Un petit bouton indolore sur le sexe, l’anus ou dans la bouche, qui disparaît seul en quelques semaines : c’est souvent ainsi que commence la syphilis, une infection sexuellement transmissible (IST) que l’on croyait d’un autre temps. Elle est pourtant en hausse en France. Son piège tient à son évolution par stades, entrecoupés de longues périodes sans aucun symptôme, alors que la bactérie continue d’agir. Bonne nouvelle : elle se dépiste par une simple prise de sang et se guérit, le plus souvent, avec une seule injection d’antibiotique.
Ce guide décrit les symptômes de la syphilis stade par stade, explique où et comment se faire dépister, comment lire les grandes lignes des résultats et en quoi consiste le traitement.
La syphilis, une IST qui revient
Une bactérie qui se transmet par contact direct
La syphilis est due à une bactérie, Treponema pallidum (le tréponème pâle). L’Assurance Maladie la décrit comme une IST très contagieuse : elle se transmet lors des rapports sexuels vaginaux, anaux ou bucco-génitaux, par contact avec le chancre ou les lésions de la peau et des muqueuses. Le tréponème ne survit pas à l’air libre : il faut un contact direct. Elle peut aussi passer de la mère à l’enfant pendant la grossesse. Enfin, la guérir ne protège pas : on peut la contracter à nouveau.
Combien de temps est-on contagieux ?
Selon l’Assurance Maladie, le risque de contagion est maximal pendant la première année d’évolution. Pour savoir quels partenaires prévenir, les médecins remontent plus ou moins loin selon le stade : les trois derniers mois pour un chancre, de six mois à deux ans pour une forme secondaire, et un à deux ans pour une forme latente précoce. Au-delà, la transmission sexuelle devient nettement moins fréquente, mais une infection non traitée peut toujours passer de la mère à l’enfant pendant la grossesse.
Qui est concerné ?
Selon Santé publique France, environ 6 500 personnes ont été diagnostiquées et traitées pour cette infection en médecine de ville en 2024, un chiffre en hausse de 12 % entre 2022 et 2024. L’Assurance Maladie précise que 89 % des cas diagnostiqués en 2023 concernaient des hommes, et que la proportion de tests positifs dans les centres de dépistage était six fois plus élevée chez les hommes ayant des rapports avec des hommes (3,4 %) que chez les hommes hétérosexuels (0,6 %). Toute personne sexuellement active peut toutefois être touchée.
Les symptômes de la syphilis stade par stade
Sans traitement, la maladie évolue en plusieurs étapes. Les médecins distinguent la forme précoce (moins d’un an après la contamination), la plus contagieuse, et la forme tardive (au-delà d’un an). Le tableau ci-dessous résume les quatre stades.
| Stade | Quand | Signes principaux | Contagiosité |
|---|---|---|---|
| Primaire | 10 à 90 jours après le contact | Chancre indolore, ganglion proche gonflé | Très élevée |
| Secondaire | 6 à 16 semaines après | Éruption (roséole, taches cuivrées des paumes et plantes), fièvre, fatigue | Élevée |
| Latente | Entre les poussées, puis des années | Aucun symptôme, seule la prise de sang la révèle | Possible la première année |
| Tertiaire | Des années plus tard, rare | Atteintes du cerveau, du cœur, des vaisseaux | Faible |
Syphilis primaire : le chancre
Le premier signe est le chancre, une petite plaie qui apparaît à l’endroit où la bactérie est entrée : gland, vulve, vagin, anus, lèvres, bouche ou gorge. L’Assurance Maladie le décrit ainsi : 5 à 15 mm de diamètre, propre, indolore, et surtout induré, c’est-à-dire très ferme au toucher. Un ganglion voisin gonfle souvent. Le chancre cicatrise seul en 2 à 6 semaines, sans laisser de trace, ce qui donne l’illusion d’une guérison alors que l’infection progresse. Contrairement à l’herpès génital, il ne fait pas mal.
Syphilis secondaire : la peau et les muqueuses
Environ 6 à 16 semaines après la contamination, la bactérie a diffusé dans tout le corps. Apparaît d’abord la roséole, de petites taches rosées sur le tronc qui disparaissent en moins de dix jours, puis des syphilides : petits reliefs cuivrés sur le visage, les membres et, très évocateur, la paume des mains et la plante des pieds. Ces lésions ne grattent généralement pas. S’y ajoutent souvent fièvre, fatigue, douleurs articulaires, plaques blanchâtres dans la bouche ou chute de cheveux par endroits. Ce tableau peut faire penser à une mononucléose ou à une autre éruption cutanée.
Phase latente : silencieuse mais présente
Entre les poussées, puis pendant des années, l’infection peut ne donner aucun symptôme. Seule une prise de sang permet alors de la découvrir. Cette phase latente peut, selon l’Assurance Maladie, passer totalement inaperçue, d’où l’importance du dépistage, même sans signe.
Stade tertiaire : devenu rare
Des années après la contamination, une infection jamais traitée peut endommager le cerveau, la moelle épinière, le cœur et les gros vaisseaux. Santé publique France rappelle que ce stade est aujourd’hui rare, grâce aux antibiotiques.
Les yeux, les oreilles et le système nerveux : à tout stade
La neurosyphilis n’est pas réservée aux formes tardives. Dans une étude française de 40 patients, les trois quarts des cas survenaient dès la phase précoce, et les troubles de la vue concernaient 65 % des malades (Vanhaecke, 2016). Ces atteintes restent rares : environ 2 % des cas déclarés dans une vaste surveillance américaine (Jackson, 2022). Mais elles imposent de consulter en urgence : baisse de la vision, œil rouge et douloureux, bourdonnements d’oreille, baisse de l’audition, maux de tête inhabituels, paralysie du visage.
Chancre, herpès ou petit bouton : que faire en cas de doute ?
Une plaie génitale, anale ou buccale indolore, ferme et le plus souvent unique doit faire penser au chancre. L’herpès génital donne plutôt de petites vésicules groupées qui brûlent ou font mal ; l’Assurance Maladie souligne d’ailleurs que le chancre est indolore, contrairement aux lésions d’herpès. L’aspect ne suffit pourtant jamais à trancher : plusieurs IST peuvent coexister et un chancre peut être atypique.
En cas de doute après un rapport, l’Assurance Maladie conseille de consulter son médecin sans attendre que la plaie disparaisse. Il peut prélever la lésion pour rechercher directement le tréponème par PCR, un examen non remboursé, en plus de la prise de sang. Tant que la plaie est présente, elle est très contagieuse : mieux vaut éviter tout rapport jusqu’à l’avis médical.
Chez la femme et pendant la grossesse
Un chancre parfois invisible
Les symptômes sont les mêmes chez l’homme et chez la femme, mais le chancre peut se loger à l’intérieur du vagin ou sur le col de l’utérus et passer inaperçu, tout comme une localisation anale ou dans la gorge. Beaucoup d’infections sont ainsi découvertes au stade secondaire ou lors d’un dépistage systématique.
Pendant la grossesse, un enjeu pour le bébé
La bactérie peut traverser le placenta. Selon l’Assurance Maladie, le risque de transmission au fœtus atteint environ 70 % en cas d’infection précoce chez la mère, contre 10 % environ en cas de forme tardive. La syphilis congénitale (transmise au bébé) peut entraîner fausse couche, mort du fœtus, prématurité, surdité ou malformations. C’est pourquoi une sérologie de dépistage fait partie des examens réalisés en début de grossesse, détaillés dans notre article sur la prise de sang pendant la grossesse. Le traitement repose sur la même pénicilline « retard », aux mêmes doses que chez les autres adultes. Traitée à temps, l’infection ne se transmet généralement pas à l’enfant.
Dépistage de la syphilis : qui, où et comment ?
Qui doit se faire dépister ?
- toute personne qui a un doute après un rapport non protégé, ou des symptômes évocateurs ;
- les partenaires d’une personne chez qui l’infection a été diagnostiquée ;
- toute personne chez qui une autre IST est découverte ;
- les personnes ayant plusieurs partenaires, et en particulier les hommes ayant des rapports avec des hommes, de façon régulière ;
- les femmes enceintes, en début de grossesse.
Où se faire dépister, avec ou sans ordonnance
Depuis le 1er septembre 2024, le dispositif « Mon test IST » permet de se faire dépister directement en laboratoire, sans ordonnance, pour cinq infections : syphilis, VIH, hépatite B, chlamydia et gonocoque. Le test est gratuit avant 26 ans et pris en charge à 60 % au-delà, le reste étant généralement couvert par la complémentaire santé. Les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) proposent aussi un dépistage gratuit, et votre médecin peut le prescrire.
Comment se déroule le test ?
Le dépistage repose sur une simple prise de sang qui recherche les anticorps dirigés contre le tréponème. Deux familles de tests sont utilisées, comme l’explique l’Assurance Maladie : les tests tréponémiques (TT), qui restent positifs à vie même après guérison, et les tests non tréponémiques (TNT, comme le VDRL ou le RPR), qui se négativent après un traitement efficace et servent au suivi. En présence d’un chancre, le prélèvement de la plaie décrit plus haut complète la prise de sang. Un test fait trop tôt après le contact peut être faussement négatif et doit être renouvelé.
| Test tréponémique | Test non tréponémique | Interprétation habituelle |
|---|---|---|
| Négatif | Négatif | Pas d’infection, sauf contamination très récente |
| Positif | Positif | Infection active ou récente, à traiter |
| Positif | Négatif | Le plus souvent, infection ancienne déjà traitée |
| Négatif | Positif | Possible faux positif, à contrôler |
Seul le médecin interprète ces résultats en fonction de votre histoire. Pour comprendre en détail le chiffre de votre RPR (1:8, 1:32…), consultez notre guide sur le test RPR de la syphilis. Toute infection découverte doit faire rechercher les autres IST, notamment le VIH et l’hépatite B.
Le traitement de la syphilis
La pénicilline, toujours efficace
La syphilis se soigne avec de la pénicilline à action prolongée (benzathine benzylpénicilline), injectée dans le muscle de la fesse. Selon l’Assurance Maladie, une forme précoce se traite par une seule injection ; une forme tardive, ou de durée inconnue, par une injection par semaine pendant trois semaines. La neurosyphilis et les atteintes de l’œil nécessitent une hospitalisation pour recevoir de la pénicilline en perfusion pendant 14 jours. En cas d’allergie à la pénicilline, un autre antibiotique, la doxycycline, est pris par la bouche pendant 15 ou 28 jours selon le stade.
La réaction d’Herxheimer, à connaître
Dans les heures qui suivent l’injection, en particulier au stade secondaire, peuvent survenir fièvre, maux de tête et douleurs musculaires. Cette réaction est liée à la destruction massive des bactéries. Elle est passagère et se soulage avec un antipyrétique ; elle ne signifie pas une allergie.
Après le traitement : protection, partenaires et suivi
L’Assurance Maladie recommande de se protéger (préservatif) pendant au moins sept jours après le traitement et jusqu’à cicatrisation des lésions. Les partenaires concernés (voir plus haut) doivent être prévenus, examinés et testés, même si les rapports étaient protégés, car ils peuvent être infectés sans le savoir. Le suivi repose sur le test non tréponémique, répété à intervalles réguliers : son taux doit baisser, puis se négativer, ce qui prend environ un an après un stade primaire ou secondaire. Le test tréponémique, lui, reste positif à vie et ne sert pas à vérifier la guérison.
Prévenir la syphilis
Le préservatif, masculin ou féminin, réduit fortement le risque, sans l’annuler, car un chancre peut se trouver hors de la zone couverte, par exemple dans la bouche. Le dépistage régulier, adapté au nombre de partenaires, permet de traiter tôt et de casser la chaîne de transmission. Pour certaines personnes très exposées, la Haute Autorité de santé admet depuis 2025 une nouvelle option : la prise de doxycycline après un rapport non protégé, décrite plus bas. Le bilan infectieux détaille par ailleurs les analyses utiles en cas d’exposition à plusieurs infections.
Dernières avancées scientifiques sur la syphilis
Une seule injection suffit au stade précoce
Certains médecins prescrivaient trois injections de pénicilline par précaution, notamment chez les personnes vivant avec le VIH. Un essai publié en 2025 dans le New England Journal of Medicine (249 patients) montre qu’une seule injection est aussi efficace que trois sur la réponse sérologique à six mois, avec ou sans VIH (Hook, 2025). Un petit essai mené chez 23 femmes enceintes va dans le même sens (Kaminiów, 2026). Ce que cela change pour vous : une forme précoce se traite en une injection ; inutile d’en réclamer davantage.
La doxycycline après un rapport, une prévention ciblée
L’essai français ANRS DOXYVAC, mené à Paris chez 545 hommes très exposés, a montré que prendre 200 mg de doxycycline dans les 72 heures après un rapport sans préservatif réduisait de plus de 80 % le risque de chlamydia ou de syphilis (Molina, 2024). Une méta-analyse estime la baisse du risque pour cette IST à 77 %, avec un niveau de preuve élevé (Sokoll, 2025), et San Francisco a observé une chute de 51 % des formes précoces après avoir recommandé cette stratégie (Sankaran, 2025). En France, la HAS l’admet depuis février 2025 pour les hommes ayant des rapports avec des hommes et les femmes trans à haut risque, en décision partagée et avec un dépistage tous les trois mois, en raison du risque de résistance aux antibiotiques. Ce que cela change pour vous : si vous êtes concerné, parlez-en à votre médecin ou à un CeGIDD ; ce n’est pas une solution pour tous.
Questions fréquentes sur la syphilis
Quel est le premier signe de la syphilis ?
Le chancre : une petite plaie ferme et indolore, apparue 10 à 90 jours après le contact sur le sexe, l’anus ou dans la bouche, souvent accompagnée d’un ganglion gonflé.
À quoi ressemble un bouton de syphilis ?
Le chancre mesure 5 à 15 mm, son fond est propre et ses bords fermes au toucher. Il ne fait pas mal et disparaît seul en quelques semaines. Au stade secondaire, les « boutons » sont de petites taches cuivrées, souvent sur les paumes et les plantes, qui ne grattent pas.
Comment se manifeste la syphilis sur la peau ?
Par une éruption de taches rosées sur le tronc (roséole), puis par des lésions en relief, cuivrées, sur le visage, les membres, la paume des mains et la plante des pieds. Elles s’accompagnent parfois de fièvre, de fatigue et de plaques dans la bouche.
Quels sont les symptômes de la neurosyphilis ?
Maux de tête, troubles de la vue, œil rouge et douloureux, bourdonnements d’oreille, baisse de l’audition, paralysie du visage, et plus tard troubles de la mémoire ou de l’équilibre. Elle peut survenir à tout stade et impose une consultation urgente.
Comment se déroule le test de dépistage de la syphilis ?
Par une prise de sang au laboratoire, sur ordonnance ou sans ordonnance avec le dispositif « Mon test IST », ou dans un CeGIDD. Le résultat associe un test tréponémique et, s’il est positif, un test non tréponémique.
En combien de temps guérit-on de la syphilis ?
Les lésions disparaissent en quelques jours à quelques semaines après l’injection, et la personne n’est plus contagieuse une fois les lésions cicatrisées. La normalisation des analyses prend en revanche environ un an, d’où le suivi par prises de sang.
Peut-on mourir de la syphilis ?
C’est devenu exceptionnel dans les pays où le dépistage et la pénicilline sont accessibles. Les formes tertiaires, cardiaques ou neurologiques, peuvent être graves, et la syphilis congénitale reste dangereuse pour le fœtus. D’où l’intérêt d’un dépistage précoce.
Glossaire
- Syphilis : infection sexuellement transmissible due à la bactérie Treponema pallidum.
- Chancre : plaie indolore et indurée, premier signe de l’infection.
- Roséole : éruption de petites taches rosées au stade secondaire.
- Syphilides : lésions cutanées en relief du stade secondaire.
- Syphilis latente : phase sans symptôme, détectée seulement par la prise de sang.
- Neurosyphilis : atteinte du système nerveux par la bactérie, possible à tout stade.
- Test tréponémique : test sanguin qui reste positif à vie après l’infection.
- Test non tréponémique : test sanguin (VDRL, RPR) qui reflète l’activité de l’infection.
- Réaction d’Herxheimer : fièvre passagère après le début du traitement.
- CeGIDD : centre gratuit d’information, de dépistage et de diagnostic des IST.
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Sources
- Assurance Maladie (ameli.fr). Symptômes et diagnostic de la syphilis. Mis à jour le 25 juillet 2025.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Syphilis : définition, évolution et transmission. Mis à jour le 25 juillet 2025.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Traitement de la syphilis. Mis à jour le 28 juillet 2025.
- Santé publique France. Syphilis.
- La Revue du Praticien. Dépistage des IST désormais sans ordonnance. 3 septembre 2024.
- Vidal. Doxycycline en prévention des IST bactériennes : la HAS précise la cible et les modalités. Février 2025.
- Hook EW, et al. One Dose versus Three Doses of Benzathine Penicillin G in Early Syphilis. N Engl J Med. 2025.
- Kaminiów K, et al. Single versus three doses of benzathine penicillin G for early syphilis in pregnancy: no added benefit in serological response or neonatal outcomes. Sex Transm Infect. 2026.
- Molina JM, et al. Doxycycline prophylaxis and meningococcal group B vaccine to prevent bacterial sexually transmitted infections in France (ANRS 174 DOXYVAC). Lancet Infect Dis. 2024.
- Sokoll PR, et al. Efficacy of postexposure prophylaxis with doxycycline (Doxy-PEP) in reducing sexually transmitted infections: a systematic review and meta-analysis. Sex Transm Infect. 2025.
- Sankaran M, et al. Doxycycline Postexposure Prophylaxis and Sexually Transmitted Infection Trends. JAMA Intern Med. 2025.
- Vanhaecke C, et al. Clinical and Biological Characteristics of 40 Patients With Neurosyphilis and Evaluation of Treponema pallidum Nested Polymerase Chain Reaction in Cerebrospinal Fluid Samples. Clin Infect Dis. 2016.
- Jackson DA, et al. Reported neurologic, ocular, and otic manifestations among syphilis cases — 16 states, 2019. Sex Transm Dis. 2022.



