Le 28 juillet 2026, à l’occasion de la Journée mondiale des hépatites, l’OMS a publié pour la Région européenne les données de son rapport mondial 2026. Le constat a surpris jusqu’aux spécialistes : la prévention progresse bien, mais le dépistage reste très en retard. Seules 23 % des personnes vivant avec une hépatite B en Europe savent qu’elles sont infectées. Autrement dit, le principal obstacle n’est plus d’éviter la contamination, c’est de trouver les personnes déjà porteuses. Cela déplace la question vers un terrain très concret : votre compte rendu d’analyses. Car une sérologie hépatite B ne figure pas dans un bilan sanguin de routine, et un bilan hépatique normal ne prouve rien.
Ce que l’OMS a annoncé le 28 juillet 2026
Le bilan est à double détente. Du côté des bonnes nouvelles, la Région européenne a dépassé l’objectif d’élimination de l’hépatite B chez les enfants de moins de 5 ans, avec une prévalence tombée à 0,06 %, sous le seuil mondial de 0,1 %. Les nouvelles infections par le virus B ont reculé de 54 % depuis 2015, celles par le virus C de 28 %, et la mortalité liée au virus C a chuté d’un tiers en dix ans. Du côté des mauvaises, 9,7 millions de personnes vivent avec une hépatite B et 5,6 millions avec une hépatite C dans la Région, et seuls 4,2 % des porteurs du virus B reçoivent un traitement. L’OMS résume elle-même le tournant : le plus grand écart aujourd’hui n’est plus la prévention, c’est de trouver les personnes atteintes et de les soigner. Pour comprendre ce que recouvre exactement la maladie, notre fiche sur l’hépatite B, ses symptômes et son évolution pose les bases ; cet article, lui, s’attaque à ce que vous pouvez lire sur une feuille de laboratoire.
Pourquoi un bilan hépatique normal ne prouve rien
C’est le malentendu le plus fréquent, et il explique une bonne partie du retard de dépistage. Un bilan hépatique classique mesure des enzymes du foie : les ALAT, les ASAT, les gamma-GT et les phosphatases alcalines. Ces marqueurs signalent une souffrance du foie en cours. Ils ne disent rien de la cause, et surtout ils peuvent rester parfaitement normaux pendant des années chez une personne porteuse d’une hépatite chronique. Une hépatite B chronique évolue le plus souvent en silence, sans fatigue particulière, sans jaunisse, sans douleur, et le foie se dégrade lentement sans que la prise de sang de routine ne sonne l’alarme. Il faut donc demander autre chose : une recherche directe du virus et des anticorps, c’est-à-dire une sérologie. Elle n’apparaît sur votre compte rendu que si elle a été prescrite ; comme souvent, savoir lire une prise de sang commence par repérer ce qui n’y figure pas.
Sérologie hépatite B : les trois lignes qui comptent
Une sérologie hépatite B complète repose sur trois paramètres, souvent demandés ensemble sous le nom de panel ou de triplet. Chacun répond à une question différente, et c’est leur combinaison qui donne le sens. L’antigène HBs, noté AgHBs, est un morceau de l’enveloppe du virus : s’il est présent, le virus est là, et la personne est contagieuse. L’anticorps anti-HBc total est la trace laissée par une rencontre passée ou présente avec le virus ; il persiste toute la vie et n’apparaît jamais après une vaccination. L’anticorps anti-HBs, lui, est l’anticorps protecteur, celui que fabrique le corps après une guérison ou après un vaccin. Le tableau ci-dessous donne les combinaisons les plus courantes.
| AgHBs | Anti-HBc total | Anti-HBs | Ce que cela veut dire |
|---|---|---|---|
| Négatif | Négatif | Négatif | Jamais rencontré le virus, et pas protégé : la vaccination se discute |
| Négatif | Négatif | Positif | Protégé par la vaccination |
| Négatif | Positif | Positif | Infection ancienne, guérie, avec immunité naturelle |
| Positif | Positif | Négatif | Infection en cours, aiguë ou chronique : consultation spécialisée nécessaire |
| Négatif | Positif | Négatif | Situation ambiguë : immunité qui s’estompe, infection occulte ou faux positif, à faire préciser |
Deux pièges méritent d’être signalés. Un taux d’anti-HBs élevé rassure sur l’hépatite B, mais ne dit rien de l’hépatite C ni de l’hépatite A, qui sont des virus distincts avec leurs propres sérologies. Et un anti-HBc isolé, sans AgHBs ni anti-HBs, n’est pas un résultat à ranger dans un tiroir : c’est précisément la ligne qui justifie un avis médical plutôt qu’une interprétation solitaire, comme tout résultat inhabituel sur une prise de sang.
Hépatite C : une sérologie, puis une confirmation
Le dépistage de l’hépatite C fonctionne en deux temps, et cette nuance change beaucoup de choses à la lecture. La première étape recherche les anticorps anti-VHC. Un résultat positif signifie que l’organisme a rencontré le virus, sans préciser s’il est encore présent : environ une personne sur quatre élimine spontanément l’infection tout en gardant ses anticorps à vie. La seconde étape, une PCR qui mesure l’ARN viral, tranche entre infection guérie et infection active. Un anti-VHC positif avec une PCR négative signe une hépatite C ancienne et résolue ; un anti-VHC positif avec une PCR positive signe une infection active, aujourd’hui guérissable dans la très grande majorité des cas par un traitement de quelques semaines. Notre fiche sur l’hépatite C détaille ce parcours, et celle sur l’hépatite A rappelle qu’un troisième virus, transmis autrement, obéit à d’autres règles.
Ce que la science récente change pour vous
Trois travaux éclairent le message de l’OMS et le rendent utilisable au quotidien. D’abord, une grande étude allemande menée en médecine de ville a proposé une sérologie B et C à plus de 21 000 patients lors d’un bilan de routine : parmi ceux qui se sont révélés porteurs, 85 % des hépatites B et 65 % des hépatites C étaient totalement inconnues jusque-là. Le dépistage ne confirme donc pas ce que l’on soupçonnait, il découvre. Ensuite, une enquête de population publiée en 2026 à Belgrade a mis un chiffre sur l’écart entre ce que les gens croient et ce que montre leur sang : 1,1 % des personnes interrogées se savaient concernées par l’hépatite B, alors que 8,7 % portaient la trace biologique d’un contact avec le virus. Enfin, une revue internationale a évalué une amélioration simple sur l’hépatite C, la confirmation en réflexe : le laboratoire enchaîne automatiquement la PCR sur le même tube de sang dès que la sérologie ressort positive, sans nouvelle prise de sang ni nouveau rendez-vous. Cette pratique augmente nettement la proportion de patients qui obtiennent réellement leur résultat de confirmation, et le délai passe de plusieurs semaines à moins d’une journée. Ce que cela change pour vous tient en une phrase : si votre sérologie C revient positive, demandez si la PCR a déjà été faite sur le même prélèvement, plutôt que d’attendre un second rendez-vous que beaucoup n’honorent jamais. Sur le plan économique, plusieurs modélisations concluent que proposer une sérologie B une fois dans la vie à toute la population adulte est non seulement efficace mais rentable, ce qui explique le virage pris par plusieurs pays.
Où en est la France ?
La France est un pays de faible endémie, avec une prévalence de l’antigène HBs estimée à 0,65 % de la population adulte, soit environ 280 000 personnes porteuses d’une hépatite B chronique, auxquelles s’ajoutent près de 200 000 personnes concernées par une hépatite C. Là encore, la moitié environ ignorent leur situation. La Haute Autorité de santé recommande un dépistage biologique combiné des hépatites B et C, en ciblant notamment les hommes de 18 à 60 ans jamais dépistés, les personnes originaires de zones de forte endémie, l’entourage d’une personne infectée, les personnes ayant reçu une transfusion avant 1992 et celles ayant un usage de drogues injectables, passé ou présent. Concrètement, la démarche est simple : une ordonnance de votre médecin traitant, une prise de sang classique, un remboursement à 100 % pour ces dépistages. Il existe aussi les CeGIDD, centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic, où la sérologie se fait sans avance de frais et sans ordonnance. Et si votre bilan montre des enzymes élevées sans explication, la piste virale mérite d’être écartée formellement avant de conclure à une stéatose hépatique, cause aujourd’hui la plus fréquente d’anomalies du foie.
Glossaire
- Sérologie : analyse de sang qui recherche des antigènes du virus ou des anticorps fabriqués contre lui, pour dire si l’on a rencontré une infection.
- AgHBs (antigène HBs) : fragment de l’enveloppe du virus de l’hépatite B ; sa présence signifie que le virus est là.
- Anti-HBc : anticorps dirigé contre le cœur du virus B, trace définitive d’un contact réel avec le virus ; il n’apparaît jamais après un vaccin.
- Anti-HBs : anticorps protecteur contre l’hépatite B, présent après une guérison ou une vaccination réussie.
- PCR ou charge virale : technique qui recherche le matériel génétique du virus lui-même, pour savoir s’il est encore actif.
- Infection occulte : infection par le virus B où l’antigène HBs n’est pas détectable alors que du virus persiste à très bas bruit.
Questions fréquentes
Une sérologie hépatite B est-elle incluse dans un bilan sanguin classique ?
Non. Un bilan de routine mesure les enzymes du foie, pas les virus. La sérologie hépatite B doit être prescrite spécifiquement, sur une ligne distincte de l’ordonnance. Si vous ne voyez ni AgHBs, ni anti-HBc, ni anti-HBs sur votre compte rendu, le dépistage n’a tout simplement pas été fait.
Mes transaminases sont normales : puis-je exclure une hépatite ?
Non. Une hépatite B ou C chronique peut évoluer des années avec des ALAT et des ASAT dans les normes. C’est même la règle plutôt que l’exception, et c’est la raison pour laquelle le dépistage repose sur une sérologie et non sur le bilan hépatique.
Que faire si mon anti-HBs est positif mais mon anti-HBc négatif ?
Cette combinaison correspond en général à une protection acquise par la vaccination : le corps a fabriqué l’anticorps protecteur sans jamais avoir croisé le virus lui-même. C’est le résultat attendu chez une personne correctement vaccinée, et il n’appelle pas de démarche particulière.
Le dépistage des hépatites est-il remboursé en France ?
Oui. Les sérologies des hépatites B et C prescrites par un médecin sont prises en charge à 100 % par l’Assurance Maladie. Le dépistage peut aussi être réalisé gratuitement, sans ordonnance et sans avance de frais, dans un CeGIDD.
Sources
- Organisation mondiale de la santé, Bureau régional pour l’Europe. World Hepatitis Day 2026: progress made against hepatitis in Europe, but millions still miss out on diagnosis and treatment. 28 juillet 2026. who.int/europe
- Organisation mondiale de la santé. Global hepatitis report 2026. who.int/publications
- Organisation mondiale de la santé. Efforts to eliminate hepatitis deliver gains but more action needed to meet 2030 targets. Avril 2026. who.int/news
- Haute Autorité de Santé. Stratégies de dépistage biologique des hépatites virales B et C. has-sante.fr
- Santé publique France. Prévalence de l’hépatite B en France. santepubliquefrance.fr
- Assurance Maladie (ameli.fr). Hépatite B : symptômes, diagnostic et évolution. ameli.fr
- Fédération des pôles et réseaux hépatites. Communiqué, Journée mondiale des hépatites 2026. Juillet 2026. fprh.fr
- Wolffram I, Petroff D, Bätz O, et coll. Prevalence of elevated ALT values, HBsAg, and anti-HCV in the primary care setting and evaluation of guideline defined hepatitis risk scenarios. Journal of Hepatology, 2015. consensus.app
- Tao Y, Tang W, Fajardo E, et coll. Reflex Hepatitis C Virus Viral Load Testing Following an Initial Positive Hepatitis C Virus Antibody Test: A Global Systematic Review and Meta-analysis. Clinical Infectious Diseases, 2023. consensus.app
- Toy M, Hutton D, Harris AM, et coll. Cost-Effectiveness of One-Time Universal Screening for Chronic Hepatitis B Infection in Adults in the United States. Clinical Infectious Diseases, 2021. consensus.app
- Popova AY, Olkhovskaya AY, Dragačević L, et coll. Population immunity to hepatitis B virus and infection marker seroprevalence in Belgrade, Serbia. Frontiers in Public Health, 2026;14:1819814 (source PubMed). doi.org/10.3389/fpubh.2026.1819814
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