La FDA américaine vient d’autoriser précivityad2, un nouveau test sanguin capable de repérer les signes biologiques de la maladie d’Alzheimer chez des adultes qui présentent déjà des troubles de la mémoire ou du raisonnement. Cette autorisation, annoncée début septembre 2026, s’ajoute à une famille de tests sanguins en pleine expansion qui permettent de détecter l’accumulation de plaques amyloïdes dans le cerveau sans ponction lombaire ni TEP-scan.
Pour toute personne inquiète pour un proche qui perd la mémoire, l’idée qu’une simple prise de sang puisse remplacer un examen invasif est une nouvelle rassurante. Cet article explique ce qui change concrètement, comment précivityad2 se distingue des tests sanguins Alzheimer déjà disponibles, et où en est la France sur ce sujet.
Ce que la FDA vient d’autoriser
Précivityad2, développé par la société C2N Diagnostics à partir de recherches menées à l’université Washington de Saint-Louis, s’adresse aux adultes de 40 ans et plus qui présentent déjà des signes de déclin cognitif. Ce n’est pas un test de dépistage pour des personnes en bonne santé sans symptôme, et il ne pose pas de diagnostic à lui seul. Il vient compléter une évaluation clinique complète, qui inclut l’examen de la mémoire, du fonctionnement au quotidien et la recherche d’autres causes possibles de confusion, comme un problème thyroïdien, une carence en vitamines ou un effet secondaire médicamenteux.
Le test mesure le rapport entre les protéines bêta-amyloïdes (Aβ42 et Aβ40) et deux formes de la protéine tau (p-tau217 et tau totale) dans un échantillon sanguin, grâce à une technique de spectrométrie de masse haute résolution, plus précise que les méthodes immunologiques utilisées par certains tests concurrents. Dans l’étude de validation clinique portant sur 1 142 adultes présentant des troubles cognitifs, la valeur prédictive positive du test a atteint 97,6 % et sa valeur prédictive négative 93,1 %, en comparaison avec le TEP-scan amyloïde et l’analyse du liquide céphalo-rachidien.
Où en est la France ?
Un test sanguin Alzheimer mesurant le rapport pTau217/bêta-amyloïde est déjà déployé dans certains centres mémoire français depuis 2025, notamment via le réseau des centres mémoire de ressources et de recherche. Selon l’Inserm, lorsque ces biomarqueurs sanguins sont associés à une évaluation clinique et neuropsychologique rigoureuse, ils pourraient à terme remplacer la ponction lombaire par une alternative fiable, plus accessible et moins invasive. À ce jour, la Haute Autorité de Santé n’a toutefois pas encore publié de recommandation officielle sur l’utilisation en pratique courante de ces tests sanguins, ni statué sur leur remboursement : l’évaluation est toujours en cours. Précivityad2 n’est pour l’instant pas le test déployé en France, mais son autorisation américaine alimente les données internationales sur lesquelles s’appuient les experts français.
Pour comprendre les bases du sujet, notre article sur le test sanguin Alzheimer détaille ce que mesurent ces analyses et à qui elles s’adressent. La maladie d’Alzheimer reste avant tout un diagnostic clinique, que ces nouveaux tests viennent seulement appuyer.
Précivityad2 face aux autres tests sanguins Alzheimer
| Test | Méthode | Autorisation | Âge concerné |
|---|---|---|---|
| Précivityad2 (C2N Diagnostics) | Spectrométrie de masse | FDA, septembre 2026 | 40 ans et plus |
| Lumipulse G pTau217/Aβ1-42 (Fujirebio) | Immunodosage | FDA, mai 2025 | 55 ans et plus |
| Elecsys pTau217 (Roche/Eli Lilly) | Immunodosage | FDA, août 2026 | 55 ans et plus |
Quand consulter
Un oubli occasionnel n’est généralement pas le signe d’une maladie d’Alzheimer. Il est justifié de consulter lorsque les troubles de mémoire ou de raisonnement commencent à gêner les activités du quotidien, comme gérer son budget, respecter ses rendez-vous ou suivre une recette familière, ou lorsqu’un proche remarque un changement de jugement ou de comportement. Le médecin traitant pourra prescrire un premier bilan sanguin, incluant un dosage de la vitamine B12 et un contrôle thyroïdien, car une carence ou un trouble thyroïdien peuvent imiter un déclin cognitif et se traitent facilement.
Dernières avancées scientifiques
Les données scientifiques des trois dernières années confortent ce virage vers un diagnostic sanguin de la maladie d’Alzheimer. Une étude de cohorte publiée en 2024 dans JAMA Neurology a montré qu’un dosage sanguin de la p-tau217 identifiait les anomalies amyloïdes et tau avec une grande précision, comparable à celle de l’analyse du liquide céphalo-rachidien, et qu’un système de trois seuils de référence permettait de réduire d’environ 80 % le recours à un second examen de confirmation [Ashton et al., 2024]. En clair : pour la plupart des patients, le résultat sanguin seul suffisait à éviter un examen plus invasif.
En 2025, l’Association Alzheimer américaine a publié sa première recommandation de pratique clinique sur les biomarqueurs sanguins, concluant que les tests atteignant au moins 90 % de sensibilité et 75 % de spécificité peuvent être utilisés pour orienter vers des examens complémentaires, et que les tests les plus performants peuvent, dans certains cas, remplacer entièrement le TEP-scan ou la ponction lombaire chez un spécialiste. Le texte rappelle cependant que tous les tests commercialisés n’atteignent pas ce niveau de fiabilité : un résultat doit toujours être interprété par un médecin formé aux troubles de la mémoire, jamais lu isolément.
Une vaste méta-analyse publiée en 2025 dans The Lancet Neurology, regroupant les données de plus de 29 000 personnes issues de 113 études, a confirmé que la p-tau217, la même famille de biomarqueur que celle mesurée par précivityad2, est le marqueur sanguin le plus performant pour identifier les lésions de la maladie d’Alzheimer, avec une sensibilité et une spécificité proches de 88 %. Les auteurs soulignent que des études en conditions réelles, hors des cohortes de recherche très encadrées, restent nécessaires pour confirmer ces performances en pratique courante : un résultat préliminaire encourageant, mais encore à confirmer sur le terrain.
Glossaire
- Plaques amyloïdes : amas de protéine bêta-amyloïde qui s’accumulent entre les neurones et constituent une caractéristique de la maladie d’Alzheimer.
- p-tau217 : forme spécifique de la protéine tau dont le taux augmente dans le sang et le liquide céphalo-rachidien lors des lésions liées à Alzheimer.
- Spectrométrie de masse : technique de laboratoire de haute précision qui identifie et mesure de très faibles quantités de protéines dans un échantillon.
- TEP-scan amyloïde : examen d’imagerie cérébrale utilisant un traceur radioactif pour visualiser directement les plaques amyloïdes.
- Valeur prédictive positive : probabilité qu’une personne ayant un résultat positif soit réellement atteinte de la maladie recherchée.
- Ponction lombaire : prélèvement du liquide céphalo-rachidien permettant de doser les protéines associées à la maladie d’Alzheimer.
Foire aux questions
Précivityad2 est-il accessible à toute personne inquiète pour sa mémoire ?
Non. Il s’adresse aux adultes de 40 ans et plus qui présentent déjà des signes de déclin cognitif et qui sont suivis par un médecin. Il n’est pas conçu pour dépister des personnes en bonne santé sans symptôme, chez qui ses valeurs prédictives seraient moins fiables.
Ce test sanguin peut-il diagnostiquer la maladie d’Alzheimer à lui seul ?
Non. Il aide à confirmer la présence probable de plaques amyloïdes, ce qui appuie un diagnostic, mais une évaluation complète nécessite aussi un entretien clinique, des tests cognitifs et l’exclusion d’autres causes comme la dépression, les troubles du sommeil ou une carence en vitamines.
Ce test est-il disponible en France ?
Précivityad2 n’est pas le test actuellement déployé dans les centres mémoire français. La France utilise déjà des tests sanguins pTau217 dans certains centres, mais la Haute Autorité de Santé n’a pas encore publié de recommandation officielle ni statué sur un remboursement en pratique courante.
Comment précivityad2 se distingue-t-il des tests sanguins Alzheimer précédents ?
Il utilise la spectrométrie de masse plutôt que la méthode immunologique employée par les tests de Fujirebio ou de Roche/Eli Lilly. Les trois mesurent des biomarqueurs amyloïdes et tau proches, et sont considérés comme globalement comparables en fiabilité lorsqu’ils sont correctement validés.
Que faire si je suis inquiet pour ma mémoire ?
Parlez-en d’abord à votre médecin traitant, qui pourra évaluer vos symptômes, prescrire un bilan sanguin de base pour écarter des causes réversibles, et vous orienter si besoin vers une consultation mémoire spécialisée. Notez des exemples précis de troubles observés, idéalement avec l’aide d’un proche.
Sources
- Inserm — Vers un diagnostic biologique sanguin de la maladie d’Alzheimer ?, 2025 — medecinesciences.org
- Inserm — Vers la définition d’un cadre d’utilisation des biomarqueurs sanguins de la maladie d’Alzheimer en pratique clinique, Salle de presse de l’Inserm, 2026 — presse.inserm.fr
- Inserm — Maladie d’Alzheimer, dossier, 2026 — inserm.fr
- N. Ashton et al. — Diagnostic Accuracy of a Plasma Phosphorylated Tau 217 Immunoassay for Alzheimer Disease Pathology, JAMA Neurology, 2024 — consensus.app
- S. Palmqvist et al. — Alzheimer’s Association Clinical Practice Guideline on the use of blood-based biomarkers, Alzheimer’s & Dementia, 2025 — consensus.app
- J. Therriault et al. — Blood phosphorylated tau for the diagnosis of Alzheimer’s disease: a systematic review and meta-analysis, The Lancet Neurology, 2025 — consensus.app
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