La SHBG est une protéine du sang qui transporte vos hormones sexuelles et décide, en grande partie, de la quantité réellement active dans votre corps. Si votre médecin a coché « SHBG » sur une ordonnance, ou si vous voyez cette ligne sur votre compte rendu de laboratoire, vous vous demandez sûrement à quoi elle sert et comment lire le chiffre. Cet article vous explique simplement ce qu’est la SHBG, pourquoi on la dose, quelles sont ses valeurs normales chez l’homme et la femme, ce que signifie un taux élevé ou bas, et quand un résultat mérite d’en parler à un professionnel. L’objectif : comprendre votre résultat sans céder à l’inquiétude, et savoir quelles questions poser.
SHBG : qu’est-ce que cette protéine de liaison ?
La SHBG (sex hormone-binding globulin, ou « globuline liant les hormones sexuelles ») est une protéine fabriquée principalement par le foie, puis libérée dans le sang. Son rôle est de se fixer sur les hormones sexuelles — surtout la testostérone, et dans une moindre mesure l’œstradiol (une forme d’œstrogène) — pour les transporter dans la circulation.
On peut l’imaginer comme une flotte de taxis : tant qu’une hormone est « assise » dans le taxi SHBG, elle circule mais ne peut pas agir sur les cellules. Elle constitue une réserve mobilisable. La SHBG règle ainsi la disponibilité des hormones sexuelles dans tout l’organisme.
Bien que le foie en soit la source principale, d’autres tissus en produisent aussi, comme le cerveau ou le placenta pendant la grossesse. Sa concentration dans le sang n’est donc pas figée : elle monte ou descend selon de nombreux facteurs, que nous détaillons plus bas.
Pourquoi seule la fraction « libre » des hormones compte
Dans le sang, la testostérone existe sous trois formes : une grande partie liée à la SHBG, une partie liée plus faiblement à une autre protéine (l’albumine), et une petite fraction totalement libre. La théorie largement admise en endocrinologie est que seule la fraction libre (et celle faiblement liée) est biologiquement active, c’est-à-dire capable d’entrer dans les cellules et d’y produire un effet.
C’est tout l’enjeu : deux personnes peuvent afficher la même testostérone totale sur leur prise de sang, mais avoir des quantités d’hormone active très différentes si leur taux de SHBG diffère. Une SHBG élevée « capte » davantage d’hormone et en laisse moins de libre ; une SHBG basse en libère davantage. Voilà pourquoi le chiffre de la testostérone totale, seul, peut induire en erreur.
Pourquoi votre médecin prescrit un dosage de SHBG
Le dosage de la SHBG vient le plus souvent compléter celui de la testostérone totale. Il aide à interpréter correctement un résultat hormonal lorsque le contexte laisse penser que la SHBG pourrait être anormale. C’est un éclairage, pas un examen que l’on prescrit isolément au hasard.
Les situations qui motivent fréquemment ce dosage sont, par exemple :
- chez l’homme, l’exploration d’une baisse de libido, d’une fatigue inexpliquée, de troubles de l’érection ou d’un doute sur un déficit en testostérone, surtout après 50 ans ou en cas de surpoids ;
- chez la femme, un bilan d’hyperandrogénie (signes d’excès d’hormones masculines : pilosité excessive, acné persistante, troubles du cycle) ou la recherche d’un syndrome des ovaires polykystiques ;
- l’évaluation de la fertilité ou d’un déséquilibre hormonal difficile à interpréter avec la seule testostérone totale.
Un exemple concret aide à comprendre. Chez un homme âgé dont la SHBG est élevée, une testostérone totale « normale » peut masquer une fraction libre réellement abaissée, donc des symptômes de déficit. À l’inverse, chez un homme en surpoids dont la SHBG est basse, une testostérone totale qui paraît faible peut s’accompagner d’une activité hormonale en réalité conservée. Sans la SHBG, ces deux situations risqueraient d’être mal interprétées.
Pour mieux comprendre l’hormone que la SHBG transporte, vous pouvez consulter notre article dédié au taux de testostérone et à son interprétation.
Le calcul de la testostérone libre et biodisponible
À partir de la testostérone totale, de la SHBG et parfois de l’albumine, un laboratoire peut calculer la testostérone dite libre et la testostérone biodisponible (la fraction réellement accessible aux cellules). Ce calcul, fiable lorsque le laboratoire utilise des formules validées, donne souvent une image plus juste qu’un dosage direct, technique délicate et peu répandue.
La Société Française d’Endocrinologie souligne que, dans les cas douteux — en particulier chez les personnes en situation d’obésité — le dosage de la SHBG avec calcul de la fraction libre de testostérone peut être réellement utile, alors que la testostérone totale suffit dans la majorité des situations simples.
SHBG et prise de sang : comment se déroule l’examen
Doser la SHBG ne demande qu’une simple prise de sang veineuse, le plus souvent au pli du coude. Aucun geste particulier n’est nécessaire, mais le prélèvement est généralement réalisé le matin, surtout lorsqu’il accompagne un dosage de testostérone, car cette dernière est plus élevée en début de journée.
Le jeûne strict n’est pas toujours exigé pour la SHBG seule ; suivez les consignes de l’ordonnance et du laboratoire, surtout si d’autres analyses (glycémie, bilan lipidique) sont prescrites en même temps. Le résultat s’exprime en nanomoles par litre (nmol/L).
Si les sigles de votre compte rendu vous semblent obscurs, notre guide pour lire une prise de sang explique comment décoder chaque ligne. Et lorsque la SHBG fait partie d’un panel plus large, l’article sur le bilan sanguin complet détaille les examens souvent regroupés sur une même prise de sang.
Taux de SHBG normaux chez l’homme et la femme
Les valeurs de référence de la SHBG varient fortement d’un laboratoire à l’autre, selon la technique de dosage utilisée, l’âge et le sexe. Les bornes ci-dessous sont des ordres de grandeur indicatifs : c’est toujours l’intervalle imprimé sur votre compte rendu qui fait foi.
| Population | Ordre de grandeur indicatif (nmol/L) |
|---|---|
| Homme adulte | environ 10 à 70 |
| Femme adulte non enceinte | environ 20 à 130 |
| Pendant la grossesse | fortement augmenté (souvent multiplié par 5 à 10) |
| Avant la puberté | généralement plus élevé, puis baisse à la puberté, surtout chez le garçon |
Un chiffre situé légèrement en dehors de ces repères n’a rien d’alarmant en soi : il s’interprète toujours avec la testostérone, les symptômes éventuels et le contexte médical. Notre article sur les valeurs normales d’une prise de sang rappelle pourquoi un résultat « hors norme » ne signifie pas forcément un problème.
SHBG selon le sexe et l’âge : ce qui change
La SHBG ne s’interprète pas de la même façon selon que l’on est un homme ou une femme, et selon le moment de la vie. Quelques repères aident à situer votre résultat.
Chez l’homme, la SHBG augmente lentement avec l’âge. C’est pourquoi, après 50 ans, la testostérone totale devient un repère moins sensible : une part croissante de l’hormone est captée par la SHBG, et c’est la testostérone libre ou biodisponible qui reflète le mieux l’activité hormonale réelle. Une fatigue ou une baisse de libido chez un homme mûr peut donc justifier d’ajouter la SHBG au bilan plutôt que de s’en tenir à la testostérone totale.
Chez la femme, la SHBG suit les grandes étapes hormonales. Comme elle est stimulée par les œstrogènes, une contraception œstroprogestative ou un traitement hormonal la font monter, tandis qu’un syndrome des ovaires polykystiques ou un surpoids tendent à l’abaisser. Pendant la grossesse, elle s’élève fortement ; après la ménopause, la baisse des œstrogènes modifie l’équilibre entre hormones liées et hormones libres.
Avant la puberté, la SHBG est naturellement plus élevée qu’à l’âge adulte, puis elle diminue au moment de la puberté, surtout chez le garçon sous l’effet de la montée des androgènes. Dans tous les cas, l’âge, le sexe et l’étape de vie font partie intégrante de la lecture du résultat : un même chiffre n’a pas la même signification d’une personne à l’autre.
SHBG élevée : que signifie un taux haut ?
Une SHBG élevée se traduit par davantage d’hormones « captées » et donc moins de testostérone libre active. Chez l’homme, c’est un point clé : une SHBG haute peut révéler un déficit fonctionnel en testostérone même quand la testostérone totale paraît normale. C’est l’une des raisons pour lesquelles la testostérone totale devient un repère moins fiable avec l’âge.
Les principales causes d’une SHBG augmentée sont :
- la grossesse, où la production peut être multipliée par 5 à 10 sous l’effet des œstrogènes ;
- l’hyperthyroïdie (thyroïde trop active) ;
- les œstrogènes, qu’ils proviennent de la pilule, d’un traitement hormonal ou de la ménopause ;
- les maladies du foie comme la cirrhose, surtout au stade de fibrose hépatique ;
- le vieillissement chez l’homme, la SHBG augmentant progressivement avec l’âge ;
- des situations particulières comme l’anorexie mentale.
Le foie étant le principal fabricant de SHBG, une atteinte hépatique modifie sa production : pour comprendre les analyses concernées, voyez notre article sur le bilan hépatique. Côté hormonal, les variations liées à la ménopause illustrent bien l’influence des œstrogènes sur la SHBG. Enfin, chez l’homme, une testostérone libre abaissée peut s’accompagner de symptômes comme des troubles de l’érection, qui justifient parfois d’explorer la SHBG.
SHBG basse : pourquoi un taux bas ?
À l’inverse, une SHBG basse laisse circuler plus de testostérone libre. Chez la femme, cela peut contribuer aux signes d’excès d’hormones masculines (acné, pilosité). Mais l’information la plus intéressante d’une SHBG basse est souvent métabolique : elle accompagne fréquemment une résistance à l’insuline.
Les causes les plus courantes d’une SHBG diminuée sont :
- l’obésité et le surpoids ;
- la résistance à l’insuline et le diabète de type 2 : un excès d’insuline freine la fabrication de SHBG par le foie ;
- l’hypothyroïdie (thyroïde insuffisante) ;
- le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) ;
- un excès d’androgènes, dont la prise de stéroïdes anabolisants ;
- certains traitements (corticoïdes) et l’acromégalie (production excessive d’hormone de croissance).
Le lien entre SHBG basse, syndrome des ovaires polykystiques et insulinorésistance est bien documenté. Dans le SOPK, une SHBG basse va souvent de pair avec une hyperandrogénie et des troubles métaboliques. L’hypothyroïdie abaisse elle aussi la SHBG, à l’opposé de l’hyperthyroïdie qui la fait monter. Et chez la femme, l’excès d’hormones masculines favorisé par une SHBG basse peut entretenir une acné persistante.
Tableau récapitulatif : SHBG basse ou élevée
| Situation | Effet sur la SHBG | Effet sur la testostérone libre | Contextes typiques |
|---|---|---|---|
| SHBG basse | diminuée | augmentée (plus d’hormone active) | obésité, résistance à l’insuline, diabète de type 2, SOPK, hypothyroïdie, excès d’androgènes |
| SHBG élevée | augmentée | diminuée (moins d’hormone active) | grossesse, hyperthyroïdie, œstrogènes ou pilule, maladie du foie, vieillissement chez l’homme |
SHBG : un signal métabolique souvent négligé
On résume volontiers la SHBG à un simple « transporteur d’hormones ». C’est réducteur. Une SHBG basse est aussi un indicateur précoce de déséquilibre métabolique : plusieurs travaux relient des taux bas à la résistance à l’insuline, au syndrome métabolique, à un risque accru de diabète de type 2 et à une accumulation de graisse dans le foie.
L’explication tient en partie à l’insuline : lorsqu’elle est en excès dans le sang, elle freine la synthèse de SHBG par le foie. Un taux bas peut donc accompagner d’autres signaux à surveiller, comme une glycémie qui dérive ou des graisses sanguines élevées.
Dans ce contexte, la SHBG prend tout son sens quand on la regarde aux côtés d’autres marqueurs. L’hémoglobine glyquée (HbA1c) reflète l’équilibre du sucre sur trois mois, tandis que les triglycérides renseignent sur le métabolisme des graisses. Lus ensemble, ces résultats dessinent un tableau bien plus parlant qu’un chiffre isolé.
Quand s’inquiéter et que faire de votre résultat
Un taux de SHBG, pris isolément, ne veut pas dire grand-chose. Il n’établit aucun diagnostic à lui seul : il se lit avec la testostérone (totale, libre, biodisponible), avec vos symptômes et avec votre histoire médicale. Un même chiffre n’a pas la même signification chez une femme enceinte, un homme de 60 ans ou une personne en surpoids.
Il est raisonnable d’en discuter avec un médecin lorsque le résultat s’accompagne de signes concrets : chez l’homme, baisse de libido, fatigue marquée, troubles de l’érection ; chez la femme, pilosité excessive, acné rebelle, cycles irréguliers ; ou, dans les deux cas, un contexte de surpoids, de diabète ou de trouble thyroïdien. Ce sont ces symptômes, plus que le chiffre brut, qui orientent la conduite à tenir.
Enfin, il n’existe pas de « recette » pour faire monter ou baisser sa SHBG par soi-même. Comme la SHBG suit son origine (thyroïde, foie, insuline, œstrogènes, poids), c’est en traitant la cause sous-jacente, avec un professionnel, que le taux se rééquilibre. Toute modification de traitement hormonal doit être décidée médicalement.
Glossaire
- Glycoprotéine : protéine sur laquelle sont fixées des chaînes de sucres. La SHBG en est une.
- Hyperandrogénie : excès d’hormones masculines (androgènes), responsable chez la femme de signes comme la pilosité excessive ou l’acné.
- Hyperthyroïdie : fonctionnement excessif de la glande thyroïde ; elle tend à augmenter la SHBG.
- Hypothyroïdie : fonctionnement insuffisant de la thyroïde ; elle tend à abaisser la SHBG.
- Insulinorésistance : baisse de la sensibilité des cellules à l’insuline, obligeant le corps à en produire davantage.
- SHBG (sex hormone-binding globulin) : protéine du sang, fabriquée par le foie, qui transporte les hormones sexuelles et règle leur disponibilité.
- SOPK (syndrome des ovaires polykystiques) : trouble hormonal fréquent associant souvent hyperandrogénie, troubles du cycle et anomalies métaboliques.
- Testostérone biodisponible : part de la testostérone réellement accessible aux cellules (fraction libre plus fraction faiblement liée à l’albumine).
- Testostérone libre : part de la testostérone non liée à une protéine, immédiatement active.
Questions fréquentes
La SHBG est-elle une hormone ?
Non, et c’est une confusion courante. Malgré son nom, la SHBG n’est pas une hormone mais une protéine de transport fabriquée par le foie. Elle ne déclenche pas d’effet hormonal par elle-même : elle se contente de fixer et de transporter les hormones sexuelles, comme la testostérone et l’œstradiol, en contrôlant la quantité disponible pour les cellules. On la dose justement pour mieux interpréter les hormones, pas comme une hormone à part entière.
Comment faire baisser un taux de SHBG trop élevé ?
Il n’existe pas de méthode « maison » fiable, et l’objectif n’est pas de viser un chiffre mais de traiter ce qui le fait varier. Une SHBG élevée reflète le plus souvent une cause précise : hyperthyroïdie, prise d’œstrogènes ou de pilule, atteinte du foie, ou simplement l’avancée en âge. C’est en explorant et en prenant en charge cette cause, avec un médecin, que le taux évolue. Modifier seul un traitement hormonal pour « corriger » la SHBG serait inutile et potentiellement risqué.
Quels symptômes peut donner une SHBG élevée ?
La SHBG élevée ne provoque en général pas de symptôme directement. Les manifestations éventuelles viennent soit de sa cause (par exemple une hyperthyroïdie), soit de la baisse de testostérone libre qu’elle entraîne. Chez l’homme, cela peut se traduire par une fatigue, une baisse de libido ou des troubles de l’érection ; chez la femme, les effets sont souvent discrets. Là encore, ce sont les symptômes et le bilan global qui comptent, pas le chiffre seul.
Faut-il être à jeun pour doser la SHBG ?
Pour la SHBG seule, le jeûne strict n’est généralement pas indispensable. Le prélèvement est toutefois souvent réalisé le matin, surtout lorsqu’il accompagne un dosage de testostérone, qui varie au cours de la journée. Si votre ordonnance comporte d’autres examens, comme une glycémie ou un bilan des graisses, un jeûne peut être demandé pour ces analyses. Le plus simple est de suivre les consignes précises de votre laboratoire.
La pilule ou un traitement hormonal modifient-ils la SHBG ?
Oui. Les œstrogènes stimulent la fabrication de SHBG par le foie. Une contraception œstroprogestative (pilule) ou un traitement hormonal peuvent donc augmenter nettement le taux de SHBG. Cela explique pourquoi un résultat doit toujours être interprété en tenant compte des traitements en cours. Pensez à signaler à votre médecin et au laboratoire tout traitement hormonal au moment du dosage.
La SHBG augmente-t-elle pendant la grossesse ?
Oui, et de façon importante. Sous l’effet des taux élevés d’œstrogènes, la production de SHBG peut être multipliée par 5 à 10 au cours d’une grossesse. Une valeur élevée est donc attendue et n’a rien d’anormal dans ce contexte. Elle contribue notamment à réguler l’exposition aux hormones. Comme toujours, l’interprétation doit tenir compte de la situation : un taux « haut » chez une femme enceinte ne se lit pas comme chez une personne non enceinte.
Sources
- Société Française d’Endocrinologie — Andropause et déficit androgénique lié à l’âge (item 124)
- JLE, Médecine thérapeutique / Endocrinologie — La sex hormone-binding globulin (SHBG) : biologie et intérêt en pathologie endocrinienne et métabolique
- Manuel MSD, édition professionnelle — Hypogonadisme masculin
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Un dosage de SHBG ne prend tout son sens qu’aux côtés d’autres résultats : testostérone, bilan hormonal, équilibre du sucre (glycémie, hémoglobine glyquée) ou analyses du foie (bilan hépatique). Plutôt que de rester seul face à des sigles et des chiffres, AI DiagMe vous aide à comprendre ce que disent vos analyses, dans un langage clair — sans poser de diagnostic et sans remplacer votre médecin. C’est un point de départ pour mieux dialoguer avec un professionnel de santé.



