Les statines après 70 ans relevaient jusqu’ici d’une zone grise : la plupart des grands essais incluaient des adultes plus jeunes, et les médecins devaient extrapoler. Fin août 2026, l’essai STAREE, publié dans le New England Journal of Medicine et présenté au congrès de la Société européenne de cardiologie, a enfin testé une statine chez des personnes de 70 ans et plus sans maladie cardiovasculaire connue. Le résultat principal : un risque relatif de premier événement cardiovasculaire majeur réduit de 30 %. Les nuances comptent autant : aucun gain mesurable en survie sans incapacité, et un peu plus d’événements musculaires, hépatiques et glycémiques sous traitement. Voici ce que l’essai montre, ce qu’il ne tranche pas, et quelles analyses de sang aident à suivre le traitement.
Ce que l’essai STAREE a réellement testé
STAREE a inclus 9 971 adultes de 70 ans ou plus vivant à domicile (âge moyen 74,7 ans, 52 % de femmes), suivis en médecine générale en Australie. Aucun n’avait de maladie cardiovasculaire, de diabète ni de démence connus. La moitié a reçu de l’atorvastatine 40 mg par jour, l’autre moitié un placebo identique, avec un suivi médian de 5,9 ans.
Deux questions étaient posées. Premièrement, la statine prévient-elle un premier événement cardiovasculaire majeur (décès d’origine cardiovasculaire, infarctus ou AVC non mortel, ou geste de revascularisation coronaire) ? Deuxièmement, aide-t-elle à vivre plus longtemps sans démence ni incapacité physique durable ?
Les résultats : un bénéfice cardiovasculaire, pas de gain d’autonomie
| Critère | Atorvastatine | Placebo | Lecture |
|---|---|---|---|
| Événement cardiovasculaire majeur | 10,9 pour 1 000 personnes-années | 15,5 pour 1 000 personnes-années | Hazard ratio 0,70, soit environ 30 % de risque relatif en moins |
| Décès, démence ou incapacité physique durable | 21,6 pour 1 000 personnes-années | 23,0 pour 1 000 personnes-années | Hazard ratio 0,94, différence non significative |
| Événements indésirables graves | 2,7 % | 2,7 % | Identiques dans l’ensemble, mais événements musculaires, hépatiques et liés au diabète plus fréquents sous atorvastatine |
En valeur absolue, la Société européenne de cardiologie rapporte 6,0 % d’événements majeurs chez les patients traités contre 8,3 % sous placebo, soit environ deux événements de moins pour 100 personnes traitées pendant près de six ans. Un risque relatif peut paraître plus spectaculaire que ce que vit une personne, d’où l’intérêt de garder les deux lectures en tête.
Le second résultat est tout aussi instructif : la statine n’a pas allongé de façon mesurable le temps vécu sans démence ni incapacité. Les personnes diabétiques ou atteintes de démence étaient exclues, les résultats ne s’appliquent donc pas automatiquement à elles. Selon Vidal, un cardiologue commentant l’étude estime que ces données devraient faire évoluer les pratiques, l’âge seul ne devant plus écarter d’emblée une statine en prévention primaire.
Un essai français pose la question inverse
L’essai SAGA/SITE, mené par le CHU de Bordeaux et financé par le ministère de la Santé, a examiné la situation miroir : que se passe-t-il quand des personnes de 75 ans ou plus, déjà sous statine en prévention primaire, l’arrêtent ? Sur 1 160 participants analysés (âge médian 80 ans), 7,9 % de ceux qui ont poursuivi et 7,2 % de ceux qui ont arrêté étaient décédés à trois ans. L’arrêt s’est révélé non inférieur pour la mortalité toutes causes, dans la marge fixée par les chercheurs.
L’essai était ouvert et son critère principal était le décès toutes causes : il renseigne moins sur les infarctus et les AVC. Il excluait aussi toute personne ayant des antécédents cardiovasculaires. Pris ensemble, STAREE et SAGA/SITE plaident pour des décisions individualisées plutôt qu’un seuil d’âge unique pour les statines après 70 ans.
Quelles analyses de sang suivre sous statine après 70 ans ?
Votre médecin décide des examens nécessaires et de leur rythme. Voici ceux dont on parle le plus, et pourquoi.
| Analyse | Pourquoi elle peut être utile |
|---|---|
| Cholestérol LDL | C’est la cible principale du traitement ; il montre l’efficacité du médicament dans le temps. |
| ALAT (enzyme du foie) | Les statines peuvent élever les enzymes hépatiques chez un petit nombre de personnes. La FDA américaine a conclu en 2012 qu’une surveillance périodique systématique n’était pas utile : le dosage dépend surtout des symptômes ou des facteurs de risque. |
| CPK (créatine kinase) | Demandée surtout devant une douleur ou une faiblesse musculaire inexpliquée. Un résultat normal n’exclut pas un lien avec la statine. |
| HbA1c | Les statines peuvent légèrement faire monter la glycémie, et les événements liés au diabète étaient plus fréquents dans STAREE. |
| Fonction rénale (créatinine) | Une maladie rénale fait partie, selon la Mayo Clinic, des facteurs qui augmentent le risque d’effets indésirables. |
| Lipoprotéine(a) | Marqueur de risque d’origine génétique, absent d’un bilan lipidique standard ; on le dose en général une seule fois. |
Pour comprendre votre bilan lipidique, consultez notre guide sur le cholestérol LDL : définition, taux et analyse sanguine. Si un contrôle du foie est prescrit, cette page explique comment lire un résultat d’ALAT.
Les douleurs musculaires sont la plainte la plus fréquente sous statine : notre article d’août détaille ce que montre un dosage de CPK en cas de douleurs musculaires sous statine, et le guide CPK élevé rappelle les repères de base.
Pour le suivi de la glycémie, voyez notre page sur l’hémoglobine glyquée HbA1c. Le marqueur d’origine génétique est présenté dans notre article sur le dépistage de la lipoprotéine(a), et la vue d’ensemble se trouve dans notre dossier cholestérol élevé : causes, valeurs cibles et solutions.
Dernières avancées scientifiques
STAREE est le premier grand essai randomisé à tester une statine en prévention primaire spécifiquement chez des personnes âgées, ce qui explique l’attention qu’il suscite. Auparavant, les conseils pour les plus de 75 ans reposaient surtout sur des analyses de sous-groupes et des études d’observation. Celles-ci peuvent être biaisées, car ce sont souvent les personnes en meilleure santé à qui l’on prescrit un traitement et qui le poursuivent.
Un consensus d’experts de 2025, publié par la National Lipid Association et l’American Geriatrics Society, tire une conclusion mesurée pour les personnes âgées sans maladie cardiovasculaire connue. Les statines semblent apporter des bénéfices supérieurs aux risques habituels, comme les symptômes musculaires et une petite hausse du risque de diabète. Les données sur la mémoire sont plutôt neutres. La décision partagée reste la pierre angulaire, et l’arrêt du traitement peut se justifier chez certaines personnes atteintes d’une maladie grave limitant l’espérance de vie.
Une revue systématique de 2026 centrée sur les personnes de 80 ans et plus constate que les données randomisées directes restent minces dans cette tranche d’âge. Le bénéfice paraît surtout plausible chez les personnes robustes, à risque cardiovasculaire élevé et à l’espérance de vie suffisante, beaucoup moins chez les personnes fragiles.
Ce que cela change pour vous : l’âge seul n’est pas une raison de commencer ou d’arrêter une statine. La décision repose sur votre risque cardiovasculaire global, votre état de santé général, vos priorités et votre tolérance au médicament. STAREE et SAGA/SITE donnent à votre médecin de meilleures données pour en discuter ; ils ne remplacent pas cet échange.
Quand consulter votre médecin
N’arrêtez jamais une statine de votre propre initiative. Parlez-en à votre médecin si vous remarquez, sous traitement :
- Une douleur ou une faiblesse musculaire sans cause évidente, surtout si les urines deviennent foncées.
- Une fatigue inhabituelle, une perte d’appétit, une douleur en haut de l’estomac ou un jaunissement de la peau ou des yeux.
- Une confusion ou des troubles de mémoire nouveaux. Les notices les citent comme des effets rapportés, généralement réversibles à l’arrêt : ils méritent un avis médical.
- Une soif inhabituelle ou des envies fréquentes d’uriner, qui peuvent signaler une glycémie élevée.
Appelez les secours (15 ou 112) en cas de douleur thoracique, de faiblesse soudaine d’un côté du corps ou de difficulté à parler.
Glossaire
- Prévention primaire : traitement visant à éviter un premier infarctus ou AVC chez une personne qui n’en a jamais eu.
- Hazard ratio : comparaison du taux d’événements entre deux groupes au fil du temps ; 0,70 signifie environ 30 % d’événements en moins dans un groupe.
- Personnes-années : mesure du temps de suivi qui additionne la durée passée dans l’étude par chaque participant.
- Survie sans incapacité : rester en vie sans démence et sans incapacité physique durable.
- Non-infériorité : plan d’essai qui vérifie qu’une stratégie n’est pas moins bonne qu’une autre au-delà d’une marge fixée à l’avance.
- Placebo : comprimé inactif d’apparence identique au médicament testé.
FAQ
Quels sont les effets secondaires des statines les plus fréquents ?
Les symptômes musculaires sont les plus souvent rapportés, même si la Mayo Clinic indique que le risque réellement supplémentaire par rapport au placebo est d’environ 5 % ou moins. On observe aussi une petite hausse de la glycémie et, rarement, une élévation des enzymes du foie. La plupart des personnes tolèrent bien les statines, et un autre produit ou une autre dose est parfois possible en cas de symptômes.
Faut-il commencer une statine pour tous après 70 ans depuis STAREE ?
Non. STAREE a inclus des personnes de 70 ans ou plus sans maladie cardiovasculaire, diabète ni démence, et a montré moins d’événements cardiovasculaires mais pas de gain de survie sans incapacité. L’intérêt de commencer dépend de votre risque et de vos préférences.
Les statines provoquent-elles des pertes de mémoire ?
Les notices mentionnent des cas de perte de mémoire et de confusion, généralement non graves et réversibles à l’arrêt. La Mayo Clinic juge les preuves d’un lien direct limitées, et le consensus d’experts de 2025 les trouve plutôt neutres. Dans STAREE, la démence faisait partie du second critère combiné, qui n’a pas différé de façon significative entre les groupes.
Peut-on arrêter sa statine à partir de 75 ans ?
Dans SAGA/SITE, l’arrêt d’une statine prise en prévention primaire était non inférieur pour la mortalité à trois ans chez les 75 ans et plus, mais l’essai excluait les antécédents cardiovasculaires. La décision se prend avec votre médecin, jamais seul.
Quelles analyses de sang faire sous statine ?
C’est votre médecin qui décide. Le dosage du LDL permet de suivre l’effet du traitement, tandis que les enzymes du foie, la CPK et l’HbA1c sont en général demandées quand il existe une raison, comme des symptômes ou certains facteurs de risque.
Sources
- Zoungas S, et al. Atorvastatin, Cardiovascular Events, and Disability-free Survival in Older Adults (STAREE). New England Journal of Medicine, 2026
- Bonnet F, et al. Discontinuation of statins for primary prevention in adults aged 75 years or older (SAGA/SITE). The Lancet Healthy Longevity, 2026
- Vidal. Une statine en prévention primaire chez les personnes âgées diminue le risque cardiovasculaire, mais pas les démences
- Société européenne de cardiologie. Cholesterol-lowering medication reduces major cardiovascular events by 30% in older people without known cardiovascular disease
- Bittner VA, et al. Managing hypercholesterolemia in adults older than 75 years without a history of atherosclerotic cardiovascular disease: an expert clinical consensus from the National Lipid Association and the American Geriatrics Society. Journal of Clinical Lipidology, 2025
- Epelde F. Statin therapy for primary prevention in adults aged 80 years and older: a systematic review. Current Neuropharmacology, 2026
- Mayo Clinic. Statin side effects: weigh the benefits and risks
- U.S. Food and Drug Administration. Cholesterol-lowering drugs get labeling changes
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