Bilan de fertilité : les analyses chez la femme et l’homme

Table des matières

Revu et validé médicalement par :
Julien Priour

⚕️ Cet article est à visée informative et ne remplace pas un avis médical. Consultez toujours votre médecin pour interpréter vos résultats.

Un bilan de fertilité regroupe les examens qui évaluent la capacité à concevoir, chez la femme comme chez l’homme. On l’envisage en général quand une grossesse tarde à venir, mais aussi dans un projet de parentalité pour une femme seule ou un couple de femmes.

Cet article explique, en langage clair, quels examens composent un bilan de fertilité, à quel moment du cycle les réaliser, comment se déroule la démarche pour le couple, et comment commencer à lire vos résultats. Vous y trouverez un tableau comparatif femme/homme, un calendrier des examens et une liste de signes qui invitent à consulter sans attendre. L’objectif : vous aider à aborder ce parcours de façon sereine et informée, sans jamais remplacer l’avis de votre médecin.

Qu’est-ce qu’un bilan de fertilité ?

Le bilan de fertilité est l’ensemble des examens médicaux qui cherchent à comprendre pourquoi une grossesse ne survient pas, ou à vérifier la fertilité avant un projet d’enfant. Il explore à la fois la femme et l’homme, car les deux participent à la conception.

Selon l’Inserm, environ un couple sur huit consulte en France pour des difficultés à concevoir. Dans près de trois cas sur quatre, une cause est retrouvée : elle est féminine, masculine, ou les deux à la fois. Dans 10 à 25 % des situations, aucune cause précise n’est identifiée. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’une personne sur six est concernée par l’infertilité au cours de sa vie.

Un point clé : un bilan de fertilité n’est pas un seul test. C’est une série d’examens complémentaires, échelonnés sur un ou plusieurs cycles, qui se lisent ensemble.

Voici les 7 examens clés que l’on retrouve le plus souvent :

  1. L’interrogatoire et l’examen clinique du couple.
  2. Le bilan hormonal féminin en début de cycle.
  3. Le dosage de l’AMH (réserve ovarienne).
  4. L’échographie pelvienne avec comptage des follicules.
  5. L’examen de la perméabilité des trompes.
  6. Les sérologies et dosages complémentaires (thyroïde, prolactine, infections).
  7. Le spermogramme chez l’homme.

Quand faire un bilan de fertilité ?

D’après l’Assurance Maladie, une consultation pour infertilité s’envisage après 12 mois de rapports réguliers non protégés sans grossesse, avant 35 ans. Ce délai est ramené à 6 mois après 35 ans, car la fertilité diminue plus vite avec l’âge.

Il est conseillé de consulter plus tôt en cas d’antécédents connus : cycles très irréguliers, règles douloureuses, endométriose, syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), infection génitale passée, ou chirurgie des testicules chez l’homme.

Qui consulte et qui peut prescrire ?

Le premier interlocuteur est souvent le médecin généraliste, le gynécologue ou la sage-femme. Tous peuvent initier un bilan de fertilité de première intention, dit « de débrouillage », réalisable en ville.

La consultation se fait idéalement en couple, car la démarche concerne les deux partenaires. Depuis la loi de bioéthique de 2021, l’aide médicale à la procréation (AMP, aussi appelée PMA) est ouverte aux couples de femmes et aux femmes non mariées : le bilan de fertilité s’adresse donc aussi à ces situations.

Le bilan de fertilité chez la femme : les examens

Le bilan de fertilité féminin combine un interrogatoire, un examen clinique, des dosages hormonaux et une imagerie. Plusieurs examens sont calés sur le cycle menstruel, ce qui explique qu’ils ne se font pas tous le même jour.

L’interrogatoire et l’examen clinique

Le médecin retrace d’abord l’histoire de santé : âge, régularité des cycles, douleurs, grossesses ou fausses couches antérieures, infections, mode de vie (tabac, poids). L’examen comprend la mesure du poids, de la taille et un examen gynécologique. Cette étape oriente déjà la suite des examens.

Le bilan hormonal de début de cycle

Une prise de sang est réalisée en début de cycle, le plus souvent entre le 2ᵉ et le 4ᵉ jour des règles (le fameux « bilan à J3 »). Elle dose principalement trois hormones :

  • La FSH (hormone folliculo-stimulante), qui stimule la croissance des follicules contenant les ovocytes.
  • La LH (hormone lutéinisante), qui déclenche l’ovulation.
  • L’œstradiol, l’hormone produite par les follicules en développement.

Lus ensemble, ces résultats renseignent sur le fonctionnement des ovaires et la qualité de l’ovulation.

L’AMH et la réserve ovarienne

L’AMH (hormone antimüllérienne) reflète le stock d’ovocytes encore disponibles, ce qu’on appelle la réserve ovarienne. Son grand avantage : elle peut se doser à n’importe quel moment du cycle, contrairement aux hormones ci-dessus. Les recommandations françaises la réservent surtout aux situations où une AMP est envisagée.

Attention : l’AMH estime une quantité d’ovocytes, pas leur qualité, et elle ne prédit pas à elle seule une grossesse.

L’échographie pelvienne et le compte des follicules

L’échographie pelvienne, le plus souvent réalisée par voie vaginale, observe l’utérus et les ovaires. Elle permet de compter les follicules antraux (les petits follicules visibles en début de cycle), un bon indicateur de la réserve ovarienne. Les recommandations récentes privilégient une échographie complète et bien menée plutôt que la multiplication des examens. Elle recherche aussi des fibromes, des kystes ou des signes évocateurs d’endométriose.

L’examen des trompes de Fallope

Pour qu’une grossesse débute, les trompes doivent être perméables (ouvertes). Deux examens l’évaluent, en première partie de cycle :

  • L’hystérosalpingographie (HSG), une radiographie de l’utérus et des trompes après injection d’un produit de contraste.
  • L’hystérosonographie de contraste (HyFoSy), une échographie avec un produit qui visualise le passage dans les trompes.

À noter : le test post-coïtal (ou test de Hühner), longtemps pratiqué, n’est plus recommandé dans le bilan de première intention.

Les autres dosages : thyroïde, prolactine, sérologies

Selon les signes, le médecin peut compléter le bilan :

  • La TSH, car un trouble de la thyroïde peut perturber l’ovulation.
  • La prolactine, dont l’excès peut bloquer l’ovulation, dosée surtout en cas de cycles irréguliers.
  • Des sérologies (recherche d’immunité ou d’infection), comme la sérologie de la toxoplasmose et de la rubéole, utiles avant une grossesse.

En vue d’une future grossesse, la supplémentation en acide folique (vitamine B9) est par ailleurs recommandée pour réduire certains risques chez le futur bébé.

Le bilan de fertilité chez l’homme : le spermogramme et plus

Chez l’homme, l’examen central du bilan de fertilité est le spermogramme. Il est simple, non douloureux, et donne rapidement des informations précieuses, car une cause masculine est retrouvée dans environ la moitié des couples concernés.

Le spermogramme, le spermocytogramme et la spermoculture

Le spermogramme analyse un échantillon de sperme recueilli au laboratoire, après 2 à 7 jours d’abstinence. Il mesure le volume, le nombre, la mobilité et la forme des spermatozoïdes. Deux examens l’accompagnent souvent : le spermocytogramme (étude détaillée de la forme) et la spermoculture (recherche d’infection).

Le tableau ci-dessous reprend les principales valeurs de référence (seuils bas) issues des normes de l’OMS. Elles servent de repères : leur interprétation revient toujours au médecin.

Paramètre du spermogrammeValeur de référence (seuil bas, OMS)
Volume de l’éjaculat≥ 1,5 mL
Concentration en spermatozoïdes≥ 15 millions / mL
Nombre total par éjaculat≥ 39 millions
Mobilité progressive≥ 30 %
Spermatozoïdes de forme typique≥ 4 %

Que faire en cas d’anomalie ?

Si le spermogramme est normal, il n’est pas utile de le répéter. S’il montre une anomalie, un second spermogramme est réalisé environ 3 mois plus tard, car la fabrication des spermatozoïdes dure à peu près ce temps. Un résultat isolé ne suffit donc jamais à conclure.

En cas d’anomalie confirmée, le médecin oriente vers un andrologue (spécialiste de la fertilité masculine). Il peut prescrire une échographie des testicules et un bilan hormonal, incluant la testostérone, la FSH et la LH, pour préciser l’origine du trouble.

Bilan femme et homme : le tableau comparatif

Les deux bilans sont menés en parallèle. Le tableau suivant résume qui passe quoi, et à quel moment.

ÉlémentChez la femmeChez l’homme
Examen de baseInterrogatoire + examen gynécologiqueInterrogatoire + examen clinique
Prise de sangFSH, LH, œstradiol (début de cycle), AMHBilan hormonal seulement si spermogramme anormal
Examen centralÉchographie pelvienne + comptage des folliculesSpermogramme + spermocytogramme + spermoculture
Exploration cibléePerméabilité des trompes (HSG ou HyFoSy)Échographie des testicules si besoin
Dépendance au cycleOui, plusieurs examens calés sur le cycleNon, mais 2 à 7 jours d’abstinence avant le recueil
Délai de contrôleSelon résultatsNouveau spermogramme à 3 mois si anomalie

Comment se déroule le bilan, étape par étape

Le bilan de fertilité ne se fait pas en une seule visite. Parce que certains examens dépendent du cycle, il s’étale souvent sur un à trois cycles.

Le déroulé habituel est le suivant :

  1. Première consultation du couple : histoire de santé, examen clinique, prescription des premiers examens.
  2. Début de cycle (J2-J4) : prise de sang hormonale chez la femme.
  3. Première partie de cycle : échographie pelvienne, puis examen des trompes si nécessaire.
  4. En parallèle : spermogramme chez l’homme.
  5. Consultation de synthèse : le médecin réunit tous les résultats et propose une orientation.

Le suivi de l’ovulation peut aider à programmer les examens : un test d’ovulation positif signale le pic de LH et la fenêtre la plus fertile du cycle.

Côté délais, les résultats de prise de sang reviennent en général sous quelques jours, parfois un peu plus pour l’AMH. Le spermogramme est rendu sous quelques jours à deux semaines. L’imagerie est souvent commentée le jour même.

Comprendre et lire vos résultats

Recevoir des résultats peut être déroutant : des sigles, des chiffres et des colonnes de « valeurs de référence » qui varient d’un laboratoire à l’autre. Un premier réflexe utile est de comparer chaque valeur à la fourchette indiquée à côté.

Pour un bilan de fertilité, gardez trois repères en tête :

  • Une valeur hors norme n’est pas un diagnostic : elle s’interprète selon le moment du cycle, l’âge et le contexte.
  • Les examens se lisent ensemble, jamais isolément.
  • Seul le médecin pose une conclusion et propose, si besoin, une prise en charge.

Si vous voulez vous familiariser avec la lecture d’un compte rendu, notre guide pour lire une prise de sang explique pas à pas les valeurs normales et les signaux d’alerte.

Quand consulter : signes d’alerte et situations particulières

Il n’est pas toujours nécessaire d’attendre 12 mois. Consultez plus tôt dans ces situations :

  • La femme a plus de 35 ans et le projet de grossesse dure depuis 6 mois.
  • Les cycles sont absents, très irréguliers ou très douloureux.
  • Antécédent de SOPK, d’endométriose, d’infection génitale (salpingite, infection sexuellement transmissible).
  • Antécédent chez l’homme de testicule non descendu, de chirurgie testiculaire ou d’oreillons après la puberté.
  • Une maladie chronique (diabète, trouble de la thyroïde) ou des traitements pouvant affecter la fertilité.

Certaines situations modifient le parcours. En cas de SOPK ou d’endométriose, le bilan est souvent avancé et complété. Pour une femme seule ou un couple de femmes, le bilan de fertilité s’inscrit dans un parcours d’AMP encadré par un centre agréé. Dans tous les cas, plus la démarche est précoce, plus elle laisse de marge pour agir sereinement.

Après le bilan : quelles suites possibles ?

Le bilan de fertilité a un but précis : comprendre la situation pour proposer la démarche la plus adaptée. Selon les résultats, plusieurs voies existent, de la plus simple à la plus spécialisée.

Souvent, les premières recommandations portent sur le mode de vie. L’OMS souligne l’intérêt d’une alimentation équilibrée, d’une activité physique régulière et de l’arrêt du tabac chez les personnes qui cherchent à concevoir. Le poids, l’alcool et l’exposition à certains produits toxiques pèsent aussi sur la fertilité des deux partenaires.

Quand une cause précise est identifiée, la prise en charge vise cette cause :

  • des médicaments pour stimuler ou régulariser l’ovulation ;
  • une chirurgie pour corriger une anomalie de l’utérus, des trompes ou des testicules ;
  • une aide médicale à la procréation (AMP) : insémination ou fécondation in vitro (FIV), selon les situations.

Rappelons que, d’après l’Inserm, 10 à 25 % des infertilités restent inexpliquées. Cela ne veut pas dire qu’aucune solution n’existe : une prise en charge reste souvent possible. Dans tous les cas, c’est le médecin, ou le centre d’AMP, qui définit la stratégie en fonction de votre bilan, de votre âge et de votre projet.

Glossaire

  • AMH (hormone antimüllérienne) : hormone reflétant le stock d’ovocytes restant, dosable à tout moment du cycle.
  • Azoospermie : absence totale de spermatozoïdes dans le sperme, à confirmer sur deux recueils.
  • Compte des follicules antraux (CFA) : dénombrement par échographie des petits follicules en début de cycle, indicateur de la réserve ovarienne.
  • FSH (hormone folliculo-stimulante) : hormone qui stimule la croissance des follicules contenant les ovocytes.
  • Hystérosalpingographie (HSG) : radiographie de l’utérus et des trompes après injection d’un produit de contraste, pour vérifier que les trompes sont ouvertes.
  • Œstradiol : principale hormone féminine produite par les follicules en croissance.
  • Réserve ovarienne : quantité d’ovocytes encore disponibles dans les ovaires.
  • Spermogramme : analyse de la quantité, de la mobilité et de la forme des spermatozoïdes.
  • Test post-coïtal (de Hühner) : ancien examen de la glaire après un rapport, aujourd’hui non recommandé en première intention.

Questions fréquentes

Comment se passe un bilan de fertilité ?

Il commence par une consultation, idéalement en couple, où le médecin recueille les antécédents et réalise un examen clinique. Il prescrit ensuite des examens : prise de sang hormonale et échographie chez la femme, spermogramme chez l’homme, parfois un examen des trompes. Comme certains examens dépendent du cycle, ils sont répartis sur un à trois cycles. Une consultation de synthèse permet enfin de réunir les résultats et de discuter de la suite. Le parcours est progressif : on commence par les examens les plus simples avant d’aller, si besoin, vers un bilan plus poussé.

Combien de temps faut-il pour obtenir les résultats ?

Cela dépend de chaque examen. Les résultats des prises de sang hormonales reviennent en général sous quelques jours, parfois un peu plus longtemps pour l’AMH. Le spermogramme est rendu sous quelques jours à deux semaines. L’échographie est souvent commentée le jour même de l’examen. En revanche, le bilan complet prend plus de temps, car plusieurs examens doivent être réalisés à des moments précis du cycle. Comptez donc souvent un à trois cycles avant la consultation de synthèse, où le médecin réunit l’ensemble des résultats.

Où faire un bilan de fertilité et qui peut le prescrire ?

Un médecin généraliste, un gynécologue ou une sage-femme peuvent prescrire le bilan de première intention. Les prises de sang se font dans un laboratoire d’analyses, l’échographie chez un radiologue ou un gynécologue équipé, et le spermogramme dans un laboratoire spécialisé. Si le bilan met en évidence une difficulté nécessitant une aide médicale à la procréation, le couple ou la personne est orienté vers un centre d’AMP agréé, en milieu hospitalier ou en clinique. Il n’est donc pas nécessaire de commencer par un centre spécialisé : le parcours débute le plus souvent en ville.

Un bilan de fertilité est-il remboursé ?

Les examens d’un bilan de fertilité prescrits par un médecin sont en grande partie pris en charge par l’Assurance Maladie, dans le cadre du parcours de soins. Le taux et les conditions de remboursement peuvent varier selon les examens et selon la situation. Pour connaître le détail à jour de la prise en charge, le mieux est de se référer à votre caisse d’Assurance Maladie ou au site ameli.fr. Pensez aussi à vérifier ce que prend en charge votre complémentaire santé, notamment pour les éventuels dépassements.

Faut-il faire le bilan de fertilité en couple ?

Dans un couple hétérosexuel, oui : la conception dépend des deux partenaires, et une cause masculine est retrouvée dans environ la moitié des cas. La présence des deux personnes dès la première consultation est donc recommandée, et le spermogramme fait partie des tout premiers examens. Réaliser le bilan en parallèle, chez la femme et chez l’homme, fait aussi gagner du temps. Cela évite d’explorer longuement un seul partenaire avant de penser à l’autre. Pour une femme seule ou un couple de femmes, le bilan s’organise dans le cadre d’un parcours d’AMP dédié.

Peut-on faire un bilan de fertilité quand on est une femme seule ?

Oui. Depuis la loi de bioéthique de 2021, l’aide médicale à la procréation est ouverte aux femmes non mariées et aux couples de femmes. Une femme seule ayant un projet d’enfant peut donc bénéficier d’un bilan de fertilité, généralement dans le cadre d’un parcours encadré par un centre d’AMP agréé. Le bilan ressemble alors à celui réalisé chez toute femme : examen clinique, bilan hormonal, évaluation de la réserve ovarienne et de l’utérus. Il sert à préparer la prise en charge la plus adaptée et à informer sur les chances de réussite selon l’âge.

Sources

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