOrigine rénaleSignes d’une atteinte des reins
Aucune douleurÀ explorer dans tous les casNe signifie pas « sans gravité »

La couleur des urines apporte aussi des indices. Notre article sur la couleur de l’urine détaille les nuances et les fausses alertes (betterave, certains médicaments) qui ne sont pas du sang.

Comment confirme-t-on une hématurie ? Les examens

Devant un saignement, le médecin cherche d’abord à confirmer qu’il s’agit bien de sang, puis à en trouver l’origine. Les examens se font par étapes, du plus simple au plus poussé.

La bandelette urinaire

C’est le premier test, rapide et indolore. La bandelette détecte la présence de sang, mais aussi de nitrites et de globules blancs dans les urines, deux signes en faveur d’une infection. Très sensible, la bandelette peut toutefois donner de faux positifs (après un effort, en cas de pigments musculaires ou de règles). Une bandelette positive doit donc être confirmée au laboratoire.

L’ECBU et l’analyse du sédiment

L’ECBU (examen cytobactériologique des urines) compte les globules rouges et les globules blancs, et recherche un germe. Selon l’Assurance Maladie, c’est l’examen demandé en première intention pour confirmer une hématurie et rechercher une infection. L’analyse du sédiment au microscope précise la forme des hématies : déformées, elles évoquent une origine rénale ; intactes, une origine urologique. Notre guide pour interpréter les résultats d’un ECBU explique chaque ligne du compte rendu.

L’imagerie et la cystoscopie

Selon le contexte, le médecin complète par une échographie des reins et de la vessie, voire un scanner (uroscanner) pour repérer un calcul ou une masse. La cystoscopie, examen de la vessie avec une fine caméra, est proposée surtout en présence de facteurs de risque de tumeur. Le référentiel d’urologie les résume par quelques « signaux » : sexe masculin, âge supérieur à 35 ans, tabagisme, exposition professionnelle à des substances chimiques, ou saignement visible. Un dosage de la créatinine dans le sang évalue en parallèle le fonctionnement des reins.

Le choix des examens n’est donc pas le même pour tout le monde. Une personne jeune, sans facteur de risque et avec un saignement microscopique, peut faire l’objet d’une simple surveillance ; une personne plus âgée ou fumeuse, avec un saignement visible, bénéficie d’un bilan plus complet d’emblée. C’est tout l’intérêt de confier ses résultats à un médecin, qui adapte les explorations à la situation.

Hématurie chez la femme, l’homme, pendant la grossesse et le sportif

Les causes et la conduite à tenir varient selon le profil.

Chez la femme

Avant de parler d’hématurie, il faut s’assurer que le sang ne provient pas des règles : la recherche doit idéalement se faire en dehors des menstruations. Les infections urinaires, plus fréquentes chez la femme, sont une cause classique.

Chez l’homme

Après 50 ans, une hématurie fait rechercher une cause prostatique (hypertrophie bénigne ou, plus rarement, cancer) ou vésicale. Le tabac et certaines expositions professionnelles augmentent le risque de tumeur urinaire.

Pendant la grossesse

Toute hématurie chez une femme enceinte demande une évaluation prudente, car elle peut traduire une infection ou une atteinte rénale. Certains examens d’imagerie sont adaptés ou reportés pendant la grossesse, d’où l’importance d’un suivi médical.

Après un effort intense

L’hématurie d’effort survient après un sport intense (course de fond, par exemple) et disparaît en général spontanément en quelques jours. Elle reste un diagnostic d’élimination : si le sang persiste à distance de l’effort, un bilan complet s’impose.

Quand consulter : les signes d’alerte

Toute hématurie justifie un avis médical, mais certains signes imposent une consultation rapide, voire une prise en charge en urgence. Consultez sans tarder si vous présentez l’un des éléments suivants :

  • Urine franchement rouge ou brune, visible à l’œil nu, surtout sans douleur.
  • Présence de caillots de sang dans les urines.
  • Douleur intense d’un côté du dos ou du ventre, type colique néphrétique.
  • Fièvre ou frissons associés au saignement.
  • Âge supérieur à 50 ans, tabagisme ou exposition professionnelle à des substances chimiques.
  • Difficulté ou impossibilité d’uriner.
  • Sang qui persiste ou revient, même en petite quantité.
  • Prise d’anticoagulants avec saignement important.

Ne modifiez jamais seul un traitement anticoagulant : la décision se prend avec le médecin qui l’a prescrit. En cas de doute, mieux vaut consulter pour rien que de passer à côté d’un problème traitable.

Quels traitements pour une hématurie ?

Il n’existe pas de traitement de « l’hématurie » en elle-même : on traite la cause identifiée. Les principes sont les suivants.

  • Infection urinaire : antibiotiques adaptés après l’ECBU, selon les recommandations.
  • Calcul urinaire : antidouleurs et hydratation, parfois geste pour retirer ou fragmenter le calcul.
  • Maladie rénale : prise en charge spécialisée en néphrologie selon le diagnostic précis.
  • Tumeur : traitement urologique et, si besoin, oncologique, adapté au type et au stade.
  • Trouble de la coagulation : ajustement du traitement, toujours avec le médecin prescripteur.

Une fois la cause traitée, l’hématurie disparaît dans la majorité des cas. Le suivi reste utile pour vérifier que le saignement ne réapparaît pas.

Peut-on prévenir l’hématurie ?

Il n’existe pas de moyen universel d’éviter toute hématurie, puisqu’elle dépend de la cause. Quelques habitudes simples réduisent toutefois le risque des affections les plus fréquentes derrière un saignement urinaire.

  • Boire suffisamment d’eau, sauf contre-indication médicale, pour diluer les urines et limiter la formation de calculs.
  • Ne pas se retenir trop longtemps d’uriner et traiter rapidement les infections urinaires plutôt que de les laisser traîner.
  • Ne pas fumer : le tabac est un facteur de risque majeur de tumeur de la vessie.
  • Se protéger lors d’une exposition professionnelle à des substances chimiques.
  • Faire surveiller un traitement anticoagulant et signaler tout saignement à son médecin.

Ces gestes diminuent certains risques mais ne remplacent pas une consultation : une hématurie, même brève, mérite toujours d’être expliquée.

Glossaire

TermeDéfinition
Bandelette urinaireTest rapide trempé dans l’urine qui détecte le sang, les nitrites, les globules blancs et l’acidité.
CystoscopieExamen de l’intérieur de la vessie au moyen d’une fine caméra introduite par l’urètre.
ECBUExamen cytobactériologique des urines : il compte les cellules et recherche un germe au laboratoire.
GlomérulePetit filtre du rein qui épure le sang ; son atteinte laisse passer sang et protéines.
HématieGlobule rouge, cellule du sang qui transporte l’oxygène ; sa présence dans l’urine définit l’hématurie.
Hématurie macroscopiqueSang visible à l’œil nu, qui colore l’urine en rose, rouge ou brun.
Hématurie microscopiqueSang non visible, décelé seulement à la bandelette ou au microscope.
LeucocyturiePrésence de globules blancs dans les urines, signe d’inflammation ou d’infection.
Lithiase urinaireFormation de calculs dans les voies urinaires, cause fréquente de saignement et de douleur.
ProtéinuriePrésence anormale de protéines dans les urines, possible signe d’atteinte rénale.

Questions fréquentes

Une bandelette urinaire positive suffit-elle à diagnostiquer une hématurie ?

Non. La bandelette est très sensible mais peut donner de faux positifs, par exemple après un effort intense, en présence de pigments musculaires ou en cas de contamination par les règles. Elle indique qu’il faut confirmer, pas que le diagnostic est posé. La confirmation passe par un examen au microscope du sédiment urinaire ou un ECBU au laboratoire, qui comptent réellement les globules rouges. Une bandelette positive isolée doit donc toujours être vérifiée avant toute conclusion.

Hématurie microscopique sans infection : faut-il s’inquiéter ?

Une hématurie microscopique sans infection retrouvée est fréquente et reste bénigne dans la plupart des cas. Elle mérite cependant un bilan structuré pour en chercher l’origine, surtout en présence de facteurs de risque (âge supérieur à 50 ans, tabac). Si le premier bilan est normal et que vous n’avez pas de facteur de risque, le médecin peut simplement proposer un contrôle des urines quelques mois plus tard. Si le sang persiste, des examens complémentaires sont réalisés.

Peut-on avoir du sang dans les urines sans aucune douleur ?

Oui, et c’est même une situation à prendre au sérieux. Une hématurie indolore ne veut pas dire « sans gravité » : l’absence de douleur n’élimine ni un calcul silencieux, ni une atteinte rénale, ni une tumeur des voies urinaires. Chez une personne de plus de 50 ans ou fumeuse, une hématurie visible et indolore doit même faire éliminer en priorité un cancer de la vessie. Quel que soit votre ressenti, un saignement dans les urines justifie un avis médical.

Combien de temps faut-il pour trouver la cause d’une hématurie ?

Cela dépend de la cause. Une infection urinaire se confirme en quelques jours grâce à l’ECBU. D’autres situations demandent une échographie, un scanner ou une cystoscopie, et le diagnostic complet peut prendre quelques semaines. Le délai dépend aussi de la rapidité d’accès aux examens. L’essentiel est de lancer le bilan sans tarder, surtout si le saignement est visible ou s’accompagne de signes d’alerte.

L’hématurie disparaît-elle une fois la cause traitée ?

Dans la majorité des cas, oui. Lorsque la cause est une infection ou un calcul, le sang disparaît avec le traitement. Pour les maladies rénales chroniques ou les tumeurs, l’évolution dépend du diagnostic précis et de la prise en charge spécifique. Un suivi est recommandé pour vérifier que l’hématurie ne réapparaît pas, en particulier en cas de facteurs de risque.

Dois-je arrêter mes anticoagulants si j’ai du sang dans les urines ?

Non, pas de votre propre initiative. Les anticoagulants peuvent favoriser un saignement, mais l’arrêter sans avis expose à un risque sérieux (caillot, accident vasculaire). La décision de maintenir, d’ajuster ou de suspendre le traitement se prend toujours avec le médecin prescripteur, après avoir pesé le risque de saignement face au risque de thrombose. Signalez rapidement l’hématurie, mais ne touchez pas seul à votre traitement.

Sources

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Face à une hématurie, plusieurs analyses entrent en jeu : la bandelette urinaire, l’examen des urines (ECBU), l’étude du sédiment au microscope ou encore la créatinine (qui reflète la fonction des reins). Comprendre ces résultats vous aide à mieux dialoguer avec votre médecin et à préparer les bonnes questions. AI DiagMe vous aide à interpréter rapidement vos comptes rendus, en complément de l’avis médical et sans poser de diagnostic à votre place.

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