Un raté dans la poitrine, une courte pause, puis un battement plus fort : cette impression que le cœur « saute » un battement correspond le plus souvent à des extrasystoles. Ces battements prématurés sont très fréquents, y compris chez les personnes dont le cœur est en parfaite santé, et la plupart sont bénins. Ils inquiètent pourtant beaucoup, d’autant que les montres connectées les repèrent aujourd’hui facilement. Faut-il s’en alarmer ? Ce guide explique ce qui se passe réellement dans le cœur, les causes les plus courantes (stress, café, alcool, manque de potassium), les 6 signes qui doivent faire consulter rapidement, les examens utiles et les traitements possibles. Vous y trouverez aussi les derniers résultats de la recherche, publiés ces trois dernières années.
Qu’est-ce qu’une extrasystole ?
Un battement qui arrive trop tôt
Une extrasystole est une activité électrique prématurée qui naît en dehors du circuit électrique normal du cœur. Selon son point de départ, on distingue les extrasystoles atriales, ou auriculaires, nées dans les oreillettes, et les extrasystoles ventriculaires, nées dans les ventricules. Plus rarement, elles partent de la jonction entre oreillettes et ventricules : on parle alors d’extrasystoles jonctionnelles.
Pourquoi a-t-on l’impression que le cœur saute un battement ?
Le battement prématuré lui-même passe souvent inaperçu. Ce que l’on ressent, c’est la courte pause qui suit, puis le battement normal suivant, un peu plus fort que d’habitude. Comme le résume le Manuel MSD, on a l’impression que le cœur a sauté un battement, alors que ce n’est pas le cas. Cette pause, appelée repos compensateur, peut parfois donner une brève sensation de malaise.
Isolées, en salves ou en alternance
Ces battements prématurés peuvent survenir isolément, par deux (doublet), par trois (triplet) ou en salves. Ils peuvent aussi revenir de façon régulière, en alternance avec les battements normaux : c’est le bigéminisme. Le médecin précise également s’ils ont toujours la même forme sur l’électrocardiogramme (monomorphes) ou plusieurs formes (polymorphes).
Atriales ou ventriculaires : quelles différences ?
| Type | Point de départ | Chez qui ? | Risque principal à surveiller |
|---|---|---|---|
| Atriale (ESA) | Une oreillette | Très fréquente chez les personnes en bonne santé, et en cas de maladie pulmonaire comme la BPCO | Évolution vers une fibrillation atriale |
| Ventriculaire (ESV) | Un ventricule | Fréquente avec l’âge, surtout en cas de maladie coronaire, valvulaire ou d’insuffisance cardiaque | Insuffisance cardiaque si elles sont très nombreuses ; le risque grave dépend du cœur sous-jacent |
| Jonctionnelle | La jonction entre oreillettes et ventricules | Plus rare | Rarement en cause isolément |
Symptômes des extrasystoles
Environ 30 % des personnes concernées ne ressentent rien : elles sont découvertes par hasard sur un électrocardiogramme ou, de plus en plus, sur une montre connectée. Lorsqu’elles sont ressenties, elles se traduisent par :
- une sensation de raté, de « saut » ou de pause du cœur ;
- un coup ou un « clic » dans la poitrine ;
- des palpitations, c’est-à-dire la perception de ses propres battements ;
- un battement plus fort juste après la pause ;
- parfois une brève sensation de malaise.
Lorsqu’elles sont très nombreuses pendant l’effort, les formes ventriculaires peuvent s’accompagner d’une faiblesse ou d’une baisse des capacités physiques. Une sensation de cœur qui s’emballe pendant plusieurs minutes relève plutôt d’une tachycardie et doit faire consulter.
Causes : pourquoi fait-on des extrasystoles ?
Sur un cœur sain : les facteurs déclenchants
Les formes atriales sont fréquentes chez de nombreuses personnes en bonne santé. Les facteurs déclenchants les plus courants sont :
- le stress physique ou émotionnel, l’anxiété ;
- le café, le thé et les boissons riches en caféine ;
- l’alcool, le tabac et les autres stimulants ;
- certains médicaments contre le rhume, les allergies ou l’asthme ;
- la fièvre ou une maladie aiguë.
Les causes que le médecin recherche
Certaines situations favorisent les extrasystoles ou les palpitations et méritent d’être corrigées : une thyroïde trop active (TSH basse), un manque de potassium ou de magnésium, une anémie ou une déshydratation. Le médecin recherche aussi les facteurs de risque cardiovasculaire, comme l’hypertension artérielle, le diabète, l’obésité ou l’apnée du sommeil.
Enfin, les formes ventriculaires sont plus fréquentes chez les personnes âgées, surtout en cas de maladie des artères coronaires, de maladie d’une valve ou d’insuffisance cardiaque. Une cardiopathie sous-jacente, qu’elle soit liée à l’hypertension, au muscle cardiaque ou d’origine génétique, doit toujours être recherchée.
Stress et anxiété : un cercle vicieux
Le stress émotionnel figure parmi les déclencheurs les plus fréquents de ces battements prématurés. À l’inverse, l’inquiétude qu’ils suscitent peut entretenir la tension nerveuse et rendre chaque raté plus perceptible. Un bilan rassurant chez le médecin, puis des techniques de gestion du stress (respiration, activité physique, sommeil suffisant), aident souvent à rompre ce cercle.
Chez le sportif
Chez le sportif, la plupart de ces battements ventriculaires prématurés sont bénins : ils naissent souvent de la zone de sortie du ventricule et surviennent à l’effort ou lors d’une émotion intense. Selon le Club des cardiologues du sport, leur pronostic est excellent en l’absence de maladie cardiaque. En revanche, des battements prématurés déclenchés par l’effort, et plus encore pendant la récupération, imposent un bilan, car un effort intense peut déclencher des troubles du rythme chez une personne prédisposée.
Extrasystoles : faut-il s’inquiéter ?
Dans la grande majorité des cas, non. Mais certains signes associés doivent faire consulter rapidement, voire appeler le 15.
| Signe d’alerte | Pourquoi c’est important | Que faire |
|---|---|---|
| 1. Malaise, vertige intense ou perte de connaissance | Peut traduire un trouble du rythme plus grave | Appeler le 15 |
| 2. Douleur ou oppression dans la poitrine | Fait craindre une maladie du cœur, comme un infarctus | Appeler le 15 |
| 3. Essoufflement important | Signe possible de défaillance cardiaque | Appeler le 15 ou aller aux urgences |
| 4. Pouls au-dessus de 120 ou en dessous de 45 par minute, palpitations continues | Évoque une tachycardie ou un rythme trop lent | Aller aux urgences |
| 5. Symptômes pendant l’effort | Les troubles du rythme d’effort doivent être explorés | Arrêter l’effort, consulter rapidement ; le 15 en cas de malaise |
| 6. Maladie cardiaque connue ou mort subite dans la famille | Le risque dépend surtout du cœur sous-jacent | Avis cardiologique rapide |
En l’absence de ces signes, ces ratés justifient une consultation chez votre médecin, puis un avis cardiologique, mais sans urgence dans la plupart des cas. Un malaise vagal isolé, sans palpitations, relève d’autres mécanismes.
Combien d’extrasystoles par jour, c’est normal ?
En avoir quelques-unes par jour est banal. Pour situer les chiffres du Holter, un cœur bat environ 100 000 fois par jour : 5 000 battements prématurés représentent donc environ 5 % du total. Le risque principal des formes ventriculaires très nombreuses est une fatigue du muscle cardiaque, voire une insuffisance cardiaque : selon le Pr Nicolas Lellouche, rythmologue, ce risque apparaît au-delà de 10 000 par 24 heures. Le Club des cardiologues du sport évoque un seuil de 15 à 20 % des battements quotidiens. À l’inverse, une revue de 2025 rappelle qu’une personne sans symptôme dont les extrasystoles ventriculaires représentent moins de 5 % des battements n’a pas besoin d’examens supplémentaires (Diaconu, 2025). Pour les formes atriales, le risque principal est l’évolution vers une fibrillation atriale.
Quels examens pour explorer des extrasystoles ?
- L’électrocardiogramme (ECG) : il confirme le diagnostic et précise l’origine des battements prématurés.
- Le Holter ECG : un enregistrement continu pendant 24 à 48 heures, qui compte les battements prématurés et mesure leur charge. Des enregistreurs plus longs existent pour les symptômes rares.
- L’échographie cardiaque : elle recherche une maladie du cœur. Une IRM cardiaque la complète si besoin.
- L’épreuve d’effort : utile si les symptômes surviennent à l’effort, notamment chez le sportif.
- La prise de sang : numération formule sanguine, potassium, magnésium et calcium, et un bilan thyroïdien si une hyperthyroïdie est suspectée.
Ces examens permettent de séparer les formes bénignes, sur un cœur sain, de celles qui révèlent une cause à traiter. Notre article sur le bilan cardiaque détaille les marqueurs sanguins utiles.
Avant la consultation : que noter ?
Pour aider votre médecin, notez quand surviennent les ratés (au repos, à l’effort, après un repas, un café ou un verre d’alcool), leur durée, leur fréquence et les symptômes associés. Si votre montre connectée a enregistré un tracé, gardez-le pour le montrer : il ne remplace pas un ECG, mais il oriente le diagnostic. Apportez aussi la liste de vos médicaments, y compris ceux achetés sans ordonnance.
Traitement des extrasystoles : comment les faire diminuer ?
Le plus souvent, aucun traitement
Sur un cœur sain, ces battements prématurés ne nécessitent généralement aucun médicament. La première étape consiste à traiter une cause éventuelle et à limiter les facteurs déclenchants : stress, café, thé, alcool, tabac et certains médicaments contre le rhume ou les allergies. Comprendre que ces battements sont le plus souvent bénins aide aussi à mieux les vivre.
Hygiène de vie : ce qui peut aider
- réduire le café, le thé, les boissons énergisantes et l’alcool, puis observer l’effet sur les ratés ;
- arrêter le tabac ;
- apprendre à gérer le stress et préserver son sommeil ;
- faire dépister une apnée du sommeil en cas de ronflements et de fatigue au réveil ;
- vérifier avec le pharmacien qu’aucun médicament contre le rhume ou les allergies ne favorise les palpitations.
Les médicaments
Lorsque les symptômes sont gênants, le cardiologue peut proposer un bêta-bloquant ou un antiarythmique de classe Ic, comme la flécaïnide ou la propafénone, en respectant leurs contre-indications. L’amiodarone est plutôt réservée aux personnes âgées, en général après 75 ans. Ces médicaments soulagent les symptômes mais n’améliorent pas le pronostic (Diaconu, 2025).
L’ablation par cathéter
L’ablation consiste à neutraliser, à l’aide d’un cathéter guidé jusqu’au cœur, le petit foyer à l’origine des battements prématurés. Elle est très rarement indiquée pour les formes atriales, mais souvent pour les formes ventriculaires, surtout chez les personnes jeunes, avec un taux de succès d’environ 70 à 80 %. Elle est aussi proposée lorsque des battements ventriculaires prématurés très nombreux s’accompagnent d’une insuffisance cardiaque.
Dernières avancées scientifiques sur les extrasystoles
Des extrasystoles fréquentes liées à plus de risques cardiovasculaires
Une méta-analyse de 17 études regroupant plus de 26 millions de personnes, sans maladie cardiaque connue pour la plupart, montre que des extrasystoles ventriculaires fréquentes sont associées à un risque accru de fibrillation atriale (+69 %), d’insuffisance cardiaque (+73 %), d’AVC (+28 %) et de décès (+31 %). Les auteurs suggèrent une surveillance régulière par échographie et enregistrement du rythme à partir de 500 extrasystoles par jour (Kiliç, 2025). Ce que cela change pour vous : si vos extrasystoles sont nombreuses, un suivi cardiologique régulier est raisonnable, même si vous vous sentez bien.
La charge d’extrasystoles ne dit pas tout
Une revue de référence estime qu’une atteinte du muscle cardiaque liée aux extrasystoles doit être envisagée au-delà de 10 % de battements prématurés, et qu’elle régresse lorsqu’on les supprime (Shoureshi, 2024). Mais une étude portant sur 1 451 patients ayant au moins 5 % d’extrasystoles ventriculaires n’a trouvé aucun lien direct entre leur nombre et la fonction cardiaque (Slaven, 2025). Ce que cela change pour vous : c’est l’échographie, et non le seul chiffre du Holter, qui permet de savoir si votre cœur est fragilisé.
Le café : moins de fibrillation, plus d’extrasystoles
Dans une déclaration scientifique publiée en 2026, l’American Heart Association indique que, chez les buveurs réguliers, le café caféiné diminue la survenue de la fibrillation atriale dans les essais randomisés, mais augmente la fréquence des extrasystoles ventriculaires (Marcus, 2026). Ce que cela change pour vous : inutile de bannir le café, mais si vous ressentez des ratés, essayer de le réduire est un test simple et sans risque.
Les montres connectées changent la donne
Une revue de 2025 constate une hausse des consultations de personnes jeunes et en bonne santé pour des extrasystoles repérées par une montre connectée. Elle rappelle que l’ablation est devenue le traitement de première intention des extrasystoles ventriculaires bénignes et gênantes issues de certaines zones du cœur, selon les recommandations européennes de 2022 (Diaconu, 2025). Ce que cela change pour vous : une alerte de montre mérite un ECG chez le médecin, mais pas de panique.
Questions fréquentes sur les extrasystoles
Pourquoi beaucoup d’extrasystoles ?
Des périodes de stress, de fièvre ou une consommation accrue de café, d’alcool ou de tabac peuvent les multiplier. Une thyroïde trop active, un manque de potassium ou de magnésium, ou une maladie du cœur doivent aussi être recherchés par le médecin.
Quels sont les signes de la cardiopathie ?
Un essoufflement inhabituel à l’effort, une douleur ou une oppression dans la poitrine, des malaises ou des pertes de connaissance, des palpitations prolongées ou une fatigue inexpliquée. Ces signes justifient un avis médical, d’autant plus en présence d’extrasystoles.
Qu’est-ce qu’une extrasystole jonctionnelle ?
C’est un battement prématuré qui naît de la jonction entre les oreillettes et les ventricules. Plus rare que les formes atriales et ventriculaires, elle donne sur l’ECG un complexe proche des battements normaux.
Quelles sont les causes des extrasystoles chez les sportifs de haut niveau ?
Elles sont le plus souvent bénignes et naissent de la zone de sortie d’un ventricule, à l’effort ou lors d’émotions intenses. Le bilan doit toutefois écarter une maladie du cœur, surtout si elles surviennent à l’effort, pendant la récupération, ou en cas de mort subite dans la famille.
Comment faire pour arrêter les extrasystoles ?
Il faut d’abord limiter les déclencheurs : stress, café, alcool, tabac, certains médicaments. Si une cause est trouvée, comme un manque de potassium, la corriger suffit souvent. Lorsque les symptômes restent gênants, un bêta-bloquant, un antiarythmique ou une ablation peuvent être proposés.
Quand les extrasystoles deviennent-elles dangereuses ?
Quand elles s’accompagnent d’un malaise, d’une douleur thoracique ou d’un essoufflement, quand elles surviennent sur une maladie du cœur, ou quand elles sont très nombreuses, au-delà de 10 000 par jour, avec un risque d’insuffisance cardiaque.
Glossaire
- Extrasystole : battement cardiaque prématuré, né en dehors du circuit électrique normal du cœur.
- Extrasystole atriale (ESA) : battement prématuré né dans une oreillette.
- Extrasystole ventriculaire (ESV) : battement prématuré né dans un ventricule.
- Repos compensateur : courte pause qui suit l’extrasystole.
- Bigéminisme : alternance régulière d’un battement normal et d’une extrasystole.
- Holter ECG : enregistrement continu de l’électrocardiogramme pendant 24 heures ou plus.
- Charge extrasystolique : proportion de battements prématurés sur 24 heures.
- Cardiopathie : maladie du cœur, quelle qu’en soit la cause.
- Ablation : destruction ciblée, par cathéter, du foyer à l’origine d’un trouble du rythme.
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Sources
- VIDAL. Lellouche N. Mise au point sur les extrasystoles. 16 juin 2026.
- Preuves & Pratiques. Lellouche N. Mise au point sur les extrasystoles. Revue n° 110.
- Manuel MSD, version grand public. Les faits en bref : extrasystoles. Septembre 2024.
- Manuel MSD, version grand public. Palpitations. Août 2024.
- e-cardiogram. Taboulet P. Extrasystole. Mis à jour le 15 avril 2026.
- Club des cardiologues du sport. Brigadeau F. Extrasystole ventriculaire.
- Kiliç ME, et al. Frequent premature ventricular complexes and risk of atrial fibrillation, heart failure, stroke and mortality: a meta-analysis. Heart. 2025.
- Shoureshi P, et al. Arrhythmia-Induced Cardiomyopathy: JACC State-of-the-Art Review. J Am Coll Cardiol. 2024.
- Slaven S, et al. Burden of Premature Ventricular Complexes and Risk of Cardiomyopathy: A Cross-Sectional Study. JACC Clin Electrophysiol. 2025.
- Marcus GM, et al. Caffeine and Cardiovascular Disease: A Scientific Statement From the American Heart Association. Circulation. 2026.
- Diaconu O, et al. Extrasystole – a widespread phenomenon. Praxis (Bern). 2025.



