Lactoferrine fécale : comprendre causes et interprétation

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Illustration of Lactoferrine fécale : comprendre les causes et risques
Revu et validé médicalement par :
Julien Priour

⚕️ Cet article est à visée informative et ne remplace pas un avis médical. Consultez toujours votre médecin pour interpréter vos résultats.

La lactoferrine fécale est une glycoprotéine libérée par les globules blancs lorsqu’une inflammation touche l’intestin. Son dosage dans les selles aide le médecin à savoir si des symptômes digestifs s’accompagnent d’une inflammation réelle, et à distinguer une atteinte organique d’un trouble fonctionnel. Cet article explique ce qu’est ce marqueur, à quoi sert son dosage, comment il se compare à la calprotectine fécale, comment lire un résultat positif ou négatif, quelles causes expliquent une élévation, son rôle dans le suivi des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), ses limites et les situations qui justifient une consultation. L’objectif est de fournir des repères clairs, sans remplacer l’avis d’un professionnel de santé.

Qu’est-ce que la lactoferrine fécale ?

La lactoferrine est une protéine fixant le fer, présente en grande quantité dans les granules des polynucléaires neutrophiles, une catégorie de globules blancs. Lorsque la muqueuse intestinale s’enflamme, ces neutrophiles migrent vers la paroi digestive et libèrent leur contenu, dont la lactoferrine, qui se retrouve alors dans les selles. Une concentration fécale élevée traduit donc la présence de cellules inflammatoires dans le tube digestif.

Le test se réalise sur un simple échantillon de selles, sans prise de sang. La lactoferrine résiste relativement bien à la dégradation dans le tube digestif, ce qui en fait un témoin assez stable de l’inflammation. En pratique, le dosage de la lactoferrine fécale n’identifie pas à lui seul une maladie précise : il signale qu’une inflammation existe et oriente la suite du bilan, en complément des symptômes, de l’examen clinique et d’autres analyses.

À quoi sert le dosage de la lactoferrine fécale ?

Le médecin peut prescrire ce dosage devant des symptômes digestifs persistants ou inexpliqués : diarrhée prolongée, douleurs abdominales, présence de sang ou de glaires dans les selles, ou doute entre une cause inflammatoire et une cause fonctionnelle. L’intérêt principal est de répondre à une question simple : ces troubles s’accompagnent-ils, ou non, d’une inflammation active de l’intestin ?

Un résultat bas ou négatif rend une inflammation significative peu probable et oriente plutôt vers un trouble fonctionnel. Un résultat élevé suggère au contraire une inflammation et incite à rechercher une cause organique. Le test sert aussi de filtre avant des examens plus lourds : il aide à décider si une coloscopie ou une imagerie sont vraiment nécessaires, ce qui évite parfois des explorations inutiles tout en ne retardant pas un diagnostic important.

Lactoferrine fécale : repérer l’inflammation intestinale et distinguer MICI et intestin irritable

L’une des utilités majeures de ce marqueur est d’aider à séparer deux grandes situations qui se ressemblent en apparence : les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) et le syndrome de l’intestin irritable (SII).

Les MICI, principalement la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, provoquent une inflammation réelle de la paroi digestive. La lactoferrine fécale y est souvent augmentée, notamment lors des poussées. À l’inverse, le syndrome de l’intestin irritable est un trouble fonctionnel : il génère douleurs, ballonnements et troubles du transit, mais sans inflammation marquée. Le taux de lactoferrine y reste en général bas.

Cette différence explique l’intérêt du test. Un résultat normal chez une personne souffrant de douleurs abdominales chroniques rend une inflammation active moins probable et conforte l’hypothèse d’un trouble fonctionnel. Un résultat élevé, surtout en présence de signes d’alerte comme du sang dans les selles ou une perte de poids, pousse le médecin à approfondir la recherche d’une cause organique. Le test ne suffit toutefois jamais, à lui seul, à poser ou à exclure un diagnostic.

Lactoferrine fécale ou calprotectine fécale : quelles différences ?

La calprotectine fécale est l’autre grand marqueur fécal de l’inflammation intestinale, et c’est le plus utilisé en pratique courante en France. Comme la lactoferrine, elle est libérée par les neutrophiles. Les deux protéines apportent une information voisine, mais elles présentent quelques nuances utiles à connaître.

Le tableau ci-dessous résume les principales différences entre ces deux marqueurs. Il s’agit de repères généraux : le choix du test dépend du laboratoire disponible, du contexte clinique et des objectifs du médecin.

CritèreLactoferrine fécaleCalprotectine fécale
OrigineGranules des neutrophilesCytoplasme des neutrophiles
Ce qu’elle reflèteInflammation intestinale activeInflammation intestinale active
Usage le plus courantAlternative ou complément, suivi des MICITest de première intention le plus répandu
Type de résultatQualitatif (positif/négatif) ou chiffréLe plus souvent chiffré (µg/g)
PrélèvementÉchantillon de selles, sans jeûneÉchantillon de selles, sans jeûne
Remboursement en FranceVariable selon le contexteEncadré, surtout en milieu hospitalier

En résumé, ces deux marqueurs poursuivent le même but : détecter une inflammation de l’intestin. La calprotectine domine la pratique française et fait l’objet d’évaluations par la Haute Autorité de santé, tandis que la lactoferrine reste une option pertinente dans certains contextes, notamment pour le suivi. Le médecin choisit le test le plus adapté et interprète toujours le résultat avec l’ensemble du dossier.

Valeurs et interprétation : résultat positif, négatif et seuils

Les valeurs de référence varient selon les laboratoires et la méthode de dosage utilisée. Il n’existe pas de seuil universel strictement identique partout, ce qui rend indispensable la lecture du compte rendu avec la plage de référence fournie par le laboratoire.

Beaucoup de tests rendent un résultat qualitatif, interprété de la façon suivante :

  • Négatif ou bas : inflammation intestinale active peu probable au moment du prélèvement.
  • Positif ou élevé : inflammation intestinale possible ou probable, à explorer.

D’autres laboratoires fournissent une valeur chiffrée, exprimée en microgrammes par gramme de selles (µg/g). Comme les seuils changent d’un test à l’autre, un même chiffre peut être interprété différemment selon la technique. Il faut donc toujours se référer à la grille de lecture jointe au résultat.

Deux nuances importantes méritent d’être retenues. D’abord, une valeur basse n’exclut pas tout problème digestif : une inflammation peut être localisée, débutante ou en phase d’amélioration. Ensuite, une valeur élevée n’indique pas forcément une maladie grave, car de nombreuses causes bénignes peuvent élever la lactoferrine. C’est l’association du résultat, des symptômes et des autres examens qui donne du sens au chiffre.

Causes d’une lactoferrine fécale élevée

Une lactoferrine fécale élevée signale avant tout une inflammation de l’intestin. Plusieurs situations peuvent l’expliquer, et seul un raisonnement clinique permet de les distinguer.

Causes infectieuses

Les infections intestinales bactériennes figurent parmi les causes fréquentes. Des bactéries comme Campylobacter, Salmonella, Shigella ou certaines souches d’Escherichia coli provoquent une diarrhée inflammatoire, parfois accompagnée de fièvre, de douleurs abdominales et de sang dans les selles. Les infections virales donnent plutôt une diarrhée non inflammatoire, mais le tableau peut varier. Les parasites peuvent aussi être en cause selon le contexte de voyage ou d’exposition alimentaire ; un examen parasitologique des selles peut alors compléter le bilan.

Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin

La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique sont des causes importantes d’élévation persistante. Lors des poussées, la lactoferrine reflète l’activité inflammatoire de la maladie. Elle ne remplace cependant ni la coloscopie ni les autres examens nécessaires au diagnostic et au suivi.

Autres causes possibles

Une élévation peut également se rencontrer dans d’autres situations :

  • certaines colites, c’est-à-dire des inflammations du côlon ;
  • une irritation digestive liée à la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) chez certaines personnes ;
  • plus rarement, d’autres maladies digestives inflammatoires ou une atteinte tumorale.

Le médecin interprète toujours le résultat en tenant compte de l’âge, des symptômes, des voyages récents, des traitements en cours et des antécédents personnels et familiaux.

Lactoferrine fécale et suivi des MICI

Au-delà du diagnostic, la lactoferrine présente un intérêt dans le suivi des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. Parce qu’elle reflète l’activité inflammatoire, son évolution peut aider à évaluer si une poussée s’aggrave, se stabilise ou s’améliore sous traitement, en complément des symptômes et de l’examen clinique.

Dans cette logique de surveillance non invasive, les marqueurs fécaux permettent d’espacer certains examens endoscopiques lorsqu’ils restent rassurants, ou d’alerter précocement en cas de remontée. L’objectif est de détecter une inflammation résiduelle même quand les symptômes sont peu marqués. La décision d’utiliser la lactoferrine, la calprotectine ou les deux revient au médecin, selon le contexte et les habitudes du laboratoire.

Comment se déroule l’examen ?

Le prélèvement est simple et indolore. Le laboratoire remet un récipient propre et explique comment recueillir un petit échantillon de selles. Il faut éviter de contaminer l’échantillon avec de l’urine, de l’eau des toilettes ou du papier, car cela peut fausser le résultat. Le respect des consignes de recueil, de transport et de conservation est essentiel.

En général, il n’est pas nécessaire d’être à jeun, puisque le test se fait sur les selles. Le médecin peut toutefois demander d’arrêter temporairement certains médicaments avant le prélèvement, selon le contexte, car des traitements comme les AINS peuvent influencer l’interprétation. Le résultat est rendu sous forme négative, positive ou chiffrée, et doit toujours être relié aux symptômes. Un résultat isolé ne suffit pas à poser un diagnostic définitif.

Quand consulter un médecin

Un résultat de laboratoire ne remplace jamais l’évaluation d’un professionnel. Certaines situations imposent toutefois de demander un avis sans tarder. Le tableau suivant distingue les signes qui justifient une consultation rapide de ceux qui relèvent de l’urgence.

Consulter rapidementConsulter en urgence
Diarrhée qui dure plus de quelques joursDouleur abdominale intense ou brutale
Sang rouge ou selles noiresSang abondant dans les selles
Fièvre persistanteImpossibilité de boire, vomissements répétés
Perte de poids involontaire, fatigue marquéeConfusion, grande faiblesse, malaise
Antécédent de MICI ou immunodépressionSignes de déshydratation sévère

Un résultat anormal chez un enfant, une personne âgée ou une personne fragile mérite aussi un avis rapide. En cas de doute, mieux vaut consulter que d’attribuer à tort des symptômes à un trouble bénin. Des douleurs comme celles décrites en cas de coliques abdominales doivent être évaluées si elles sont intenses ou inhabituelles.

Limites de la lactoferrine fécale

Comme tout examen, ce dosage a ses limites. D’abord, les seuils et les unités varient d’un laboratoire à l’autre, ce qui complique la comparaison directe de deux résultats. Ensuite, le test indique la présence d’une inflammation mais n’en précise pas la cause : une valeur élevée peut correspondre à une infection, à une MICI ou à une autre atteinte.

Par ailleurs, un résultat peut évoluer rapidement si l’inflammation se modifie, par exemple lors d’une poussée infectieuse ou inflammatoire. Une valeur basse n’exclut pas totalement une atteinte localisée ou modérée. Enfin, la lactoferrine ne remplace ni la coloscopie, ni l’imagerie, ni les analyses sanguines lorsque celles-ci sont nécessaires. Elle reste un outil d’orientation, à interpréter dans un ensemble clinique. D’autres examens des selles, comme la recherche de graisses dans les selles ou le dosage de l’alpha-1 antitrypsine fécale, explorent d’autres aspects de la fonction digestive.

Dernières avancées scientifiques

La recherche récente confirme et précise la place des marqueurs fécaux dans la prise en charge des MICI. Selon des publications indexées sur PubMed, plusieurs travaux apportent un éclairage utile, à interpréter avec prudence car ils ne modifient pas à eux seuls la pratique.

En 2023, une recommandation de pratique clinique de l’American Gastroenterological Association consacrée aux biomarqueurs dans la rectocolite hémorragique a retenu la lactoferrine fécale, aux côtés de la calprotectine et de la protéine C-réactive, comme outil non invasif pour surveiller l’activité de la maladie et orienter les décisions thérapeutiques ; une lactoferrine normale peut contribuer à écarter une inflammation active chez un patient en rémission symptomatique (Singh et coll., Gastroenterology, 2023).

Une étude clinique de validation publiée en 2024 a comparé, à partir d’un même kit, la calprotectine, la lactoferrine et l’hémoglobine fécales chez des patients atteints de MICI : les performances de la calprotectine et de la lactoferrine pour évaluer l’activité de la rectocolite hémorragique se sont révélées globalement équivalentes, ce qui conforte l’utilité de la lactoferrine comme marqueur de suivi (Yamakawa et coll., JGH Open, 2024).

Enfin, une analyse a posteriori de deux grands essais thérapeutiques, parue en 2023, a suggéré qu’un taux précoce de lactoferrine fécale pourrait avoir une valeur pronostique : un niveau élevé après quelques semaines de traitement était associé à de moins bons résultats à long terme dans la rectocolite hémorragique (Chen et coll., United European Gastroenterology Journal, 2023). Ces données ouvrent des perspectives, mais demandent confirmation avant toute application générale.

Glossaire

  • Lactoferrine : glycoprotéine fixant le fer, libérée par les neutrophiles lors d’une inflammation.
  • Calprotectine : autre protéine des neutrophiles, marqueur fécal d’inflammation intestinale le plus utilisé.
  • Neutrophiles : globules blancs impliqués dans la défense contre les infections et l’inflammation.
  • MICI : maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, comme la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique.
  • Rectocolite hémorragique : MICI qui touche le côlon et le rectum.
  • Syndrome de l’intestin irritable (SII) : trouble digestif fonctionnel, sans inflammation marquée.
  • Colite : inflammation du côlon.
  • AINS : anti-inflammatoires non stéroïdiens, comme l’ibuprofène, pouvant irriter l’intestin.
  • Coloscopie : examen du côlon à l’aide d’une caméra souple.
  • µg/g : microgrammes par gramme de selles, unité d’expression d’un résultat chiffré.

Foire aux questions (FAQ)

La lactoferrine fécale est-elle un test de cancer ?

Non. Ce dosage mesure l’inflammation intestinale, pas la présence d’un cancer. Un résultat élevé a le plus souvent des causes bénignes, comme une infection ou une poussée de MICI. Le médecin décide, selon le tableau clinique, s’il faut réaliser d’autres examens pour explorer une cause organique.

Une lactoferrine fécale élevée signifie-t-elle une maladie de Crohn ?

Pas forcément. Une valeur élevée peut orienter vers une maladie inflammatoire de l’intestin, mais elle s’observe aussi dans des infections digestives ou d’autres colites. Le diagnostic de maladie de Crohn repose sur un ensemble d’arguments cliniques, biologiques et endoscopiques, jamais sur ce seul test.

Peut-on avoir des symptômes digestifs avec une lactoferrine normale ?

Oui. Un résultat normal rend une inflammation active moins probable, mais il n’explique pas tous les symptômes. Un trouble fonctionnel, une intolérance alimentaire ou une autre cause peuvent être en jeu. Si les troubles persistent, le médecin poursuit la recherche d’une explication.

Quelle différence entre lactoferrine et calprotectine fécale ?

Les deux sont des marqueurs de l’inflammation intestinale libérés par les neutrophiles. La calprotectine est plus souvent utilisée en première intention en France, tandis que la lactoferrine reste utile dans certains contextes, notamment le suivi. Le médecin choisit le test le plus adapté selon le laboratoire et les objectifs.

Faut-il être à jeun avant l’examen ?

Non, en règle générale. Le prélèvement se fait sur les selles, sans jeûne. L’essentiel est de suivre les consignes de recueil du laboratoire pour éviter de fausser l’échantillon et de signaler les médicaments en cours, notamment les anti-inflammatoires.

Un résultat peut-il changer d’un jour à l’autre ?

Oui, surtout si l’inflammation évolue rapidement. Une poussée infectieuse ou inflammatoire peut faire varier le résultat sur quelques jours. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’interprétation se fait toujours en tenant compte du contexte clinique et, parfois, d’un contrôle à distance.

Sources

Autres articles pour aller plus loin

Plusieurs examens des selles et du sang aident à comprendre une inflammation digestive : la calprotectine fécale, l’alpha-1 antitrypsine fécale ou un bilan sanguin recherchant inflammation et anémie. Ces analyses aident à comprendre une situation, mais ne posent pas de diagnostic et ne remplacent pas le médecin.

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Auteurs/autrices

  • AI DiagMe

    L'équipe AI DiagMe réunit médecins, spécialistes cliniques et éditeurs médicaux. Nos articles sont rédigés par des professionnels de la communication en santé puis révisés et validés par les médecins de notre comité scientifique, composé de praticiens hospitaliers en exercice dans des spécialités telles que l'hématologie, l'endocrinologie et la médecine générale. Chaque contenu s'appuie sur les directives cliniques en vigueur et les publications médicales évaluées par les pairs.

  • Julien Priour, cofondateur et directeur général d'AI DiagMe

    Julien Priour est éditeur médical senior chez AI DiagMe, où il supervise la ligne éditoriale et le processus de vérification des faits. Diplômé de HEC Paris, il cumule 3 années d'expérience en édition santé et a été formé à la rédaction et publication scientifique par l'Institut de Recherche pour le Développement (FUN-MOOC, 2026). Il veille à ce que chaque article respecte les recommandations médicales en vigueur et soit relu et validé par un médecin du comité scientifique et éthique. Il définit les standards de sourcing (HAS, Ameli, INSERM…) et de relecture appliqués à l'ensemble du site.

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