La goutte est une maladie articulaire fréquente, provoquée par un excès d’acide urique dans le sang. Cet excès forme de minuscules cristaux qui se déposent dans une articulation et déclenchent une crise de goutte : une douleur brutale, souvent au gros orteil, avec rougeur et gonflement. Bien prise en charge, elle se contrôle très bien et les crises peuvent même disparaître.
Ce guide explique simplement ce qu’est la goutte, comment reconnaître une crise, quelles en sont les causes, que faire quand la douleur survient, quels aliments limiter, comment le diagnostic est posé et quels traitements existent. Vous trouverez aussi un tableau pour la distinguer d’autres maladies proches, les signes qui doivent amener à consulter, un glossaire et les questions les plus posées.
Qu’est-ce que la goutte ?
La goutte est la forme d’arthrite inflammatoire (inflammation d’une articulation) la plus fréquente dans les pays occidentaux. En France, elle concerne environ 1 % des adultes, et touche bien plus souvent les hommes que les femmes, surtout après 40 ans. On parle d’un rhumatisme microcristallin : une maladie liée à de microscopiques cristaux qui se forment dans les articulations.
Ces cristaux sont faits d’urate de sodium, un sel issu de l’acide urique. Quand le taux d’acide urique dans le sang reste trop élevé (on parle d’hyperuricémie), il finit par cristalliser, un peu comme du sucre en excès dans l’eau. Les cristaux se déposent alors dans une ou plusieurs articulations et y déclenchent une réaction inflammatoire douloureuse.
Goutte aiguë et goutte chronique
La maladie évolue en plusieurs phases. Au début, des crises aiguës surviennent puis disparaissent, séparées par des périodes totalement sans douleur. Sans traitement de fond, ces crises deviennent souvent plus fréquentes avec le temps et touchent davantage d’articulations.
Peu à peu, la goutte peut devenir chronique : les cristaux s’accumulent et forment des amas visibles sous la peau, appelés tophus. À ce stade, les articulations peuvent s’abîmer durablement. Plus la maladie est traitée tôt, plus on évite ces complications.
Crise de goutte : symptômes et signes
Une crise de goutte démarre le plus souvent la nuit ou au petit matin, de façon brutale. En quelques heures, l’articulation devient extrêmement douloureuse. La douleur peut être si vive que le simple poids d’un drap sur le pied devient insupportable.
Les signes typiques d’une crise de goutte sont :
- Une douleur intense et soudaine, dans une seule articulation le plus souvent.
- Un gonflement marqué de l’articulation atteinte.
- Une rougeur et une chaleur de la peau autour de l’articulation.
- Une grande sensibilité au moindre contact ou mouvement.
- Parfois une légère fièvre et une sensation de fatigue.
Sans traitement, une crise dure en général de quelques jours à deux semaines, puis s’atténue d’elle-même. Mais cette accalmie ne signifie pas la guérison : l’acide urique reste élevé et de nouvelles crises peuvent survenir.
Quelles articulations sont touchées ?
La goutte touche très souvent le gros orteil : on parle alors de podagre. C’est la localisation la plus connue et, de loin, la plus fréquente lors d’une première crise de goutte.
D’autres articulations peuvent être concernées : le cou-de-pied et la cheville, le genou, plus rarement la main, le poignet ou le coude. La crise atteint d’ordinaire une seule articulation à la fois, mais des formes touchant plusieurs articulations existent, surtout dans les gouttes anciennes et mal contrôlées.
Causes et facteurs de risque de la goutte
La cause directe de la goutte est l’hyperuricémie, c’est-à-dire un taux d’acide urique trop élevé dans le sang. Cet acide urique provient surtout de la dégradation des purines, des substances présentes dans certains aliments et dans nos propres cellules. Il est ensuite éliminé par les reins, dans les urines.
Elle apparaît quand le corps produit trop d’acide urique, ou quand les reins n’en éliminent pas assez. Ce second mécanisme, lié au fonctionnement des reins que l’on suit notamment avec la créatinine, est le plus fréquent.
Plusieurs facteurs augmentent le risque :
- Alimentation et boissons : viandes rouges, abats, fruits de mer, alcool (surtout la bière) et boissons sucrées riches en fructose.
- Surpoids et obésité : ils élèvent l’acide urique et gênent son élimination.
- Maladies associées : l’hypertension artérielle, le diabète, les maladies des reins et un excès de cholestérol forment souvent un terrain commun.
- Certains médicaments : les diurétiques (médicaments qui font uriner) et l’aspirine à faible dose peuvent faire monter l’acide urique.
- Hérédité : des antécédents familiaux augmentent le risque.
- Âge et sexe : les hommes sont plus touchés, et les femmes surtout après la ménopause.
Que faire en cas de crise de goutte ?
Pendant une crise de goutte, l’objectif est de calmer la douleur et l’inflammation le plus tôt possible. Les recommandations françaises insistent sur un traitement précoce, idéalement dans les douze premières heures suivant le début de la crise. Voici les bons réflexes :
- Traiter vite la crise. Un médicament prescrit par votre médecin (la colchicine, un anti-inflammatoire ou, parfois, la cortisone) agit d’autant mieux qu’il est pris tôt.
- Mettre l’articulation au repos. Évitez de forcer sur le pied ou l’articulation touchée le temps que la crise passe.
- Appliquer du froid. Une poche de glace enveloppée dans un linge, posée quelques minutes, aide à soulager localement.
- Bien s’hydrater. Boire de l’eau régulièrement favorise l’élimination de l’acide urique.
- Ne pas modifier seul un traitement de fond. Si vous prenez déjà un médicament qui baisse l’acide urique (comme l’allopurinol), ne l’arrêtez pas pendant la crise. À l’inverse, on ne débute pas ce traitement en pleine crise sans avis médical.
- Consulter. Une première crise, ou une douleur articulaire accompagnée de fièvre, doit toujours conduire à consulter (voir plus bas).
L’automédication a ses limites : certains antidouleurs courants ne suffisent pas, et d’autres peuvent être déconseillés. Demandez conseil à votre médecin ou à votre pharmacien.
Alimentation et goutte : que limiter, que privilégier
L’alimentation joue un rôle réel dans la goutte, mais elle ne remplace pas le traitement. À elle seule, une alimentation adaptée ne fait baisser l’acide urique que de façon modérée. Elle reste néanmoins un complément utile, surtout pour réduire la fréquence des crises de goutte.
| À limiter | À privilégier | Idées reçues à connaître |
|---|---|---|
| Viandes rouges, abats, charcuterie | Eau (au moins 1,5 à 2 litres par jour) | Les cerises pourraient légèrement aider, sans remplacer le traitement |
| Fruits de mer et poissons gras | Produits laitiers allégés | Le café, avec modération, ne semble pas l’aggraver |
| Bière et alcools forts | Légumes et fruits (en évitant l’excès de fructose) | Le citron ou le bicarbonate ne « soignent » pas la maladie |
| Sodas et jus sucrés (fructose) | Céréales complètes, œufs | Un soda « zéro » sucre est préférable à un soda sucré |
En clair : on limite les aliments riches en purines et l’alcool, on boit suffisamment d’eau et on évite les boissons sucrées. Un poids stable et une activité physique régulière complètent utilement ces mesures.
Diagnostic et acide urique : comment confirme-t-on la goutte ?
Le diagnostic de la goutte commence par l’examen clinique : le médecin observe l’articulation, sa rougeur et son gonflement, puis écoute la description de la crise. Une douleur brutale du gros orteil est très évocatrice. Plusieurs examens viennent compléter ce constat.
- La prise de sang : elle mesure le taux d’acide urique dans le sang (l’uricémie). Attention, ce taux peut être normal pendant une crise : un résultat normal n’élimine donc pas le diagnostic. Des marqueurs d’inflammation comme la CRP sont parfois élevés. Pour vous y retrouver, consultez notre guide pour lire une prise de sang.
- L’analyse du liquide articulaire : en prélevant un peu de liquide dans l’articulation, le médecin peut observer les cristaux d’urate au microscope. C’est l’examen qui confirme la goutte avec certitude.
- L’imagerie : échographie, radiographie ou scanner peuvent révéler les dépôts de cristaux et l’état de l’articulation.
Traitements de la goutte : soulager la crise et prévenir les récidives
Le traitement poursuit deux buts complémentaires : soulager la crise quand elle survient, et faire baisser durablement l’acide urique pour éviter qu’elle revienne.
Traiter la crise de goutte
Pour la crise, le médecin peut prescrire la colchicine, un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) ou, si besoin, des corticoïdes (cortisone). Plus le traitement est commencé tôt, plus il est efficace. La colchicine peut entraîner des troubles digestifs : si des diarrhées apparaissent, il faut le signaler rapidement à son médecin pour adapter la dose.
Le traitement de fond pour faire baisser l’acide urique
Pour empêcher les crises de revenir, on utilise un traitement de fond dit hypo-uricémiant. L’allopurinol en est le médicament de référence ; le fébuxostat est une autre option. L’objectif est d’amener l’uricémie sous 360 µmol/L (60 mg/L), et plus bas encore (sous 300 µmol/L) dans les formes sévères, afin de dissoudre progressivement les cristaux.
Ce traitement se prend généralement à vie. Il se débute à faible dose, à distance d’une crise, puis s’augmente peu à peu. Les recommandations 2020 de la Société française de rhumatologie conseillent de l’envisager dès la première crise confirmée. Un suivi régulier, souvent avec un rhumatologue, permet d’ajuster les doses et de vérifier l’efficacité.
Goutte ou autre maladie ? Quand consulter
Plusieurs affections ressemblent à la goutte. Les distinguer est important, car les traitements diffèrent. Ce tableau résume les principales différences.
| Maladie | Ce qui la distingue |
|---|---|
| Goutte | Cristaux d’acide urique ; crise brutale, souvent au gros orteil |
| Pseudo-goutte (chondrocalcinose) | Cristaux de calcium ; touche surtout le genou ou le poignet |
| Arthrose | Usure du cartilage ; douleur mécanique progressive, sans crise inflammatoire brutale |
| Polyarthrite rhumatoïde | Maladie auto-immune ; plusieurs articulations, souvent des deux côtés |
| Arthrite septique (infection) | Articulation chaude et douloureuse avec fièvre : urgence médicale |
Signes d’alerte : quand consulter sans tarder
Consultez rapidement, voire en urgence, dans les situations suivantes :
- C’est votre première crise : un diagnostic précis évite les erreurs de traitement.
- La douleur articulaire s’accompagne de fièvre ou de frissons : il faut écarter une infection de l’articulation, qui est une urgence.
- Les crises se répètent ou touchent plusieurs articulations.
- Des boules sous la peau (tophus) apparaissent au fil du temps.
- Vous avez des douleurs du dos ou des reins, ou du sang dans les urines, qui peuvent évoquer des calculs rénaux liés à l’acide urique.
Entre les crises, un suivi médical régulier reste essentiel pour contrôler l’acide urique et le risque cardiovasculaire souvent associé à cette maladie.
Glossaire
- Acide urique : déchet produit par la dégradation des purines, éliminé par les reins. Son excès dans le sang est à l’origine de la goutte.
- Arthropathie microcristalline : maladie d’une articulation provoquée par des microcristaux. Elle en est l’exemple le plus fréquent.
- Colchicine : médicament utilisé pour calmer l’inflammation d’une crise de goutte.
- Hyperuricémie : taux d’acide urique trop élevé dans le sang. Elle précède et entretient la maladie.
- Podagre : nom donné à la goutte du gros orteil, sa localisation la plus fréquente.
- Purines : substances présentes dans certains aliments et dans nos cellules, transformées en acide urique par l’organisme.
- Tophus : amas de cristaux d’acide urique formant des boules sous la peau, observé dans la goutte chronique.
- Traitement hypo-uricémiant : médicament (comme l’allopurinol) qui fait baisser l’acide urique pour prévenir les crises.
- Uricémie : mesure du taux d’acide urique dans le sang, réalisée par une prise de sang.
Questions fréquentes
Combien de temps dure une crise de goutte ?
Sans traitement, une crise de goutte dure le plus souvent de quelques jours à environ deux semaines, puis s’apaise spontanément. Avec un traitement pris dès les premières heures, la douleur diminue généralement plus vite, souvent en deux à trois jours. La disparition de la douleur ne veut pas dire que la maladie est guérie : l’acide urique reste élevé et d’autres crises peuvent survenir. C’est pourquoi un traitement de fond est souvent nécessaire pour espacer, puis éviter, les récidives.
Peut-on mourir de la goutte ?
La goutte n’est pas, en elle-même, une maladie mortelle. En revanche, elle s’accompagne souvent d’un risque cardiovasculaire plus élevé (hypertension, diabète, maladies du cœur et des reins) qu’il faut surveiller. Par ailleurs, une articulation très chaude et gonflée accompagnée de fièvre peut cacher une infection, qui est une véritable urgence. En cas de doute, mieux vaut consulter rapidement. Bien suivie, elle se contrôle très bien et n’empêche pas de vivre normalement.
Peut-on guérir définitivement de la goutte ?
On ne « guérit » pas la goutte au sens strict, mais on peut la mettre complètement au repos. En faisant baisser durablement l’acide urique grâce à un traitement de fond, les cristaux finissent par se dissoudre et les crises peuvent disparaître. Ce traitement se prend généralement à vie : s’il est arrêté, l’acide urique remonte et les crises reviennent. Associé à une bonne hygiène de vie, ce suivi permet à la plupart des patients de ne plus avoir de crise.
Peut-on marcher avec une crise de goutte ?
Pendant une crise, surtout lorsqu’elle touche le gros orteil ou le pied, marcher est souvent très douloureux. Le repos de l’articulation est d’ailleurs conseillé le temps que l’inflammation diminue. Des chaussures larges et confortables, et le fait de surélever le pied, peuvent soulager. En dehors des crises, lorsque l’inflammation a disparu, la marche et l’activité physique sont au contraire bénéfiques et recommandées.
Quels médicaments peuvent provoquer une crise de goutte ?
Certains médicaments augmentent l’acide urique et peuvent la favoriser : les diurétiques (qui font uriner, souvent prescrits pour l’hypertension), l’aspirine à faible dose et quelques traitements utilisés après une greffe. Ne les arrêtez jamais de vous-même : seul votre médecin peut juger s’il faut les adapter, car ils traitent d’autres problèmes importants. Signalez-lui simplement vos crises pour qu’il puisse en tenir compte.
La goutte est-elle héréditaire ?
Elle n’est pas strictement héréditaire, mais il existe une prédisposition familiale. Certaines particularités génétiques modifient la façon dont les reins éliminent l’acide urique. Si plusieurs membres de votre famille ont souffert de goutte, votre risque est plus élevé. L’hérédité n’agit toutefois jamais seule : l’alimentation, le poids, l’alcool et d’autres maladies pèsent au moins autant. Agir sur ces facteurs reste donc efficace, même avec des antécédents familiaux.
Sources
- Assurance Maladie (ameli.fr) – Qu’est-ce que la goutte et quelles sont ses causes ?
- Société Française de Rhumatologie – Goutte
- VIDAL – Recommandations : Goutte
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