Une grande étude publiée le 30 septembre 2026 dans Scientific Reports relie une carence en vitamine B12 et fractures chez les adultes de plus de 50 ans : ceux dont le dosage de B12 était bas ont subi davantage de fractures que des adultes comparables dont le taux était normal. Il s’agit d’une association, pas d’une preuve de cause à effet, mais c’est une bonne occasion de comprendre ce que signifie votre propre résultat. Voici ce que les chercheurs ont fait, ce qu’ils ont trouvé, où s’arrête la preuve, et les questions à poser à votre médecin.
Ce que montre l’étude sur la carence en vitamine B12 et les fractures
L’équipe a exploité les dossiers médicaux électroniques d’un grand réseau international. Elle a retenu les adultes de 50 ans et plus ayant eu un dosage de vitamine B12 entre 2016 et 2023. Les personnes carencées, avec un résultat de 199 pg/mL ou moins, ont été appariées une à une avec des personnes dont la B12 se situait entre 300 et 900 pg/mL. Cet appariement repose sur une méthode statistique, le « score de propension », qui rend les deux groupes aussi semblables que possible (âge, maladies, médicaments, autres analyses). Au final, 115 735 personnes figuraient dans chaque groupe.
Selon les comptes rendus publiés de l’étude, des fractures ont été relevées chez 7,2 % du groupe carencé contre 6,0 % du groupe de comparaison. Une fois la durée de suivi prise en compte, le risque instantané de fracture (le « hazard ») était supérieur d’environ 33 % chez les personnes carencées (rapport de risque 1,33 ; intervalle de confiance à 95 % de 1,29 à 1,38). Sur la seule période de un à cinq ans, l’écart atteignait environ 37 % (1,37 ; 1,32 à 1,42).
Les critères associés allaient dans le même sens, d’environ 22 % de plus pour l’ostéoporose sans fracture à environ 50 % de plus pour les chutes répétées. Les taux de B12 « limites » ou élevés étaient aussi liés à davantage de fractures, mais plus faiblement, et la courbe n’était pas linéaire.
Un contrôle de cohérence intégré
Les auteurs ont testé deux situations de référence. L’hyperhomocystéinémie, un marqueur qui augmente quand la B12 baisse, montrait un risque supérieur d’environ 41 %, comme attendu. Le lipome, une boule graisseuse bénigne sans rapport avec la B12, ne montrait aucune association. Ces résultats suggèrent que la méthode ne produit pas simplement du bruit.
Comment lire un dosage de vitamine B12
L’étude a classé les résultats en quatre tranches. Les laboratoires placent les seuils à des endroits légèrement différents : ce tableau est une carte, pas un verdict.
| Résultat B12 | Équivalent approximatif | Libellé dans l’étude |
|---|---|---|
| 199 pg/mL ou moins | environ 147 pmol/L ou moins | Carence |
| 200 à 299 pg/mL | environ 148 à 221 pmol/L | Zone limite |
| 300 à 900 pg/mL | environ 221 à 664 pmol/L | Normal (groupe de comparaison) |
| Plus de 900 pg/mL | plus de 664 pmol/L | Élevé |
En France, les laboratoires expriment souvent la B12 en pmol/L (on multiplie les pg/mL par 0,74 environ). D’après Vidal, une B12 totale supérieure à 220 pmol/L est dans la norme, inférieure à 150 pmol/L elle est compatible avec un déficit, et entre les deux se trouve une « zone grise » à interpréter par le médecin. Dans ce cas, le dosage de l’acide méthylmalonique (MMA) est souvent considéré comme le meilleur marqueur complémentaire. Notre guide détaille comment lire un dosage de vitamine B12.
Pourquoi ce n’est pas une preuve : les limites de l’étude
Les auteurs soulignent eux-mêmes que leurs résultats ne montrent pas qu’une carence en vitamine B12 cause ou prédit les fractures. Plusieurs limites comptent :
- L’étude est observationnelle, fondée sur des dossiers médicaux : des facteurs cachés peuvent expliquer une partie de l’écart.
- La B12 n’a été mesurée qu’une seule fois, au départ ; les compléments ou changements ultérieurs ne sont pas connus.
- La densité osseuse, la vitamine D, le calcium, la parathormone, l’alimentation, l’activité physique et les corticoïdes n’étaient pas tous pris en compte.
- Les fractures traumatiques et les fractures de fragilité n’ont pas pu être distinguées de façon fiable.
- Le groupe carencé avait une mortalité plus élevée et un suivi plus court, ce qui complique la comparaison.
- Tous les participants avaient eu un dosage prescrit pour une raison clinique : les résultats ne s’appliquent pas forcément à tous.
L’étude ne montre pas non plus qu’un apport de B12 réduit le risque de fracture. Des études prospectives restent nécessaires.
Pourquoi la B12 peut baisser après 50 ans
L’âge réduit l’acidité gastrique, ce qui gêne l’absorption de la vitamine. Vidal cite des données suisses où la carence touche 8 % des 60-70 ans, 13,4 % des 70-80 ans et 19 % des plus de 80 ans. Les autres causes fréquentes sont la maladie de Biermer (auto-immune), la gastrite chronique, la chirurgie digestive, un régime végétalien strict, et certains médicaments pris au long cours : metformine et inhibiteurs de la pompe à protons.
Vidal rappelle aussi que les formes franches sont rares et que les déficits à la limite de la norme sont plus fréquents. Les signes sont sanguins (anémie macrocytaire) ou neurologiques (fourmillements, troubles de l’équilibre, de la mémoire). Pour comprendre le marqueur qui monte en parallèle, consultez notre article sur l’homocystéine.
Dernières avancées scientifiques
Ce qui est nouveau ici, c’est l’ampleur et la conception : l’étude est très large, compare des groupes étroitement appariés et ajoute des situations de contrôle pour repérer les biais. Elle ne tranche pas la question de savoir si une B12 basse fragilise l’os.
Les travaux antérieurs sont contrastés. Une revue systématique de 2017 concluait que le lien entre B12, densité osseuse et fractures n’était pas établi, en partie parce que les études définissaient différemment le statut en B12. Le suivi prolongé de l’essai randomisé B-PROOF, chez des personnes âgées recevant de la B12 avec de l’acide folique pendant deux à trois ans, n’a pas trouvé de baisse globale des fractures. Un bénéfice possible chez les personnes à homocystéine élevée est apparu, mais il reste à confirmer.
Ce que cela change pour vous : un résultat bas mérite l’attention pour lui-même, car il peut toucher les nerfs et le sang. Cette étude ajoute une raison de demander si la santé des os et le risque de chute sont aussi évalués. Ce n’est pas une raison de démarrer seul une supplémentation « pour les os ».
Quels résultats lire ensemble
Un médecin lit rarement la B12 isolément. Il est utile de regarder aussi les folates, dont la carence peut masquer ou imiter celle de la B12. Pour le versant osseux, votre médecin peut aussi examiner le calcium et la vitamine D (25-OH).
Quand consulter votre médecin
Parlez-en à votre médecin, ou demandez un dosage, si l’une de ces situations vous concerne :
- Fourmillements, engourdissements ou brûlures des mains ou des pieds, troubles de l’équilibre.
- Chutes récentes, ou fracture après une chute banale.
- Fatigue inhabituelle, pâleur, troubles de la mémoire ou baisse de moral.
- Traitement au long cours par metformine ou inhibiteur de la pompe à protons.
- Un ancien résultat de B12 proche de la limite (environ 300 pg/mL ou 220 pmol/L) jamais recontrôlé.
Seul un professionnel de santé qui connaît votre histoire peut interpréter vos résultats et décider d’un traitement.
Glossaire
- Rapport de risque (hazard ratio) : mesure qui compare la vitesse d’apparition d’un événement dans deux groupes. 1,33 signifie environ 33 % de plus.
- Score de propension : méthode qui apparie des personnes semblables sur de nombreuses caractéristiques pour rendre la comparaison plus équitable.
- Étude observationnelle : recherche qui observe sans attribuer de traitement ; elle montre des liens, pas des causes.
- Acide méthylmalonique (MMA) : substance qui s’accumule en cas de manque de B12, utilisée pour confirmer une carence.
- Homocystéine : acide aminé qui augmente quand la B12, les folates ou la B6 sont insuffisants.
- Maladie de Biermer : maladie auto-immune qui empêche l’absorption de la B12.
FAQ
Une carence en vitamine B12 provoque-t-elle des fractures ?
Cette étude ne permet pas de l’affirmer. Elle montre que les fractures étaient plus fréquentes chez les plus de 50 ans à B12 basse, mais les auteurs précisent qu’elle ne démontre ni cause ni valeur prédictive.
À partir de quel taux parle-t-on de carence en B12 ?
L’étude a retenu 199 pg/mL ou moins (environ 147 pmol/L). Selon Vidal, on est dans la norme au-dessus de 220 pmol/L et compatible avec un déficit sous 150 pmol/L. Les valeurs de référence varient selon les laboratoires.
Faut-il prendre de la B12 pour protéger ses os ?
Les données actuelles ne le soutiennent pas : dans le suivi prolongé d’un essai chez des personnes âgées, la B12 associée à l’acide folique n’a pas réduit globalement les fractures. Si votre taux est bas, votre médecin décidera si et comment le corriger.
Peut-on avoir une carence en B12 sans anémie ?
Oui. Les atteintes neurologiques peuvent précéder l’anémie, d’où l’intérêt d’un dosage spécifique de la B12 plutôt que de se fier à la seule numération sanguine.
Quels médicaments peuvent faire baisser la B12 ?
La metformine et les inhibiteurs de la pompe à protons sont les mieux connus. N’arrêtez jamais un traitement prescrit sans avis médical.
Sources
- Yang C. et al. Vitamin B12 status and long-term fracture risk in a multicenter propensity score-matched cohort. Scientific Reports, 2026
- Vidal : Déficit en vitamine B12, y penser chez les personnes en précarité
- Vidal : Traiter les carences vitaminiques aujourd’hui
- NIH Office of Dietary Supplements : Vitamin B12 fact sheet for health professionals (en anglais)
- Oliai Araghi S. et al. Long-term effects of folic acid and vitamin B12 supplementation on fracture risk and cardiovascular disease : extended follow-up of the B-PROOF trial. Clinical Nutrition, 2020 (via PubMed)
- Macêdo L.L.G. et al. Vitamin B12, bone mineral density and fracture risk in adults : a systematic review. Revista da Associação Médica Brasileira, 2017 (via PubMed)
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