Le rétatrutide fait l’actualité depuis que le laboratoire Eli Lilly a publié, le 29 septembre 2026, de nouveaux résultats de phase 3. Il s’agit d’une injection hebdomadaire expérimentale, qui n’est pas autorisée à ce jour : tout ce qui suit provient d’essais cliniques, pas de la pratique courante. Cet article explique ce que ces essais rapportent sur les nausées, la diarrhée, les sensations cutanées inhabituelles et les arrêts de traitement, ainsi que les analyses de sang que les médecins utilisent souvent pour suivre ce type de médicament.
L’objectif est de lire les chiffres avec recul. Un essai décrit des groupes de volontaires suivis de près : il ne dit pas ce qui vous arrivera à vous.
Rétatrutide : de quoi parle-t-on exactement ?
Le rétatrutide active en même temps trois récepteurs hormonaux : GLP-1, GIP et glucagon. Le sémaglutide en cible un, le tirzépatide deux, d’où son nom d’« agoniste triple ». Dans le programme TRIUMPH, des adultes en obésité ou en surpoids, avec ou sans diabète de type 2, ont reçu une injection hebdomadaire ou un placebo pendant environ 80 semaines.
Selon le dernier communiqué de Lilly, un dépôt de dossier auprès de la FDA américaine est prévu début 2027. En France, aucune autorisation n’existe pour l’instant : le rétatrutide n’est pas disponible sur ordonnance.
Les effets secondaires du rétatrutide dans les essais de phase 3
Les troubles digestifs en tête
Dans TRIUMPH-1, qui a inclus 2 339 adultes sans diabète, les troubles digestifs étaient les plus fréquents à la dose de 12 mg. Le tableau les compare au placebo, d’après la presse spécialisée qui relaie les résultats de Lilly.
| Effet secondaire (TRIUMPH-1, 12 mg) | Rétatrutide | Placebo |
|---|---|---|
| Nausées | 42,4 % | 14,8 % |
| Diarrhée | 32,0 % | 13,5 % |
| Constipation | 26,1 % | 10,9 % |
| Vomissements | 25,3 % | 4,8 % |
Ces effets étaient décrits comme légers à modérés. Un essai de phase 2 publié dans le New England Journal of Medicine avait déjà montré qu’ils dépendaient de la dose et qu’un démarrage à dose plus faible les atténuait en partie.
La dysesthésie, un signal plus récent
La dysesthésie désigne une sensation anormale ou désagréable sur la peau : fourmillements, brûlures, toucher exacerbé. Elle n’avait pas été rapportée en phase 2. Dans TRIUMPH-4, un essai chez des personnes en obésité avec arthrose du genou, elle touchait 8,8 % des participants à 9 mg et 20,9 % à 12 mg, contre 0,7 % sous placebo, selon BioSpace. Dans TRIUMPH-1, elle était décrite comme légère. Lilly indique que ces épisodes n’ont pas conduit à des arrêts de traitement.
Les arrêts de traitement
Dans TRIUMPH-1, les arrêts liés aux effets indésirables étaient de 4,1 % à 4 mg, 6,9 % à 9 mg et 11,3 % à 12 mg, contre 4,9 % sous placebo. Dans TRIUMPH-4, ils atteignaient 12,2 % et 18,2 % à 9 mg et 12 mg, contre 4 % sous placebo, ce que Lilly attribue en partie à des participants jugeant leur perte de poids excessive.
Ce qu’ajoutent les résultats de TRIUMPH-2
TRIUMPH-2 a suivi 1 152 adultes avec diabète de type 2 et obésité ou surpoids pendant 80 semaines. À 12 mg, la perte de poids moyenne était de 20,8 % contre 4,0 % sous placebo, et l’HbA1c baissait d’environ 1,5 à 1,6 point aux deux doses les plus élevées contre 0,2 sous placebo. Les troubles digestifs restaient le principal sujet, avec 33,6 % de diarrhée et 28,0 % de nausées à 12 mg, contre 13,2 % et 8,0 % sous placebo. Les arrêts pour effets indésirables étaient de 7,7 % contre 4,9 %.
Deux précautions s’imposent. Ces chiffres viennent d’un communiqué du fabricant, et la publication complète revue par des pairs reste à venir. Les résultats chez les personnes diabétiques diffèrent aussi souvent de ceux observés chez les personnes sans diabète.
Quelles analyses de sang pour suivre ce type de traitement ?
Aucune analyse ne prédit comment le rétatrutide vous conviendra. Le tableau ci-dessous liste des examens que les médecins utilisent couramment chez les personnes sous médicaments de la famille du GLP-1 ou concernées par les mêmes pathologies. Il reflète la pratique générale, pas un calendrier de surveillance fixé par les essais : c’est votre médecin qui décide de ce qu’il vous faut.
| Analyse | Pourquoi elle peut être prescrite | À garder en tête |
|---|---|---|
| HbA1c et glycémie à jeun | Suivre la glycémie sur plusieurs semaines à mois | Les essais montrent une nette baisse de l’HbA1c dans le diabète de type 2. Les autres traitements du diabète peuvent devoir être revus. |
| Bilan lipidique | Voir l’effet de la perte de poids sur cholestérol et triglycérides | Les essais rapportent une amélioration du cholestérol non-HDL et des triglycérides. |
| ALAT et ASAT | Contrôler les enzymes du foie, souvent élevées en cas de stéatose | Les synthèses publiques consultées ne détaillent pas ces variations. |
| Créatinine, DFG et ionogramme | Repérer une déshydratation après vomissements ou diarrhée | Utile si les troubles digestifs persistent. |
| Lipase | Explorer une douleur abdominale haute intense et durable | Pas un dépistage de routine, et un seul résultat ne suffit pas à diagnostiquer une pancréatite. |
Pour comprendre comment la glycémie est suivie, lisez notre guide sur l’hémoglobine glyquée (HbA1c). Le foie est abordé dans notre article sur les transaminases élevées, la fonction rénale dans celui sur un DFG bas, et le pancréas dans celui sur une lipase élevée. Pour les graisses du sang, consultez notre page sur les triglycérides élevés.
Dernières avancées scientifiques
Le premier grand essai de phase 2, publié en 2023 dans le New England Journal of Medicine, a montré que le rétatrutide entraînait une perte de poids importante chez des adultes en obésité, et que les effets digestifs dépendaient de la dose. Il a aussi observé une hausse de la fréquence cardiaque selon la dose, qui s’atténuait ensuite. Ce que cela change pour vous : un démarrage progressif peut être mieux toléré, et votre médecin peut surveiller votre pouls en plus de vos analyses.
Une revue systématique avec méta-analyse de 2026 a regroupé les premiers essais randomisés. Elle conclut que les arrêts pour effets indésirables étaient plus fréquents que sous placebo, alors que les événements graves restaient rares. Les auteurs soulignent que les preuves sont limitées, car peu d’essais étaient disponibles et les données de phase 3 n’étaient pas encore entièrement publiées. Ce que cela change pour vous : la promesse est réelle mais le recul à long terme manque, c’est pourquoi une autorité de santé et votre médecin doivent guider toute décision.
Rétatrutide vendu en ligne : un risque différent
La demande est forte, et des produits vendus en ligne comme « rétatrutide » ou comme peptide de recherche circulent. L’ANSM rappelle que tous les analogues du GLP-1 et peptides achetés hors circuits officiels sont illégaux et potentiellement dangereux, et cite le rétatrutide parmi les peptides vendus illégalement. Elle fait état d’hospitalisations avec nausées, vomissements, perte d’appétit sévère, atteintes du foie, réactions allergiques et infections au point d’injection. Les résultats des essais ne s’appliquent pas à un flacon dont on ignore le contenu et le dosage. Si vous avez déjà utilisé un tel produit et vous sentez mal, dites à un professionnel de santé ce que vous avez pris.
Quand consulter un médecin ?
Consultez rapidement en cas de vomissements ou de diarrhée qui ne cessent pas, de signes de déshydratation comme des vertiges ou des urines très foncées, ou de douleur intense en haut du ventre irradiant dans le dos. Appelez les urgences (15 ou 18) en cas de gonflement du visage, de difficulté à respirer ou de douleur thoracique. De nouvelles brûlures, fourmillements ou douleurs cutanées méritent aussi un avis, surtout s’ils durent.
Glossaire
- Agoniste triple : médicament qui active trois récepteurs hormonaux, ici GLP-1, GIP et glucagon.
- Dysesthésie : sensation anormale ou désagréable au toucher, comme une brûlure ou des fourmillements.
- HbA1c : analyse qui reflète la glycémie moyenne des trois derniers mois environ.
- Placebo : injection sans substance active, utilisée pour comparaison dans un essai.
- Essai de phase 3 : étude de grande taille, en fin de développement, qui teste l’efficacité et la sécurité d’un traitement.
Questions fréquentes
Le rétatrutide est-il autorisé en France ?
Non. Il est expérimental, et Lilly indique préparer un dépôt de dossier auprès de la FDA. Tant qu’une autorité n’a pas statué, il ne peut pas être prescrit.
Quels sont les effets secondaires les plus fréquents du rétatrutide ?
Nausées, diarrhée, constipation et vomissements ont été les plus fréquents en phase 3, le plus souvent légers à modérés. Une baisse de l’appétit est aussi apparue dans l’essai chez des personnes diabétiques.
Que sont les fourmillements ou brûlures signalés ?
On parle de dysesthésie. Elle était plus fréquente à 12 mg qu’à 9 mg dans TRIUMPH-4 et décrite comme légère dans TRIUMPH-1.
Quelles analyses de sang sont utiles pendant ce type de traitement ?
Le médecin peut contrôler l’HbA1c, les lipides, les enzymes du foie et la fonction rénale, et ne prescrit la lipase qu’en cas de douleur abdominale intense. Le bon bilan dépend de votre histoire de santé.
Le rétatrutide « de recherche » vendu en ligne est-il sûr ?
Non : l’ANSM juge illégaux et potentiellement dangereux les produits achetés hors circuits officiels. Les données des essais ne s’y appliquent pas.
Sources
- Vidal : l’ANSM intensifie sa lutte contre la vente illégale d’analogues du GLP-1 et de peptides en ligne
- ANSM : Ozempic (sémaglutide), un médicament à utiliser uniquement dans le traitement du diabète de type 2
- Eli Lilly : résultats de TRIUMPH-2 pour le rétatrutide, 29 septembre 2026
- AJMC : le rétatrutide dans l’essai de phase 3 TRIUMPH-1
- Pharmacy Times : le rétatrutide dans l’essai pivot de phase 3 TRIUMPH-1
- BioSpace : résultats de TRIUMPH-4 et signal de sécurité sur la dysesthésie
- Jastreboff et al., New England Journal of Medicine, 2023 : rétatrutide, agoniste des récepteurs de trois hormones, dans l’obésité (essai de phase 2)
- Efficacité et sécurité du rétatrutide à forte dose chez l’adulte avec obésité et diabète de type 2 : revue systématique et méta-analyse bayésienne (SN Comprehensive Clinical Medicine, 2026)
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