Le cancer du col de l’utérus se développe à partir de cellules situées dans la partie basse de l’utérus, celle qui relie l’utérus au vagin. Cet article explique ses causes, ses symptômes, les modalités de dépistage en France, le diagnostic, les stades et les traitements disponibles. Dans la grande majorité des cas, ce cancer résulte d’une infection persistante par le papillomavirus humain (HPV), un virus fréquent que le dépistage régulier et la vaccination permettent aujourd’hui de mieux prévenir et de détecter tôt.
Causes et facteurs de risque
Le papillomavirus humain (HPV) est à l’origine de la quasi-totalité des cancers du col de l’utérus. Ce virus, très répandu, se transmet principalement par contact sexuel, avec ou sans pénétration. Environ 80 % des personnes sexuellement actives rencontreront un HPV au cours de leur vie. Dans 9 cas sur 10, l’organisme élimine spontanément le virus en un à deux ans grâce au système immunitaire. Chez certaines personnes, une infection par un HPV dit « à haut risque » persiste plusieurs années et peut alors provoquer des modifications cellulaires anormales, appelées lésions précancéreuses, qui évoluent parfois vers un cancer.
Deux types de virus, le HPV16 et le HPV18, sont responsables à eux seuls d’environ 70 % des cancers du col de l’utérus. Le délai entre l’infection initiale et l’apparition d’un cancer est généralement long, de 5 à 20 ans, ce qui laisse une large fenêtre pour un dépistage efficace.
Plusieurs facteurs augmentent le risque de persistance de l’infection ou de progression vers un cancer : le tabagisme, un système immunitaire affaibli (infection par le VIH, traitement immunosuppresseur), un début précoce de l’activité sexuelle, un nombre élevé de partenaires sexuels au cours de la vie, la présence d’autres infections sexuellement transmissibles, et l’usage prolongé de contraceptifs oraux. L’absence de suivi gynécologique régulier reste toutefois le facteur le plus déterminant dans la survenue de formes avancées, car il retarde la détection des lésions précancéreuses.
Symptômes et signes à surveiller
Aux stades précoces, le cancer du col de l’utérus ne provoque généralement aucun symptôme. C’est précisément pour cette raison que le dépistage organisé, indépendant de toute plainte, joue un rôle central dans la détection des lésions avant qu’elles ne deviennent symptomatiques.
Lorsque des signes apparaissent, ils peuvent inclure :
- des saignements vaginaux anormaux, notamment après un rapport sexuel, entre les règles ou après la ménopause ;
- des pertes vaginales inhabituelles, parfois malodorantes ;
- des douleurs pelviennes ou des douleurs pendant les rapports sexuels ;
- à un stade plus avancé, une fatigue persistante, une perte de poids inexpliquée ou des douleurs dans le bas du dos.
Un saignement après un rapport sexuel n’est pas synonyme de cancer : il a le plus souvent une cause bénigne, comme une irritation ou une fragilité locale du col. Sa répétition justifie néanmoins une consultation, comme le détaille notre article sur les saignements après un rapport sexuel. De la même façon, un léger saignement peut survenir après un frottis en raison de l’irritation locale du prélèvement, un phénomène généralement bénin détaillé dans notre article sur les saignements après un frottis.
Dépistage : frottis, test HPV et calendrier en France
La Haute Autorité de Santé (HAS) pilote le programme national de dépistage organisé du cancer du col de l’utérus, qui s’adresse à toutes les femmes de 25 à 65 ans, vaccinées ou non contre le HPV. Deux examens complémentaires structurent ce dépistage selon l’âge.
Entre 25 et 29 ans, le dépistage repose sur l’examen cytologique (le frottis cervico-utérin), qui recherche des cellules anormales à la surface du col. Deux frottis sont réalisés à un an d’intervalle ; si les résultats sont normaux, le suivant a lieu trois ans plus tard.
À partir de 30 ans et jusqu’à 65 ans, le test HPV remplace le frottis en première intention. Ce test recherche directement l’ADN des souches de virus à haut risque plutôt que d’observer la morphologie des cellules. Il est réalisé tous les cinq ans si le résultat est négatif, contre trois ans auparavant avec le seul frottis, car sa sensibilité supérieure permet d’espacer les contrôles en toute sécurité. Avant 30 ans, ce test n’est pas recommandé : les infections à HPV transitoires y sont très fréquentes et leur détection systématique exposerait à des examens et traitements inutiles.
Le test HPV présente un avantage pratique : il peut être réalisé par auto-prélèvement vaginal, une option que la HAS recommande en particulier pour les femmes de plus de 30 ans qui ne se font pas dépister régulièrement ou qui sont éloignées du système de soins.
| Âge | Examen recommandé | Fréquence |
|---|---|---|
| 25 à 29 ans | Frottis cervico-utérin (cytologie) | 2 frottis à 1 an d’intervalle, puis tous les 3 ans si normaux |
| 30 à 65 ans | Test HPV (recherche d’ADN viral) | Tous les 5 ans si le test est négatif |
| Après 65 ans | Arrêt possible | Si suivi antérieur normal et régulier |
Diagnostic : de la colposcopie à la biopsie
Un résultat de dépistage anormal ne signifie pas un diagnostic de cancer. Il déclenche des examens complémentaires destinés à préciser la nature des cellules observées. Notre article dédié explique en détail la situation fréquente d’une cytologie normale associée à un test HPV positif, qui traduit une infection virale sans lésion visible et appelle généralement un simple suivi rapproché.
En cas d’anomalie confirmée, le médecin propose une colposcopie : un examen visuel du col de l’utérus réalisé à l’aide d’un instrument grossissant, qui permet de repérer les zones suspectes. Si une zone anormale est identifiée, une biopsie (prélèvement d’un petit fragment de tissu) est réalisée pour une analyse au microscope par un anatomopathologiste. C’est cet examen histologique qui confirme ou infirme la présence de cellules précancéreuses ou cancéreuses et qui détermine le grade de la lésion.
Le marqueur SCC (antigène du carcinome épidermoïde) peut être dosé dans le sang chez certaines patientes déjà diagnostiquées, principalement pour suivre l’évolution de la maladie ou la réponse au traitement. Il ne constitue pas un outil de dépistage, car il manque de sensibilité et de spécificité pour détecter la maladie à un stade précoce. Ce fonctionnement rappelle celui d’autres marqueurs tumoraux gynécologiques, comme le CA 125, utilisé principalement dans le suivi du cancer de l’ovaire plutôt qu’en dépistage de première intention.
Les stades du cancer du col de l’utérus (classification FIGO)
Lorsqu’un cancer est confirmé, les médecins déterminent son stade selon la classification internationale FIGO (Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique), régulièrement mise à jour pour mieux refléter le pronostic et orienter le traitement. Cette classification tient compte de la taille de la tumeur, de son extension locale et de l’atteinte éventuelle des ganglions lymphatiques.
| Stade FIGO | Description simplifiée |
|---|---|
| Stade I | Tumeur limitée au col de l’utérus, sans extension au-delà |
| Stade II | Extension au-delà du col, sans atteindre la paroi pelvienne ni le tiers inférieur du vagin |
| Stade III | Extension à la paroi pelvienne, au tiers inférieur du vagin, ou atteinte des ganglions lymphatiques régionaux |
| Stade IV | Extension à la vessie, au rectum ou à des organes distants (métastases) |
Ce stade, associé au type histologique de la tumeur et à l’état général de la patiente, guide directement le choix entre chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie ou une association de ces approches.
Traitements et prise en charge
Le traitement du cancer du col de l’utérus dépend avant tout de son stade au moment du diagnostic. Une approche pluridisciplinaire, associant chirurgiens, oncologues et radiothérapeutes, permet d’adapter la stratégie à chaque situation.
Pour les lésions précancéreuses (dysplasies de haut grade) et les stades les plus précoces, la conisation est souvent suffisante : elle consiste à retirer une petite portion en forme de cône du col de l’utérus, préservant ainsi la fertilité dans de nombreux cas. Pour des stades un peu plus avancés mais encore localisés, une hystérectomie (ablation de l’utérus), parfois associée au retrait des ganglions lymphatiques pelviens, peut être proposée.
Aux stades plus avancés, la radiothérapie associée à une chimiothérapie à base de sels de platine (chimioradiothérapie concomitante) constitue le traitement de référence. Cette association vise à détruire les cellules cancéreuses localement tout en limitant le risque de récidive. Pour les formes métastatiques ou récidivantes, l’arsenal thérapeutique s’est enrichi ces dernières années de traitements par immunothérapie, associés à la chimioradiothérapie chez certaines patientes à haut risque, selon des protocoles précisés dans la section suivante.
Avancées scientifiques récentes
La recherche sur le cancer du col de l’utérus a connu plusieurs avancées significatives ces trois dernières années, portant à la fois sur le dépistage, la prévention et le traitement des formes avancées.
Une méta-analyse récente confirme que le test HPV détecte 61 % de lésions précancéreuses de haut grade (CIN2 ou plus) en plus par rapport au frottis cytologique seul [RR 1,61], ce qui signifie concrètement que ce test repère davantage de lésions à surveiller avant qu’elles n’évoluent, chez des femmes suivies pendant au moins un an (Rocha KC et al., 2026, Revista Brasileira de Ginecologia e Obstetrícia, lien vers l’étude). Concrètement, pour une lectrice, cela confirme l’intérêt du passage au test HPV après 30 ans, tel que recommandé en France depuis 2019.
Une étude de grande ampleur menée en Angleterre a suivi les femmes nées après l’introduction de la vaccination HPV en 2008. Chez celles vaccinées à l’âge de 12-13 ans, l’incidence du cancer invasif du col a chuté de 83,9 % et celle des lésions précancéreuses de haut grade (CIN3, un stade avancé de lésion précurseur) de 94,3 %, comparativement aux femmes jamais vaccinées, avec un bénéfice observé dans tous les niveaux socio-économiques (Falcaro M et al., 2024, The BMJ, lien vers l’étude). Pour une jeune femme ou une mère de famille, ce résultat illustre concrètement l’effet protecteur à long terme de la vaccination sur toute une génération.
Une revue systématique portant sur les stades avancés confirme que la reclassification FIGO 2018, qui intègre désormais l’atteinte ganglionnaire dans la définition du stade III, permet de mieux distinguer les pronostics entre patientes et d’orienter plus précisément les traitements complémentaires selon la taille tumorale et le nombre de ganglions atteints (Han L et al., 2024, Frontiers in Oncology, PMID 39411135, DOI). En pratique, cela signifie que deux patientes ayant le « même stade III » selon l’ancienne classification peuvent aujourd’hui recevoir des prises en charge plus individualisées.
Enfin, des travaux récents sur les formes avancées ou récidivantes explorent l’association de la chimioradiothérapie à des traitements par immunothérapie (des médicaments qui stimulent le système immunitaire du patient pour qu’il reconnaisse et attaque plus efficacement les cellules tumorales), avec des résultats encourageants sur la survie sans progression chez certaines patientes à haut risque (Kao PY et al., 2026, Oncology Research, PMID 42220428, DOI). Ces approches restent réservées à des situations cliniques précises et sont discutées au cas par cas en réunion de concertation pluridisciplinaire.
Prévention et vaccination contre le HPV
La vaccination contre le HPV constitue, avec le dépistage, le pilier de la prévention du cancer du col de l’utérus. Selon l’Assurance Maladie, elle prévient jusqu’à 90 % des infections à HPV responsables des cancers liés à ce virus, avec un recul de plus de dix ans et plus de 300 millions de doses administrées dans le monde.
En France, la vaccination est recommandée pour toutes les filles et tous les garçons de 11 à 14 ans révolus, à raison de deux injections espacées de 6 à 13 mois. Un rattrapage est possible de 15 à 26 ans révolus pour les personnes non vaccinées, selon un schéma à trois doses. Le vaccin actuellement recommandé en première intention, le Gardasil 9, protège contre les souches HPV 16, 18, 31, 33, 45, 52 et 58, responsables d’environ 90 % des cancers du col de l’utérus. Il est pris en charge à 65 % par l’Assurance Maladie et proposé gratuitement aux collégiens en classe de 5e. La vaccination est d’autant plus efficace qu’elle est réalisée avant l’exposition au virus, c’est-à-dire avant le début de la vie sexuelle.
Il est essentiel de rappeler que la vaccination ne remplace pas le dépistage : elle ne couvre pas toutes les souches de HPV à haut risque, et le suivi gynécologique régulier reste nécessaire même chez les femmes vaccinées. L’utilisation du préservatif réduit le risque de transmission du virus sans l’éliminer totalement, car le HPV se transmet par simple contact cutané ou muqueux, y compris au niveau de la sphère buccale. L’arrêt du tabac diminue également le risque de progression d’une infection persistante vers une lésion précancéreuse.
Foire aux questions (FAQ)
Le vaccin HPV protège-t-il à 100 % contre le cancer du col de l’utérus ?
Non, aucun vaccin n’offre une protection totale. Le Gardasil 9 protège contre les souches responsables d’environ 90 % des cancers du col de l’utérus, mais pas contre l’ensemble des types de HPV à haut risque. C’est pourquoi le dépistage régulier reste recommandé même chez les femmes vaccinées.
À partir de quel âge dois-je commencer le dépistage du cancer du col de l’utérus ?
Le programme national de dépistage organisé s’adresse à toutes les femmes de 25 à 65 ans, qu’elles soient vaccinées ou non contre le HPV. Avant 25 ans, le dépistage systématique n’est pas recommandé, sauf indication médicale particulière.
Un test HPV positif signifie-t-il que j’ai un cancer ?
Non. Un test HPV positif indique la présence du virus, pas d’un cancer. La plupart des infections disparaissent spontanément en un à deux ans. Un résultat positif conduit généralement à un contrôle cytologique et à un suivi adapté, pas à un diagnostic de cancer.
Combien de temps faut-il pour qu’une infection HPV évolue en cancer ?
Ce processus est lent, généralement entre 5 et 20 ans. L’infection provoque d’abord des lésions précancéreuses, détectables par le dépistage, avant une éventuelle évolution vers un cancer. C’est cette fenêtre longue qui rend le dépistage régulier particulièrement efficace.
Les hommes peuvent-ils être porteurs du HPV et le transmettre ?
Oui. Les hommes peuvent porter et transmettre le virus sans le savoir, car l’infection est le plus souvent asymptomatique chez eux également. C’est pourquoi la vaccination est recommandée pour les garçons au même titre que pour les filles depuis plusieurs années en France.
Peut-on encore avoir des enfants après un traitement du cancer du col de l’utérus ?
Cela dépend du stade et du traitement. Pour les lésions précoces traitées par conisation, la fertilité est le plus souvent préservée. Pour les stades plus avancés nécessitant une hystérectomie, une grossesse ultérieure n’est plus possible par voie naturelle. Ces questions sont systématiquement abordées avec l’équipe médicale avant le début du traitement.
Glossaire des termes clés
- HPV (papillomavirus humain) : famille de virus très répandus, transmis par contact sexuel, dont certaines souches à haut risque peuvent provoquer un cancer du col de l’utérus.
- Frottis cervico-utérin : prélèvement de cellules à la surface du col de l’utérus, analysé au microscope pour détecter des anomalies cellulaires (cytologie).
- Test HPV : analyse qui recherche directement l’ADN des souches de papillomavirus à haut risque dans un prélèvement cervical.
- Colposcopie : examen visuel du col de l’utérus à l’aide d’un instrument grossissant, réalisé en cas de résultat de dépistage anormal.
- Biopsie : prélèvement d’un petit fragment de tissu pour une analyse au microscope, seule méthode permettant de confirmer un diagnostic de lésion précancéreuse ou cancéreuse.
- Dysplasie : modification anormale des cellules, qui peut être de bas grade (souvent régressive spontanément) ou de haut grade (nécessitant un traitement).
- FIGO : Fédération internationale de gynécologie et d’obstétrique, dont la classification en stades I à IV sert de référence internationale pour décrire l’extension d’un cancer du col de l’utérus.
- Conisation : intervention chirurgicale consistant à retirer une petite portion en forme de cône du col de l’utérus, utilisée pour traiter les lésions précancéreuses de haut grade.
- Hystérectomie : ablation chirurgicale de l’utérus, proposée pour certains stades du cancer du col de l’utérus.
- Immunothérapie : traitement qui stimule le système immunitaire du patient pour l’aider à reconnaître et à détruire les cellules cancéreuses.
Sources
- Haute Autorité de Santé (HAS) – Dépistage du cancer du col de l’utérus : le test HPV recommandé chez les femmes de plus de 30 ans
- Assurance Maladie (Ameli.fr) – La vaccination contre les papillomavirus humains (HPV)
- Institut Pasteur – Cancer du col de l’utérus et Papillomavirus (HPV)
- Consensus / The BMJ – Falcaro M et al. (2024), Effet du programme de vaccination HPV sur l’incidence du cancer du col de l’utérus
- Consensus / Revista Brasileira de Ginecologia e Obstetrícia – Rocha KC et al. (2026), Test HPV versus cytologie pour le dépistage du cancer du col de l’utérus
- PubMed / Frontiers in Oncology – Han L et al. (2024), Migration de stade et survie selon la classification FIGO 2018 (PMID 39411135)
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