La cytologie urinaire est un examen qui étudie au microscope les cellules présentes dans vos urines. On vous l’a prescrite et le compte rendu vous laisse perplexe, avec des mots comme « leucocytes », « hématies » ou « cellules atypiques » ? Cet article vous explique simplement à quoi sert cet examen, comment il se déroule, ce que signifient les principaux résultats et dans quelles situations il faut consulter. Vous découvrirez notamment la différence entre la cytologie qui compte les cellules et celle qui recherche des cellules anormales, comment lire vos chiffres et ce que veut dire une cytologie « normale » ou « positive ». L’objectif n’est pas de poser un diagnostic à votre place, mais de vous aider à dialoguer plus sereinement avec votre médecin.
Qu’est-ce qu’une cytologie urinaire ?
Une cytologie urinaire consiste à recueillir un échantillon d’urine, puis à observer au microscope les cellules qu’il contient. Le mot « cytologie » vient du grec kutos (cellule) : il s’agit donc, littéralement, de l’étude des cellules.
Concrètement, ce terme recouvre deux examens différents, ce qui explique une grande partie des confusions :
- une cytologie quantitative, qui compte les cellules de défense (globules blancs) et les globules rouges présents dans l’urine ;
- une cytologie anatomopathologique (ou cytopathologie), qui recherche des cellules anormales, en particulier des cellules pouvant évoquer un cancer de la vessie ou des voies urinaires.
Selon la raison de la prescription, votre médecin demande l’une ou l’autre, parfois les deux. La cytologie urinaire ne doit pas être confondue avec l’ECBU (examen cytobactériologique des urines), qui cherche surtout une infection en identifiant les bactéries, même si les deux examens se recoupent en partie. Pour mieux situer ces analyses dans l’ensemble d’un bilan, vous pouvez consulter notre guide pour lire une prise de sang.
Pourquoi prescrit-on cet examen ?
La cytologie urinaire est demandée dans plusieurs situations bien précises. La plus fréquente est la présence de sang dans les urines, ou hématurie, surtout lorsqu’elle est visible et indolore.
Cet examen sert aussi à :
- explorer des symptômes urinaires persistants (envies fréquentes, brûlures) sans infection retrouvée ;
- surveiller une personne déjà traitée pour une tumeur de la vessie, afin de détecter une éventuelle récidive ;
- compléter un bilan chez les personnes exposées à des facteurs de risque, comme le tabac ou certaines expositions professionnelles (peintures, solvants, hydrocarbures).
Dans le cas du cancer de la vessie, l’analyse vise à repérer des cellules cancéreuses libérées dans l’urine. Les recommandations françaises en font, avec la cystoscopie (examen visuel de la vessie), l’un des examens de référence pour détecter et surveiller les tumeurs n’infiltrant pas le muscle, en particulier les tumeurs dites « de haut grade ».
La surveillance est un point important. Après le traitement d’une tumeur de la vessie, le risque de récidive impose un suivi régulier, souvent pendant plusieurs années. L’examen y est répété à intervalles définis par l’urologue, en alternance ou en complément de la cystoscopie. Une cytologie positive isolée, sans tumeur visible à la cystoscopie, peut d’ailleurs faire rechercher une atteinte plus haute dans les voies urinaires, comme l’uretère ou le rein.
Il faut toutefois garder deux idées en tête. D’une part, le sang dans les urines a de très nombreuses causes bénignes : infection urinaire, calculs rénaux, prostatite ou encore une atteinte du rein comme la maladie de Berger. D’autre part, la cytologie ne remplace jamais l’avis du médecin : elle s’intègre dans un ensemble d’examens.
Comment se déroule l’examen et le prélèvement ?
La cytologie urinaire ne nécessite aucune piqûre ni anesthésie : il s’agit simplement de recueillir de l’urine. Mais quelques règles de recueil conditionnent la fiabilité du résultat.
Le recueil de l’urine
Le laboratoire vous remet en général un ou plusieurs flacons, parfois contenant un liquide fixateur qui conserve les cellules. Point important pour la recherche de cellules anormales : on évite les premières urines du matin. Pendant la nuit, les cellules stagnent dans la vessie et s’abîment, ce qui rend leur lecture difficile. On privilégie donc une urine émise plus tard, après un premier passage aux toilettes.
Avant le recueil, une hygiène simple des mains et de la zone génitale limite les contaminations. L’échantillon doit ensuite être acheminé rapidement au laboratoire, ou conservé selon les consignes fournies.
La qualité du prélèvement compte autant que l’analyse elle-même. Un recueil contaminé, trop dilué par une boisson abondante juste avant, ou acheminé trop tard, peut aboutir à un échantillon jugé « non satisfaisant », c’est-à-dire inexploitable. Dans ce cas, le laboratoire demande un nouveau prélèvement : ce n’est pas un signe inquiétant, mais une simple question de qualité technique.
La cytologie urinaire sur 3 jours
Pour la recherche de cellules tumorales, le médecin demande souvent un recueil sur 3 jours, c’est-à-dire un échantillon par jour pendant trois jours consécutifs. La raison est simple : les cellules anormales ne sont pas libérées de façon constante. En répétant le prélèvement, on augmente les chances d’en retrouver si elles sont présentes. C’est aussi pourquoi certains laboratoires demandent des flacons identiques d’un jour à l’autre.
Qui analyse l’échantillon ?
Pour une cytologie quantitative, le comptage des cellules est réalisé au laboratoire, souvent à l’aide d’un automate. Pour une cytologie anatomopathologique, les cellules sont colorées puis examinées par un médecin anatomo-cytopathologiste, spécialiste de l’analyse des cellules et des tissus.
Cytologie quantitative ou anatomopathologique ?
Comprendre laquelle des deux cytologies vous a été prescrite éclaire souvent tout le compte rendu. Le tableau ci-dessous résume leurs différences.
| Caractéristique | Cytologie quantitative | Cytologie anatomopathologique |
|---|---|---|
| Objectif principal | Compter les globules blancs et les globules rouges | Rechercher des cellules anormales (cancéreuses) |
| Question posée | Y a-t-il une inflammation, une infection, du sang ? | Y a-t-il des cellules suspectes dans l’urine ? |
| Qui l’analyse | Laboratoire de biologie, souvent un automate | Médecin anatomo-cytopathologiste |
| Recueil typique | Un échantillon | Souvent sur 3 jours, pas les urines du matin |
| Contexte fréquent | Symptômes urinaires, suivi d’inflammation | Hématurie, suivi d’un cancer de la vessie |
Dans la pratique, les deux approches sont complémentaires. Une même prescription peut viser à la fois à mesurer une inflammation et à s’assurer de l’absence de cellules suspectes.
Comment lire vos résultats de cytologie urinaire ?
Un compte rendu de cytologie urinaire repose le plus souvent sur six points clés de lecture. Voici comment les interpréter, sans céder à l’inquiétude.
| Élément | Ce que c’est | Ce qu’une valeur élevée peut évoquer |
|---|---|---|
| Leucocytes | Globules blancs, cellules de défense | Infection ou inflammation des voies urinaires |
| Hématies | Globules rouges | Saignement : infection, calcul, parfois tumeur |
| Cellules épithéliales | Cellules qui tapissent les voies urinaires | Souvent une simple contamination du prélèvement |
| Cellules atypiques | Cellules d’aspect inhabituel | Résultat à contrôler, sans conclusion immédiate |
| Germes | Bactéries | Infection urinaire possible |
| Cristaux | Petits dépôts de sels minéraux | Risque de calculs, déshydratation |
Les valeurs de référence dépendent du laboratoire et de l’unité utilisée. Reportez-vous toujours aux repères imprimés sur votre compte rendu.
Leucocytes et hématies : ce que disent les chiffres
Les leucocytes (globules blancs) sont normalement peu nombreux dans l’urine, souvent en dessous de 10 000 par millilitre (soit moins de 10 par microlitre). Au-delà, on parle de leucocyturie, qui traduit le plus souvent une infection ou une inflammation. Pour aller plus loin, nos articles sur les globules blancs dans les urines et sur la leucocyturie détaillent les causes possibles.
Les hématies (globules rouges, ou érythrocytes) sont, elles aussi, normalement rares. Un taux élevé correspond à une hématurie microscopique, c’est-à-dire un saignement invisible à l’œil nu. Les causes sont multiples et le plus souvent bénignes, mais elles méritent toujours d’être expliquées par un médecin. Lorsque des cristaux sont signalés, notre article sur les cristaux dans les urines précise leur signification.
Certains laboratoires expriment ces résultats par minute, selon une méthode appelée compte d’Addis (ou HLM, pour hématies-leucocytes-minute). Le principe reste le même : situer le nombre de cellules par rapport à un seuil normal.
Résultat normal ou positif : que comprendre ?
Une cytologie urinaire normale signifie qu’aucune cellule anormale n’a été repérée et que les cellules comptées restent dans les valeurs attendues. C’est un résultat rassurant, mais qui n’exclut pas à lui seul une maladie : une cytologie négative n’élimine pas la présence d’une tumeur.
À l’inverse, un résultat positif indique la présence de cellules suspectes ou anormales. Cela ne désigne pas directement un cancer ni sa localisation : d’autres examens, comme la cystoscopie, sont nécessaires pour comprendre l’origine de ces cellules.
Cellules atypiques et Système de Paris : que signifie une cytologie positive ?
La mention de cellules urothéliales atypiques inquiète souvent. Le terme « atypique » signifie simplement que les cellules ont un aspect inhabituel, sans que l’on puisse affirmer qu’elles sont cancéreuses. C’est un résultat intermédiaire, qui appelle une surveillance ou un nouveau contrôle, pas une conclusion définitive.
Pour harmoniser les comptes rendus, les laboratoires utilisent une classification internationale appelée Système de Paris (en anglais, The Paris System for Reporting Urinary Cytology). Elle met l’accent sur la détection des carcinomes urothéliaux de haut grade, les plus agressifs. Voici ses principales catégories, traduites en langage simple.
| Catégorie du compte rendu | Signification simplifiée |
|---|---|
| Échantillon non satisfaisant | Prélèvement de qualité insuffisante, à refaire |
| Négatif pour un carcinome de haut grade | Pas de cellule de haut grade repérée : rassurant |
| Cellules urothéliales atypiques | Aspect inhabituel à contrôler, sans conclusion |
| Suspect de carcinome de haut grade | Anomalies marquées, examens complémentaires requis |
| Carcinome urothélial de haut grade | Cellules cancéreuses de haut grade présentes |
Un point essentiel à connaître : cet examen détecte très bien les tumeurs de haut grade, mais beaucoup moins bien les tumeurs de bas grade, dont les cellules ressemblent davantage à des cellules normales. Un résultat rassurant ne dispense donc pas du suivi prescrit. C’est aussi pour cette raison que la recherche progresse : de nouveaux marqueurs urinaires sont à l’étude pour compléter la cytologie, mais aucun n’est aujourd’hui recommandé pour la remplacer en pratique courante.
Que se passe-t-il après un résultat atypique ou suspect ? La conduite à tenir dépend de la catégorie et de votre situation. Le médecin peut proposer un simple contrôle de la cytologie à quelques semaines, une cystoscopie pour examiner la vessie, ou une imagerie des voies urinaires. L’objectif est toujours le même : comprendre l’origine des cellules observées, sans conclure trop vite.
Combien de temps pour obtenir les résultats ?
Le délai dépend du type de cytologie. Un comptage quantitatif des cellules est souvent disponible rapidement, parfois en 24 à 48 heures. La cytologie anatomopathologique demande davantage de temps, car l’échantillon doit être préparé, coloré puis examiné par un spécialiste : il faut généralement compter plusieurs jours.
Si l’examen a été réalisé sur 3 jours, le délai court à partir du dernier prélèvement. Pour mieux comprendre pourquoi certaines analyses sont plus longues que d’autres, consultez notre article sur le délai des résultats d’analyses.
Quand consulter un médecin ? Les signes à ne pas négliger
La cytologie urinaire éclaire une situation, mais certains signes doivent toujours conduire à consulter, sans attendre le résultat. Parlez-en rapidement à un professionnel de santé si vous présentez :
- du sang visible dans les urines, même une seule fois et sans douleur ;
- des envies d’uriner fréquentes ou des brûlures qui persistent malgré un traitement ;
- des douleurs du bas-ventre, du dos ou du flanc inexpliquées ;
- une cytologie revenue positive, atypique ou suspecte sur votre compte rendu ;
- des facteurs de risque connus (tabac, exposition professionnelle) associés à des symptômes urinaires.
Chez l’homme, une consultation peut aussi conduire à doser le PSA, un marqueur de la prostate, lorsque l’origine du saignement reste à préciser. Dans tous les cas, seul un médecin peut relier vos résultats à votre histoire personnelle et décider des examens utiles.
Glossaire
- Anatomo-cytopathologie : spécialité médicale qui analyse les cellules et les tissus au microscope, notamment pour repérer des cellules anormales.
- Carcinome urothélial : type de cancer le plus fréquent de la vessie et des voies urinaires, développé à partir des cellules qui les tapissent.
- Cellules atypiques : cellules d’aspect inhabituel, sans certitude qu’elles soient cancéreuses ; un résultat à contrôler.
- Cellules urothéliales : cellules de revêtement de la vessie, des uretères et de l’urètre.
- Cystoscopie : examen visuel de l’intérieur de la vessie à l’aide d’une fine caméra introduite par l’urètre.
- ECBU : examen cytobactériologique des urines, qui recherche surtout une infection en identifiant les bactéries.
- Hématurie : présence de sang dans les urines, visible à l’œil nu ou détectée uniquement au microscope.
- Leucocyturie : présence anormalement élevée de globules blancs dans les urines, signe fréquent d’infection ou d’inflammation.
- Système de Paris : classification internationale qui standardise les comptes rendus de cytologie urinaire, centrée sur les tumeurs de haut grade.
Questions fréquentes
Que veut dire « cytologie urinaire sans cellule atypique » ?
Cette mention signifie que l’examen n’a repéré aucune cellule d’aspect anormal pouvant évoquer un cancer. C’est un résultat rassurant, fréquent et attendu lorsque l’examen est réalisé à titre de dépistage ou de surveillance. Il ne garantit toutefois pas, à lui seul, l’absence de toute anomalie, car certaines tumeurs de bas grade libèrent peu de cellules détectables. Votre médecin interprète ce résultat en tenant compte de vos symptômes et des autres examens. Si un suivi a été programmé, il reste à respecter même avec un résultat normal.
Une cytologie urinaire normale exclut-elle un cancer de la vessie ?
Non. Une cytologie négative ou normale est encourageante, mais elle n’élimine pas à elle seule un cancer. La cytologie urinaire repère surtout les tumeurs de haut grade et détecte mal les tumeurs de bas grade. C’est pourquoi, en cas de doute, elle est associée à d’autres examens, notamment la cystoscopie. Autrement dit, un résultat normal ne dispense pas du bilan ou de la surveillance recommandés par votre médecin.
Peut-on faire une cytologie urinaire pendant les règles ou en cas d’infection urinaire ?
Il est préférable d’éviter de réaliser le prélèvement pendant les règles, car le sang menstruel peut contaminer l’échantillon et fausser la lecture. De même, une infection urinaire en cours peut rendre l’interprétation plus difficile. Le mieux est d’en informer le laboratoire et votre médecin, qui pourront décaler le recueil ou en tenir compte. En cas de doute sur le moment opportun, demandez conseil avant de vous présenter au laboratoire.
Faut-il être à jeun ou suivre une préparation particulière ?
La cytologie urinaire ne nécessite pas d’être à jeun. La préparation tient surtout au recueil : éviter les premières urines du matin pour la recherche de cellules anormales, respecter le nombre de jours demandé en cas de prélèvement sur 3 jours, et suivre les consignes d’hygiène et de conservation fournies par le laboratoire. Une bonne hydratation habituelle suffit ; il n’y a pas de régime spécifique à suivre avant l’examen.
La cytologie urinaire remplace-t-elle la cystoscopie ?
Non, les deux examens sont complémentaires. La cytologie urinaire analyse les cellules présentes dans l’urine, tandis que la cystoscopie permet de regarder directement l’intérieur de la vessie et, si besoin, de réaliser des prélèvements. Une cytologie positive oriente vers une exploration, mais ne précise pas où se situe l’anomalie. Pour le diagnostic et la surveillance d’une tumeur de la vessie, ces examens sont donc le plus souvent associés, sous la responsabilité de l’urologue.
Qui réalise la cytologie urinaire et qui en reçoit les résultats ?
Le recueil se fait simplement par vous-même, à domicile ou au laboratoire, selon les consignes. L’analyse est ensuite assurée par le laboratoire de biologie pour le comptage des cellules, et par un médecin anatomo-cytopathologiste pour la recherche de cellules anormales. Le compte rendu est transmis au médecin qui a prescrit l’examen, et vous est également remis. C’est ce médecin qui vous explique le résultat et décide de la suite.
Sources
- Symptômes et diagnostic du cancer de la vessie – Assurance Maladie (ameli.fr)
- Diagnostic d’un cancer de la vessie – Institut National du Cancer (cancer.fr)
- Recommandations AFU 2024–2026 : tumeurs de la vessie n’infiltrant pas le muscle (urofrance.org)
Autres articles pour aller plus loin
- Cancer de la vessie : guide complet
- Leucocyturie : causes, symptômes et prise en charge
- Globules blancs dans les urines : causes et symptômes
- Cristaux dans les urines : causes et symptômes
- Lire une prise de sang : le guide pour comprendre vos résultats
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